Lecture / Ecriture
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L'arbre du pays Toraja de Philippe Claudel

Philippe Claudel
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  La petite fille de Monsieur Linh
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  Quelques-uns des cent regrets
  Le café de l’Excelsior
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  Le monde sans les enfants
  Les petites mécaniques
  L'enquête
  L'arbre du pays Toraja

Philippe Claudel est un écrivain et réalisateur français, né le en 1962.

L'arbre du pays Toraja - Philippe Claudel

216 pages qui m'ont beaucoup touchée
Note :

   Au printemps 2012, sur l’île de Sulawesi en Indonésie, le narrateur découvre le peuple des Toraja. Loin de nos rites funéraires où "l’on gomme la présence de la mort", les enfants morts sont déposés dans le tronc d’un arbre "au fil des ans, lentement, la chair de l’arbre se referme, gardant le corps de l'enfant dans son grand corps à lui, sous son écorcé ressoudée. Alors peu à peu commence le voyage qui le fait de monter vers les cieux au rythme patient de la croissance de l'arbre." A son retour en France, son meilleur ami Eugène lui apprend qu’il a un cancer et en décède peu de temps après.
   
   Bouleversé, lui qui est âgé d’une cinquantaine d’années, revient sur sa vie : son amitié avec Eugène, ses enfants et sa compagne plus jeune que lui, le temps qui passe et laisse des traces, ceux qui l’ont marqué, notre rapport au corps et à la mort.
   
   Philippe Claudel aurait pu s’embourber dans quelque chose d’assez désespérant mais non. Au contraire, il nous livre un hymne à la vie avec des réflexions très justes sur le sens de la vie, l’amour, les éclats de bonheur. Et j’ai envie de dire que tout naturellement nos propres souvenirs remontent à la surface.
   
   Avec une écriture poétique et beaucoup de sensibilité, l’auteur nous rappelle que la vie précieuse continue avec ceux qui logent dans nos cœurs comme dans une fabrique intérieure.
   
   Les thèmes et la beauté qui se dégagent de ce livre m'ont très touchée ! Une lecture forte et riche d'enseignements.
   
   "Notre vie n'est en rien une figure linéaire. Elle ressemble plutôt à l'unique exemplaire d'un livre, pour certains d'entre nous composé de quelques pages seulement, propres et lisses, recouvertes d'une écriture sage et appliquée, pour d'autres d'un nombre beaucoup plus important de feuillets, certains déchirés, d'autres plus ou moins raturés, plein de reprise et de repentirs. Chaque page correspond à un moment de notre existence et surtout à celle ou celui que nous avons été à ce moment-là, et que nous ne sommes plus, et que nous regardons, si jamais nous prend l'envie ou la nécessité de feuilleter le livre, comme un être tout à l'heure fois étranger et paradoxalement étrangement proche."

    ↓

critique par Clara et les mots




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En mémoire d'Eugène
Note :

   "La mort fait de nous tous des enfants"
   

   Les règles de vie du peuple Toraja -dont nous parle Philippe Claudel- démarrent ce sublime récit, qui explique de quelle façon leur existence est rythmée par la mort, et comment l'organisation des funérailles d'un des leurs peut durer des mois voire des années. A tel point que certains s'endettent parfois pour maintenir la tradition qui consiste à recevoir les personnes ayant connu le défunt, à les nourrir, leur payer le transport. Mais en rentrant de ce voyage, une nouvelle terrible l'attend : son meilleur ami et producteur Eugène lui annonce qu'il est atteint d'un cancer. Moins d'un an plus tard, Eugène meurt. L'occasion pour le romancier de revenir sur leur amitié, de discourir sur la mort, la maladie.
   
   De cette rencontre avec la mort, mais aussi la vieillesse, alors qu'il aborde la cinquantaine, Philippe Claudel nous offre un livre bouleversant de vérité et qui m'a beaucoup parlé. Sans tomber dans le glauque, sachant rester délicat tout en disant les choses avec beaucoup de réalisme et de vérité, il offre un formidable récit, à la fois, triste et revigorant, emprunt de nostalgie, mais qui est aussi paradoxalement un hymne à la vie. Il explique le choc que cela fait de rencontrer un ami longtemps perdu de vue, et de s'apercevoir alors des stigmates du temps. Beaucoup de passages magnifiques parsèment aussi ce texte, comme la rencontre de son meilleur ami avec Kundera. "Laisse moi encore ici quelques minutes. ...La terre est si petite et j'y étais si bien". La mort de son père, de ses compagnons d'alpinisme, sa passion pour ce sport, sa rencontre avec une jeune voisine qu'il commence par observer de sa fenêtre, le décès de son enfant qu'il a vécu différemment de sa femme "Florence a fait grandir Agathe en elle", le temps passé avec son ami à l'hôpital, sa rencontre avec Piccoli, ses visites à sa mère à la maison de retraite.
   
   Ce roman m'a beaucoup touchée. C'est un livre intimiste, où Philippe Claudel se met en scène tout en restant pudique, avec plein de belles réflexions sur la vie, la mort, l'amitié, l'amour, la vieillesse.
   "La mort d'Eugène ne m'a pas seulement privé de mon meilleur et seul ami. Elle m'a aussi ôté toute possibilité de dire, d'exprimer ce qui en moi s'agite et tremble. Elle m'a également fait orphelin d'une parole que j'aimais entendre et qui me nourrissait, qui me donnait, à la façon dont opère un radar, la mesure du monde que, seul désormais, je ne parviens à prendre qu'imparfaitement."
    ↓

critique par Éléonore W.




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Amour et deuil
Note :

    L'arbre de Toraja se trouve en Indonésie, sur l'île de Silawesi, et c'est une sépulture. Dans son tronc est creusée une cavité qui recueille la dépouille d'un jeune enfant. Ensuite la tombe va être fermée en mêlant branchages et lianes. Ainsi, l'arbre se referme et garde le corps pour mieux continuer à s'élever et vivre.
   
    Belle et sombre métaphore qui donne à la construction du livre de Claudel, un souffle d'une grande beauté et nous fait retrouver ici le style de l'auteur que nous aimons tant.
   
    Le narrateur revient d'un voyage au pays des Toraja. Cinéaste, la cinquantaine, il travaille sur le scénario d'un prochain film, La fabrique intérieure.
   
    La mort de son meilleur ami et éditeur, Eugène, le choque profondément et le plonge au coeur de lui-même, le conduisant à des réflexions profondes sur l'existence même.
   
    Il s'interroge sur la vie, sur les corps qui vieillissent, la maladie qui dégrade, la mort qui surgit et fait disparaître les êtres aimés.
   
    Comment peut-on continuer ?
   
    Cherchant à comprendre l'apparition de la maladie sur un corps, il rencontre une jeune femme médecin, Elena qui devient l'illumination de sa vie.
   
    Malgré leur divorce, il est resté très proche de son épouse Florence.
   
    Deux femmes dont les portraits restent une lumière dans son existence.
   
    Au coeur de ce livre, Claudel nous entraîne dans des méditations profondes et obsédantes : la mort, l'engagement amoureux. Malgré ses thèmes sombres, le livre reste un chant à la vie et à l'amour, surtout l'amour.
   
    Comment faire face au temps qui passe, aux êtres qui s'en vont, que restent-ils de nous ?
   
    Les phrases sont fluides, longues et magnifiques. Claudel mêle passé et présent pour nous montrer l'inéluctable.
   
    Les sentiments sont décortiqués avec pudeur et sincérité.
   
    Un très beau livre que l'on a envie de reprendre, pour retrouver les mots, le style de cet auteur de talent qu'est Philippe Claudel.
   
    Pour ne citer qu'un seul passage : "Poursuivre sa vie quand autour de soi s'effacent les figures et les présences revient à redéfinir constamment un ordre que le chaos de la mort bouleverse à chaque phase du jeu. Vivre, en quelque sorte, c'est savoir survivre et recomposer".

critique par Marie de La page déchirée




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