Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

L'homme à l'autographe de Zadie Smith

Zadie Smith
  Changer d'avis
  Sourires de loup
  L'homme à l'autographe
  De la beauté
  Ceux du Nord-Ouest

AUTEUR DES MOIS DE DECEMBRE 2015 & JANVIER 2016

Zadie Smith, née en 1975 dans une banlieue du nord-ouest de Londres, est une écrivaine britannique, fille d'un père anglais et d'une mère jamaïcaine.

Ses parents divorcent alors qu'elle est encore adolescente et à l'âge de 14 ans, elle change son prénom de Sadie en Zadie.

Elle étudie la littérature anglaise à l'université de Cambridge.

Dès la fin de ses études, elle enseigne et écrit, et ses livres connaissent tout de suite le succès au point que le premier est suivi d'une période "de latence" où il lui fut difficile de reprendre la plume.

Actuellement, elle vit entre Londres et New York, enseigne l'écriture de fiction en université à New York, est mariée et à deux enfants.

L'homme à l'autographe - Zadie Smith

Hello Kitty ?
Note :

   Titre original : The Autograph Man (2002)
   

   Alex-Li Tandem, fils d'un médecin chinois nommé Tan et d'une mère juive prénommée Sarah, est la figure centrale de ce livre surprenant. Après un prologue où il assiste à douze ans — en compagnie de copains qui ne le quitteront pas — à un match de catch où le principal perdant n'est pas sur le ring, nous retrouvons Alex quinze ans plus tard, toujours habitant Londres, mais devenu... autographiste. Il est rare de comprendre aussi vite le titre d'un roman contemporain ! Oui : le héros fait commerce d'autographes...
   
   Alex-Li est métisse —comme la romancière anglaise— et la première partie du roman se place sous le signe de la Kabbale tandis que la seconde se déroule sous les auspices du Tao et du zen ! En fait c'est sa filiation juive qui s'impose : le prologue consacré au combat de catch s'appelle le zohar et l'épilogue le kaddish. La dimension juive de l'intrigue s'enrichit de chapitres dénommés selon les dix sephiroth, réunis en un Arbre de Vie suivi de l'alphabet hébraïque. Avec un peu de chance le lecteur arrivera peut-être à trouver quelque(s) rapport(s) entre le contenu des chapitres du roman et les sephiroth... Comme par exemple mûrir et donner du sens à sa vie malgré l'insouciance de sa génération.
   
   Ce n'est donc pas un roman sur le métissage culturel puisque c'est la référence hébraïque qui domine. Par ailleurs, le lecteur peut légitimement se poser la question de la pertinence de tant de références juives, sinon pour donner de l'étoffe et faire la décoration de l'œuvre. De ce fait, l'humour juif se montre à divers endroits et sa manifestation la plus forte reste l'histoire d'une “disputatio”, un débat théologique par gestes entre un pape et un rabbin, une parodie savoureuse sous le signe du qui pro quo.
   
   Notre peu sympathique héros, Alex-Li Tandem, vit au milieu d'amis fort divers, certains étant rabbins — y compris la sœur d'un rabbin —, d'autres seulement réunis par la passion des collectionneurs d'autographes. L'aventure l'amène à effectuer un aller-retour jusqu'à Brooklyn à la recherche d'une actrice du temps du cinéma hollywoodien des années 1930. Naturellement cette fameuse Kitty, elle en avait signé des autographes ! Et notre héros est tout fier d'en posséder au moins un, ou même deux à moins que le deuxième ne soit un faux. Avec Kitty, le sujet se prête à de nombreuses allusions au cinéma américain d'autrefois, par exemple au film “Casablanca”. Il se prête aussi à aller dans les salles des ventes pour assister à des enchères d'objets fétiches pour collectionneurs de rêves sur pellicules et de détails de la biographie des stars.
   
   L'auteure aime aussi que son personnage qui ne se soucie jamais de consommer kascher écluse beaucoup d'alcool. Par exemple, au sortir d'une salle des ventes, Alex se lance dans un match hilarant au comptoir d'un bar : consommer tout un alphabet de boissons classées de la lettre A jusqu'à la lettre Z. Si vous lisez ce roman déjanté, humoristique et captivant vous saurez à quelle lettre la consommation d'Alex-Li Tandem s'est arrêtée. Extravagant par son style, ce roman l'est aussi par ses dentelles de détails qui m'ont fait penser à un imbroglio de fractales. Ou bien on crie à la stupidité ou l'on en devient fan. À vous de choisir.
   ↓

critique par Mapero




* * *



Une étrangeté
Note :

   Oui, une étrangeté que cet homme à l’autographe. Un Alex-Li Tandem (le nom !!) dont le patronyme ne cache rien ; il est double ! De mère juive, de père chinois. Un Alex-Li Tandem, dont l’occupation – passe-temps – profession est la collecte et la vente d’autographes, nous trimballe du Londres exotique à New York, lieu de résidence de son fantasme principal ; l’improbable starlette de seconde catégorie, Kitty Alexander.
   
   Entre obsessions, perversions, tocs, Zadie Smith nous plonge d’abord dans l’enfance compliquée d’Alex-Li Tandem ; un père chinois rapidement disparu, une mère juive... comme une mère juive quoi, du moins la caricature de ce qui court les médias. Nous assistons à la naissance de la vocation irrépressible d’Alex-Li pour la chose autographique. Puis passé à l’âge adulte (adulte ?), l’état d’indécision perpétuelle dudit Alex-Li, procrastinateur, indécis jusqu’à l’outrance sur la direction à donner à sa vie, à ses vies professionnelle et amoureuse.
   
   Mais surtout Kitty Alexander. Qui finit par débarquer dans le roman sur la fin, et permettre ce faisant d’aller plus loin dans la connaissance profonde d’Alex-Li – au moins pour le lecteur, pour lui ce n’est pas certain !
   
   C’est parfaitement improbable, mais assumé, et en même temps c’est comme un voile vaporeux que Zadie Smith aurait soulevé de dessus un Londres largement inconnu. Il nous est toujours inconnu mais on le voit mieux ! Comme quoi voir, ça n’est pas forcément la panacée !
   
    L’homme à l’autographe est typiquement le genre de romans que je rangerais dans la catégorie baïne. Les baïnes, vous savez, ces zones du littoral landais où il ne fait pas bon s’aventurer si l’on ne veut pas se noyer ? Des zones où en tout cas il ne fait pas bon tenter de résister au courant qui vous emporte. Des zones où il faut se laisser porter si l’on est pris. Se laisser porter et ne pas résister. Tout comme ce roman de Zadie Smith. Il faut, oui, accepter de se laisser brinquebaler comme fétu de paille dans la rigole et faire le point à l’arrivée.
   
   Au bout du compte on a passé pas mal de temps à Londres, un peu à New York. On est revenu à Londres, on a rencontré le loup blanc Kitty Alexander. On a rencontré des excentriques adorables et on ne sait pas si finalement Alex-Li va se fixer avec Esther... Je crois que lui ne le sait toujours pas !

critique par Tistou




* * *