Lecture / Ecriture
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Le Tunnel de William Gass

William Gass
  Le Tunnel
  Sonate cartésienne
  Le musée de l'inhumanité

William Howard Gass, professeur de philosophie, est un écrivain américain né en 1924 à Fargo dans le Dakota du Nord.

Le Tunnel - William Gass

Un tunnel, c'est pour s'évader?
Note :

   Les coulisses
   Fin novembre je tombai sur un billet d’une amie qui proposait de lire "Le Tunnel" de William Gass, dont je venais de découvrir "Sonate cartésienne".
   Solidaires dans l'inconscience, nous décidâmes d'en faire une lecture commune. Au fil du temps nous échangeâmes plusieurs mails destinés à faire le point, partager notre expérience et aussi nous encourager...
   
   La bande annonce
   "William Frederick Kohler, le narrateur du Tunnel, est un historien reconnu qui vient d'achever la rédaction d'un énorme ouvrage intitulé Culpabilité et innocence dans l'Allemagne de Hitler. Mais, au moment d'en rédiger l'introduction, Kohler se met à écrire un tout autre texte, une toute autre histoire - la sienne.
   Délaissant l'objectivité de son projet initial, Kohler raconte tour à tour son enfance malheureuse (un père sectaire et arthritique, une mère alcoolique), sa liaison avec Lou, sa passion pour la chanteuse Susu, ses vicissitudes d'enseignant, ses collègues... et le cauchemar conjugal qu'il vit avec son épouse Martha.
   Craignant que cette dernière ne découvre ces pages intimes, Kohler les dissimule entre celles de son ouvrage historique. Dans le même temps, il entreprend la construction d'un tunnel dans le sous-sol de sa maison. Creuser et écrire se répondent, comme si Kohler pratiquait un trou dans le langage même, afin de lui arracher ses pires secrets.
   A la fois méditation sur l'histoire et ceux qui l'écrivent, pastorale américaine et cauchemar non climatisé, "le Tunnel" est une prodigieuse et terrifiante plongée dans la noirceur de l'humain, une tentative pour exposer au plein jour cette part maudite que Gass appelle 'le fascisme du cœur'."

   
   Impressions de lecture
   710 pages écrites en assez petits caractères, contenant parfois des dessins, poèmes en gras, caractères typographiques originaux, ce roman est découpé en chapitres et sous chapitres bien apparents.
   Démarrage inquiétant : mais où va-t-on? Ça part vraiment dans tous les sens. Quelques passages fulgurants. Je continue.
   Et puis petit à petit c'est un peu plus calme, je commence à entrevoir une cohérence, je tiens là un roman exceptionnel, je souffre un peu parfois mais je continue! Et j'arrive au bout!
   Conseil de lecture a posteriori : suivre le découpage de Gass, un sous chapitre (ou deux) à la fois. Un chapitre au maximum. Se laisser emporter par le torrent des phrases. Persévérer.
   
   Mon avis
   Gass a mis près de 30 ans à écrire ce roman complètement hors normes. C'est brut, râpeux, cela parle plus à l'intellect qu'au cœur. Kohler n'est pas vraiment sympathique. Seul le récit de l'hospitalisation de ses parents est poignant. Mais il faut avoir lu (ou tenté de lire) au moins une fois dans sa vie ce Tunnel.
   
   Évidemment des morceaux sont plus "faciles" : je citerai la fameuse et géniale "dispute" avec son épouse Martha (figurez-vous que chez eux le réfrigérateur est partagé en deux, on ne circule plus à cause des meubles massifs accumulés en prévision de l'ouverture d'un magasin d'antiquités, et il met la terre du tunnel dans les tiroirs de ces meubles, dingue je vous dis, etc.), la description de la tante, sœur de sa mère, qui habitait chez ses parents durant son enfance, l'histoire pathétique du gâteau d'anniversaire, comment Kohler et Martha ont dû supporter de vivre avec des voisins dans deux appartements mitoyens aux murs trop minces, l'hilarante soirée de Kohler avec son bébé qui hurle, la désastreuse leçon de conduite, le chat dans le fameux tunnel, Margot la Folle dans les derniers stades de la syphilis, le superbe "Fais le fleuve" entre Kohler et Lou, la nostalgique évocation des boutiques de bonbons aux abords des écoles, ses lectures d'enfance, bref plein de passages - et j'en oublie- qu'il faudrait relire et savourer tranquillement...
   
   Parfois ça dérape dans tous les sens, les histoires se mélangent, le style est heurté... Parfois arrivent des réflexions plus philosophiques... parfois c'est cru, grossier, un peu trop nombriliste...
   
   Extraits (pour avoir une idée du style)
   "Les écouter [les discours d'un collègue] revient à regarder un maçon poser des briques. Les paupières de vos oreilles se font lourdes. Os se souvient sans doute du début de ses phrases, mais il est bien le seul dans ce cas."
   
   "Elle [la tante] donnait l'impression d'avancer à reculons vers ses desseins comme si leur déni était royal; mais avouer la moindre intention que ce fut devait être évité si possible. En général, si un pique-nique n'était pas hors de question, elle se mettait à le préparer. C'est ainsi qu'il convenait de comprendre son intérêt; mais si on l'interrogeait, elle niait le désir d'un petit rire dépréciateur, et n'avouait se préparer qu'au cas où, vous-même, en ayez envie. Et vous n'étiez pas obligé de manger le gâteau qu'elle avait préparé, mais il était fait, néanmoins, sûrement pas son préféré, non, seulement ce que le garde-manger permettait, mais ayant heureusement nécessité si peu d'ingrédients que cela ne grevait pas les réserves de façon considérable, après tout, ces produits négligeables ne manqueraient à personne; toutefois, si jamais vous n'en vouliez pas, le morceau qu'elle vous avait coupé, n'est-ce pas, était tout petit, le plat composé essentiellement de la crème glacée qui l'accompagnait et que vous pouviez ou pas manger parce que maintenant vous aviez le choix, et le café était prêt, elle venait d'en faire un petit pot, pas de quoi se formaliser, mais ça allait bien avec ce genre de gâteau, elle l'avait lu quelque part, et ça rehaussait la fraîcheur de la glace à la vanille, même s'il ne fallait pas vraiment croire les livres ou les journaux, ce qu'ils disaient, si vous ne vouliez pas vous resservir, ce n'était pas grave, mais si c'était le cas, eh bien ma foi il était là. A portée de main. (...) Sa déférence autoritaire rendait fou mon père."

   
   Conclusion :
   Je n'ai sûrement pas tout compris des intentions de l'auteur, je n'ai pas l'intention d'écrire une thèse dessus, mais franchement je ne regrette pas ma lecture, des romans pareils, on n'en rencontre pas vingt dans sa vie!

critique par Keisha




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