Lecture / Ecriture
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De la beauté de Zadie Smith

Zadie Smith
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AUTEUR DES MOIS DE DECEMBRE 2015 & JANVIER 2016

Zadie Smith, née en 1975 dans une banlieue du nord-ouest de Londres, est une écrivaine britannique, fille d'un père anglais et d'une mère jamaïcaine.

Ses parents divorcent alors qu'elle est encore adolescente et à l'âge de 14 ans, elle change son prénom de Sadie en Zadie.

Elle étudie la littérature anglaise à l'université de Cambridge.

Dès la fin de ses études, elle enseigne et écrit, et ses livres connaissent tout de suite le succès au point que le premier est suivi d'une période "de latence" où il lui fut difficile de reprendre la plume.

Actuellement, elle vit entre Londres et New York, enseigne l'écriture de fiction en université à New York, est mariée et à deux enfants.

De la beauté - Zadie Smith

Et Rembrandt dans tout ça ?
Note :

   Titre original : On Beauty (2005)
   

   A ma gauche : Howard Belsey, universitaire blanc, anglais, spécialiste critique de Rembrandt, sensibilité de gauche affirmée, a épousé Kiki, forte femme noire. Ils ont une fille et deux fils et vivent aux USA.
   A ma droite : Monty Kipps, noir américain, universitaire s'intéressant à Rembrandt lui aussi, mais tendance catholique un peu intégriste. Epouse noire du genre qu'on encense mais à laquelle on ne prête guère d'attention (quand je dis on, je veux dire d'abord sa propre famille). Un fils bien dans la ligne familiale et une fille très belle et nettement plus sulfureuse.
   
   On voit tout de suite que ces deux-là sont antagonistes. Vous me direz qu'il y a de la place pour tout le monde, et vous aurez raison, sauf si nos deux professeurs se retrouvent à enseigner dans la même université (vous savez, ces microcosmes où les luttes de pouvoir et d'influences sont si âpres) et à habiter dans le voisinage l'un de l'autre. Les enfants, par contre, pourraient s'entendre (un peu trop même) et les épouses quant à elles, deviennent inopinément amies. Mais ne vous attendez pas à une bluette, vous seriez déçu. Zadie Smith nous rappelle que les enfants, même quand on les aime beaucoup, c'est difficile... sans parler des conjoints.
   
   Ajoutez à cela quelques liaisons extra-conjugales, des intrusions pleines de vie et de réalisme dans différentes strates de la société, des prises de risque parfois franchement inconsidérées, des enjeux démesurés (poste, notoriété, fortune pour les adultes, études et avenir pour les plus jeunes) et l'amour, l'amour, l'amour... ou le sexe, histoire de bien compliquer le tout d'une dose d'irrationnel. Et en filigrane, un rappel permanent de ce que c'est qu'être noir même quand on est dans les milieux aisés et avancés (alors le bas de l'échelle... et il est montré aussi). Et à chaque fois, le banal est unique, l'unique est banal.
   Même la mort.
   
   Vous obtenez un roman captivant et profond à la fois, avec des personnages à la fois marquants et pleins de réalisme ; une image parlante de la société, une vision fine et profonde, bien au-dessus de ce qu'a fait David Lodge par exemple sur le même milieu, et une écriture superbe, maniée avec une totale aisance. On met un peu longtemps à entrer dans l'histoire, mais une fois qu'on y est, tout est vraiment parfait.
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critique par Sibylline




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608 pages foisonnantes, mordantes mais justes!
Note :

   Près de Boston, Howard Belsey est professeur à l'université de Wellington et est spécialiste de Rembrandt même si depuis plusieurs années sa carrière stagne. Avec son épouse Afro-Américaine Kiki et leurs trois enfants, la famille mènent une vie confortable en apparence. Depuis qu'ils sont en âge d'aller à l'université, Jerome, Zora et Levi se cherchent en prenant ou non en modèle leurs parents, en refusant ou en profitant de leur statut social. Kiki cherche au mieux à les aider tandis qu'Howard est toujours convaincu d'avoir raison. Jerome l'aîné effectue un stage en Angleterre et est hébergé par les Kipps. Monty Kipps est l'ennemi d'Howard car il est également universitaire dans le même domaine et sa renommée n'est plus à faire. Mais surtout leurs visions sont opposées sur l'art, sur l'enseignement, sur la famille et sur la société. L'un est libéral, l'autre est conservateur et croyant. Et quand Monty Kipps est invité à enseigner par l'université de Wellington et débarque en Amérique avec femme et enfants, Howard voit rouge.
   
   Avec une ironie mordante, Zadie Smith explore les thèmes du métissage, de l'ethnie, de la position sociale, de l'héritage culturel. Elle confronte les idées, les pensées de ses personnages qui vont de l'adolescent au quinquagénaire. De leurs aspirations à leurs failles, des motivations aux désillusions de deux générations, elle dresse des portraits sans complaisance. Si elle analyse la gamme des rapports affectifs, la beauté n'est pas en reste. Car si elle peut diviser, elle rassemble également ou modifie les caractères et/ou les ambitions.
   
   Ça fuse, c'est foisonnant, c'est terriblement vivant avec des personnages humains creusés et c'est sans temps mort ! Zadie Smith est un parfait caméléon qui fait s'exprimer aussi bien un jeune rappeur qu'un doyen d'université. J'ai beaucoup apprécié le personnage de Kiki femme au grand cœur et admirable dans bien des sens du terme.
   
   Extrait :
   
    Le grand talent de Claire en tant qu'enseignante consistait à trouver des qualités dans chacune de ces tentatives et de parler aux auteurs comme si leurs noms étaient déjà connus dans chaque foyer américain féru de poésie.(...) Claire était un excellent professeur. Elle vous rappelait à quel point il était noble d'écrire de la poésie; à quel point le miracle devait vous habiter pour communiquer le plus intime de vous-même, et de le faire dans cette forme stylisée, grâce à la rime, la métrique, les images et les idées.

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critique par Clara et les mots




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Psychologique et social
Note :

   Howard Belsey professeur d’histoire de l’art à Wellington, Massachusetts ; s’attaque à des idées préconçues telle que le génie, l’humanisme, l’idée du beau, en prenant pour exemple Rembrandt dont il veut prouver qu’il n’est qu’un artisan appliqué au service du pouvoir en place. Et rien de plus. Howard a un idéal sévère exempt de toute joie : il combat la figuration en peinture, et de manière générale tout ce qui pourrait donner du plaisir, dans l’art.
   
   Ses théories ont rendu l’atmosphère de la maison quelque peu étouffante. Son fils aîné Jerome s’est même tourné vers le catholicisme ! Il a fait un stage en Angleterre chez Mr Kipps autre professeur d’université psychorigide, mais celui-là défendant des idées ultraconservatrices. Les deux enseignants se ressemblent dans leurs intransigeances, c’est pour cela qu’ils sont ennemis.
   
   Jerome revient chez lui, malheureux, la fille de Kipps Victoria l’ayant séduit et lâché aussitôt.
   
   Un an plus tard, Kipps déménage à Wellington, pour y enseigner ! Howard et Kipps vont se quereller encore davantage.
   
   En outre, rien ne va plus dans la famille Belsey. Howard a été infidèle à Kiki sa femme, et ils vivent ensemble sans se parler.
   
   Kiki, infirmière, sympathise avec Carlene la femme de Kipps : cette personne, femme au foyer, agrippée à des idées démodées, lui semble malade et toujours seule, les siens menant leur vie sans elle…
   
   Pour compléter, j’ajouterai que nous suivrons aussi les trajectoires des enfants Belsey, Zora l’étudiante brillante, Levi le cadet passionné de rap et de slam, Vitoria la fille Kipps qui joue les femmes fatales, Claire, professeur de poésie, Carl un orphelin autodidacte… tous ces personnages sont noirs ou métis, donc en proie à la discrimination raciale (sauf Howard et Claire qui sont blancs).
   
   Le roman est à la fois psychologique et social, la critique s’exerce sur les universitaires, qui, à partir d’observations pertinentes, fabriquent des idéologies absurdes et mortifères, et dont le sérieux n’empêche pas de tomber dans les bras de la première étudiante bien roulée qui leur fait du charme. L’enseignante de poésie n’est pas épargnée elle non plus, dont on cite des vers ridicules ; tout cela a un petit côté David Lodge, et l’auteure très douée pour la satire n’a rien à lui envier. Par ailleurs, le récit a aussi des résonances dramatiques très bien mises en scène.

critique par Jehanne




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