Lecture / Ecriture
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J'irai jusqu'à la mer de Laurent Hasse

Laurent Hasse
  J'irai jusqu'à la mer

J'irai jusqu'à la mer - Laurent Hasse

Nous, on va se balader
Note :

   "Certains ont des envies d'île déserte, d'autres veulent gravir des sommets ou se réfugier dans le silence d'une retraite bouddhiste. D'autres encore rêvent de décrocher la lune... Moi, je veux juste marcher pour renaître au monde. Marcher pour traverser le territoire, celui auquel j'appartiens, redécouvrir un pays où j'ai failli mourir et dont, j'en prends conscience pas après pas, je ne connais en définitive pas grand chose".
   
   Après un grave accident de la circulation, un coma et l'incertitude de remarcher un jour, l'auteur ressent le besoin d'éprouver les jambes qui ont failli le lâcher. Il décide de traverser la France et contrairement à ce qui se fait d'habitude, il partira des Pyrénées Orientales jusqu'au Nord, à Dunkerque, en plein hiver.
   
   Son but est de rencontrer un maximum de gens et de leur demander leur définition du bonheur. Il va parcourir 1500 kilomètres en 82 jours. Laurent Hasse est réalisateur pour la télévision et le cinéma. Son périple a d'abord été un documentaire "Le bonheur, terre promise", avant de devenir un texte.
   
   Comme dans tous les récits de marche, il y aura les aspects matériels, le sac à refaire tous les matins, le mal aux pieds, le sac régulièrement trempé, les tentations de laisser tomber, les égarements, les découragements, la recherche d'hébergements, mais ce qui fait l'intérêt de cette marche, ce sont bien évidemment les rencontres, toujours uniques.
   
   L'auteur n'a rien préparé à l'avance, il est ouvert à ce qui va se présenter à lui, il a seulement quelques adresses de relations par-ci, par-là. A sa suite nous découvrons une France que nous ne voyons pas dans les médias, un pays d'une grande diversité où chacun a sa propre définition du bonheur... ou de son absence. Ce sont parfois les individus les plus improbables qui ont une vision élaborée et personnelle du bonheur, loin des clichés et des idées toutes faites, que ce soit dans une cité de banlieue ou au fin fond de la campagne.
   
   L'auteur est natif de Lorraine, il retrouve à plusieurs reprises ce sentiment bien connu de territoire abandonné, de lieux qui ont vécu normalement et qui ne sont plus qu'un souvenir dans la tête de quelques uns. Il peine parfois à redonner un sens à sa propre existence, ne comprend plus ce qu'il poursuit à travers sa marche, mais toujours le lendemain il remet un pied devant l'autre. Il faut dire qu'il a corsé la difficulté en partant en hiver, où de nombreux lieux vivants l'été sont fermés.
   
   Le seul reproche que je pourrais lui faire, c'est d'être resté peut-être un peu trop en retrait. J'aurais parfois aimé sentir davantage son implication dans les échanges qu'il a pu avoir avec les uns et les autres.
   
   "La soirée ne laissera à personne un souvenir impérissable. J'y ai ma part de responsabilité, ayant moi aussi vu dans le cubi de rouge un exutoire à la morosité. Le lendemain, les enfants dorment encore et le père de famille, Bernard, m'emmène au fond d'un jardin surplombant la maison à flanc de coteaux. "C'est magnifique ici. Là tu vas te régaler Laurent en allant jusqu'au pic du Nord. Quand je vois ce paysage, ça efface toute la misère des gens de ce village. Ils ne se rendent même pas compte qu'ils vivent dans un écrin de verdure, ils n'en profitent pas. Ils ne vont jamais se balader alors que nous quand on va se balader, ça nous répare, ça nous regonfle".

critique par Aifelle




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