Lecture / Ecriture
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Y comme: Irmina de Barbara Yelin

Barbara Yelin
  Y comme: Irmina

Y comme: Irmina - Barbara Yelin

♪♫Aurais-je été meilleur que ces gens si j'avais été allemand
Note :

   Cet album a reçu le prix Artemisia 2015
   
   Inspiré de la vie de la grand-mère de l'auteure, l'album "Irmina" se déroule des années 1930 aux années 1980, d'abord en Angleterre, puis en Allemagne et à la Barbade. En 1930, Irmina est une jeune femme qui rêve de travailler et de devenir indépendante ; elle se rend à Londres pour prendre des cours de dactylo et espère y rester. Ambitieuse, travailleuse, elle se frotte à un autre monde, notamment à travers Howard, un brillant étudiant d'Oxford, originaire de la Barbade.
   
   Mais les évènements historiques que l'on sait se précisent, pesant lourd dans les décisions d'Irmina, obligée de rentrer en Allemagne. La jeune fille courageuse, capable de se dresser contre le racisme, va se couler dans le moule et vivre les années de guerre au mieux dans l'indifférence à ce qui l'entoure, au pire avec une passivité aveugle.
   
   Elle se marie et a un enfant avec un architecte, officier de la SS. Préoccupée uniquement par la carrière de son mari et la survie au quotidien, elle adhère peu ou prou à l'idéologie ambiante, sans se poser plus de questions sur ce qu'elle voit, allant jusqu'à dire à son enfant que les juifs sont responsables de leurs malheurs.
   
   Cet album est remarquable par les problèmes qu'il pose et le graphisme dominé par les tons gris-bleus. Le trait est vigoureux, les ambiances parfaitement rendues. L'éternel questionnement est celui du choix réel des individus pris dans les rets d'un pouvoir totalitaire. Irmina aurait-elle pu réagir autrement qu'elle l'a fait ? Quelle était sa réelle marge de manœuvre ? Comment une jeune fille aussi ambitieuse et prometteuse a-t-elle pu ne pas s'interroger sur la nature de ce qui se passait vraiment autour d'elle ? Comment a-t-elle pu se laisser corrompre aussi facilement par le discours dominant ?
   
   La dernière partie à la Barbade est peut-être la plus troublante, puisqu'elle montre une vieille femme qui retrouve son amour de jeunesse, mais ne paraît toujours pas voir à quel point elle s'est peu retournée sur son parcours et ses renoncements. L'image de courage que lui renvoie Howard n'a plus grand chose à voir avec la femme qu'elle est devenue.
   
   La postface d'Alexander Korb apporte un éclairage intéressant à l'histoire.
   
   Une belle découverte !

critique par Aifelle




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