Lecture / Ecriture
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Ceux du Nord-Ouest de Zadie Smith

Zadie Smith
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  Sourires de loup
  L'homme à l'autographe
  De la beauté
  Ceux du Nord-Ouest
  Swing time

AUTEUR DES MOIS DE DECEMBRE 2015 & JANVIER 2016

Zadie Smith, née en 1975 dans une banlieue du nord-ouest de Londres, est une écrivaine britannique, fille d'un père anglais et d'une mère jamaïcaine.

Ses parents divorcent alors qu'elle est encore adolescente et à l'âge de 14 ans, elle change son prénom de Sadie en Zadie.

Elle étudie la littérature anglaise à l'université de Cambridge.

Dès la fin de ses études, elle enseigne et écrit, et ses livres connaissent tout de suite le succès au point que le premier est suivi d'une période "de latence" où il lui fut difficile de reprendre la plume.

Actuellement, elle vit entre Londres et New York, enseigne l'écriture de fiction en université à New York, est mariée et à deux enfants.

Ceux du Nord-Ouest - Zadie Smith

Belle maîtrise du récit
Note :

   Titre original : NW (2012)
   

   Au Nord ouest de Londres, il y a des quartiers chics et paisibles et d’autre plus bruyants et carrément défavorisés. Les héros du roman ont grandi dans une cité ouvrière et multiculturelle, la cité Caldwell, entre Willesden et Kilburn, où se côtoient des ethnies diverses.
   
   Tous âgés de 35 ans au moins, certain de ces jeunes ont plus ou moins réussi leur ascension sociale, d’autres n’ont pas réussi à sortir de cet endroit problématique.
   
   Nous suivons ainsi, par le biais du monologue intérieur, Leah, jeune irlandaise qui a réussi à obtenir un diplôme universitaire et se consacre à une organisation pour les défavorisés à la mairie. Son travail l’ennuie, mais elle est déterminée à faire du social utile. Mariée à Michel un coiffeur français, d’origine africaine. Ils sont toujours très proches, sauf qu’un gros différend les oppose : Leah ne veut pas d’enfant, Michel en rêve. Ignorant les désirs (ou plutôt non-désir) de sa femme, Michel croit qu’il y a un problème de stérilité…
   
   Le couple vit dans un lotissement agréable, mais on voit la cité de la fenêtre de l’appartement.
   
   Natalie s’appelait autrefois Keisha Blake. Elle a changé de nom, (dommage, Keisha c'est joli... mais elle avait ses raisons, que vous apprendrez...) en même temps que de quartier : elle vit près du parc encore plus loin de la cité, avec Frank, et est devenue juriste. Le couple a deux jeunes enfants. Natalie et Leah continuent à se voir ; ensemble elles se plaisent encore, en groupe, elles s’ennuient mais s’accrochent. Elles ne sont pas très heureuses mais tiennent bon...
   
   Félix a exercé divers emplois qu’il a toujours quittés et s’est récemment sevré de la drogue et même de l’alcool. Marié jeune et père, il ne voit plus cette famille, et s’est trouvé une énième maîtresse qui va le rendre heureux. Sauf qu’il n’a pas rompu avec d’anciennes relations …
   
   Nathan plaisait beaucoup aux filles étant enfant, mais il a très mal tourné...
   
   Des notations elliptiques, précises et réalistes, nous renseignent sur le personnage que l’on suit, ce qu’il pense, ce qui lui arrive. Nombreuses énumérations, phrases sans verbes, plongée dans une atmosphère, mais aussi dialogues brefs et longs, récits souvent logorrhéiques, où l’on doit deviner qui parle, qui s’adresse à qui, et où, à l’aide de pensées livrées tronquées, parfois ; à d’autres moments, la narration redevient classique.
   
   Autant dire que depuis "De la beauté", Zadie Smith a évolué, plus ou moins changé de style s’orientant vers un récit relativement expérimental, mais très ancré dans la tradition anglaise (V. Woolf par exemple a pu servir de modèle, mais aussi bien Joyce). N’allez pas croire pour autant que le récit est vraiment difficile à suivre ! On est seulement déconcerté de temps à autre, et on reprend vite le fil. Les personnages sont très attachants.
   
   Pour moi, c’est là encore une belle réussite.
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critique par Jehanne




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Un grand écrivain
Note :

   Zadie Smith est née dans le nord-ouest de Londres, donc ceux du nord-ouest, elle les connait bien et elle va nous les faire découvrir à travers quatre personnages principaux, Leah et Natalie principalement, Felix et Nathan qui se sont plus ou moins connus durant leur enfance et qui sont aujourd’hui des adultes ayant connu des destinées diverses. Leah, une rousse d’origine irlandaise sans enfants, travaille pour la mairie, Natalie – d’origine jamaïcaine - quand elle était une gamine et s’appelait encore Keisha (même démarche de changement de prénom que l’écrivaine ?), était la meilleure amie de Leah, aujourd’hui elle est mariée avec deux enfants et elle a un bon job d’avocate. Leurs voies ont divergé et même si géographiquement elles ne sont pas éloignées, elles vivent dans des mondes désormais séparés. Felix et Nathan eux, connaissent des destins plus tragiques, les drogues, la rue et pire encore pour l’un d’eux…
   
   Le roman est terriblement dense et aborde à peu près tous les problèmes sociétaux de notre époque dont une longue liste n’épuiserait pas toutes les pistes : la mixité raciale et la place des minorités de couleur dans la société anglaise, les riches et les pauvres, la toxicomanie et ses corollaires, arnaques et déchéance, le conflit des générations complexifié dans le cas des enfants de parents d’immigrés, ceux qui se battent pour évoluer dans la vie et d’autres non, le sexe et ses dérivés, la pornographie et le désir – ou non – d’enfant chez les femmes, etc. Avec une sorte de moralité finale Parce qu’on a travaillé plus dur (…) qu’on ne voulait pas se retrouver à frapper chez les autres pour faire la manche. On voulait s’en sortir. (…) Les gens ont généralement ce qu’ils méritent.
   

   Il ne s’agit pas d’un roman avec un début et une fin mais de tranches de vie(s), reliées les unes aux autres avec une maîtrise impressionnante par Zadie Smith. La narration est touffue, le plan du bouquin déroutant, les personnages secondaires nombreux, les repères chronologiques ne s’expriment que par des détails (une chanson à la mode, un volcan en éruption qui bloque le trafic aérien…) et le style de l’écrivain – ou les styles ? – varie selon les chapitres. Parfois récit, souvenirs, pensées des héros, bribes de dialogues se mêlent et s’enchaînent sans ponctuation distincte, parfois le texte est très classique dans sa forme mais des explications de situations ne viennent qu’à postériori. Le lecteur est bousculé, sorti de sa routine de lecture habituelle et doit toujours rester vigilant pour ne pas être largué. Et c’est bon.
   
   J’entendais dire beaucoup de bien de Zadie Smith depuis longtemps mais je ne l’avais jamais lue ; aujourd’hui je comprends ces louanges, il s’agit d’un grand écrivain de vraie littérature !
   
    Tu sais, Felix, commença-t-elle d’une voix posée telle une serveuse récitant les plats du jour, tout le monde ne veut pas de cette petite vie conventionnelle vers laquelle tu t’efforces de ramer. J’aime ma rivière de feu. Et quand mon heure sonnera j’ai l’intention de me laisser tomber de mon petit canoë dans les flammes. Je n’ai pas peur ! Je n’ai jamais eu peur. Contrairement à la plupart des gens. Mais je ne suis pas comme la plupart des gens justement. Tu n’as jamais rien fait pour moi, et je n’ai pas besoin que tu fasses quoi que ce soit.

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critique par Le Bouquineur




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408 pages qui bousculent !
Note :

    "Une vaste colline traverse le nord-ouest de Londres. Elle démarre à Hamstead et s'étend à travers Kilburn, Willesden, Brondesbury, Cricklewood. La littérature la connaît bien. (..) Même Dickens s' y aventure parfois, pour boire une pinte ou enterrer quelqu'un " et il s'agit d'une ligne de démarcation non matérialisée entre quartiers riches et quartiers pauvres. Leah, Keisha devenue Natalie, Félix et Nathan ont grandi dans la cité populaire de Cadwell où l'on croise différentes nationalités. Leah et Keisha sont deux amies d'enfance. Si Leah s'est très vite laissée tenter par le sorties, l'école buissonnière, les garçons et la drogue, Keisha a vu dans les études une porte de sortie pour accéder à un autre milieu social et essayer de gommer ses origines jamaïcaines.
   
   A l'aube de la quarantaine, Leah la seule "blanche" de peau consacre désormais son temps aux associations caritatives. Elle ne s'est pas éloignée de son quartier d'enfance et vit à Kilburn avec Michel son compagnon d'origine française qui est coiffeur. Il veut un enfant mais pas elle. Leah n'ose pas le lui dire sans compter qu'elle doit supporter la pression de sa mère qui insiste car selon elle l'enfant est la continuité du couple-appartement-travail. Keisha qui se fait appeler Natalie a réussi : une belle carrière, un beau mari, deux enfants et un bel appartement. Natalie et son mari aiment recevoir. Ainsi Natalie et Leah continuent de se voir même si elles ne font plus partie du même milieu et que leurs aspirations en apparence sont différentes. Nathan dont Leah était amoureuse à l'adolescence fait la manche pour acheter de quoi se droguer. Felix pense enfin s'accrocher à une vie droite loin des embrouilles, de la drogue. Il y croit, il le veut. Mais son rêve s'arrêtera brutalement car le passé se reproduit dans les nouvelles générations.
   
   Les phrases claquent ou sont des uppercuts! Extrêmement bien écrit, l'auteure joue avec les codes et les formes pour nous surprendre. On pourrait penser qu'elle enferme ses personnages dans un cercle et prêche dans l'accumulation de malheurs ou de déboires. Mais non, ce serait un tort. Le passé pèse sur ses personnages car personne ne peut se défaire de ses origines même la brillante Natalie. Mais Zadie Smith montre une vraie tendresse pour eux.
   
   Absolument maîtrisé, même si les cent dernières pages s'essoufflent un peu, on ressort bluffé par ces personnages et cette écriture ensorceleuse qui pointe les faux-semblants, les rêves accomplis qui laissent insatisfaits ou tout simplement l'envie de tout laisser tomber comme si c'était inscrit ou quand la volonté, la force ne sont plus présentes. A lire !
   
   " S'il se trouvait qu'un sans-abri était assis par terre devant de supermarché de Cricklewood, Keiska Blake devait attendre que Leah Hanwell ait fini de se pencher vers l'homme pour lui parler, lui demandant, non seulement s'il avait besoin de quoi que ce fût, mais lui faisant aussi la conversation. Si elle était plus revêche avec sa propre famille qu'un clochard, cela ne faisait que suggérer que la générosité n'était pas infinie et qu'il fallait s'en servir de façon stratégique, là où on avait le plus besoin. (...). Ce bon sentiment universel déteint sur Keisha par association, même si personne ne confondait le volontarisme cérébral de cette dernière avec la générosité d'esprit de son amie."

critique par Clara et les mots




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