Lecture / Ecriture
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Substance de Philippe Kleinmann

Philippe Kleinmann
  Bistouri blues
  Substance

Substance - Philippe Kleinmann

Le flic et le carabin
Note :

   Cush Dibbeth, policier à Paris et Benjamin Chopski, chirurgien à Lariboisière rentrent d'un voyage en Bolivie qui leur a permis de décompresser et d'admirer une éclipse dans l'Altiplano. Retour bien mal choisi, car Paris est inondée par une nouvelle drogue, la neige, qui remplace avantageusement la cocaïne traditionnelle car de meilleure qualité et moins chère. Distribuée par le clan Zemmour cette neige rend furieux le cartel mexicain qui distribue la cocaïne habituelle. Celui-ci vient à Paris pour régler ses comptes à sa manière : fusillades et mitraillages. Lariboisière est bientôt débordé. Dans le même temps, un étrange médecin enlève des SDF ou des prostituées pour faire des expériences médicales folles. Passant par hasard sur les lieux d'une fusillade, il prend en charge Zemmour un des caïds de la drogue parisienne. La police et l'hôpital sont au bord de la rupture.
   
   Cush Dibbeth et Benjamin Chopski ont déjà sévi dans le très bon "Bistouri blues", ici chroniqué. En ce jour, je me fais un plaisir de parler de leur deuxième aventure. Ce roman happe le lecteur dès le départ et ne le lâche plus au long des 443 pages. L'enquête est complexe et Cush Dibbeth en parle mieux que moi : "On bosse, je t'assure, fit Cush en s'asseyant. Le problème, c'est que l'enquête part dans tous les sens. Nous sommes en même temps sur des règlements de comptes entre dealers et la disparition de Zemmour, de putes et de clochards." (p.119)
    Rien à ajouter si ce n'est que la disparition de Zemmour ne concerne pas le prénommé Éric, ce qui est fort dommage, il nous ferait des vacances à en prendre de longues, très longues voire interminables (et dans interminables, il y a inter, bien sûr). Pouf, pouf. Revenons à notre enquête, Cush patauge et on le comprend on n'aimerait pas être à sa place, nous lecteurs qui en savons bien plus que lui, étant à la fois dans le clan Zemmour, dans la tête du chirurgien fou, dans celle de Benjamin et au cœur de l'enquête des flics.
   
   P Kleinmann et S Vinson en mettant en scène un cartel mexicain ne font pas dans la demi-mesure ni dans la légèreté. La guerre pour le règne sur la drogue et les putes est sans merci, jusqu'à ce que mort et perte du clan rival s'en suivent ; ça défouraille à la moindre provocation, ça fait dans la délivrance de pruneaux et sans ordonnance même lorsque le lieu choisi est l'hôpital public. La violence est mise en scène, exagérée et elle fait rire ou sourire -en espérant que de telles scènes ne deviennent pas réalité dans les rues parisiennes.
   
   Comme dans "Bistouri blues", il est encore beaucoup question de médecine, ce qui peut rendre le livre encore plus glaçant, pour les trouillards comme moi qui, dès que l'on parle de piqure ou d'opérations, pâlissent. Les deux auteurs en profitent pour défendre la notion de service public de la santé mise à mal par les différentes politiques successives, ils rendent hommage aux personnels divers et à leurs grandes capacités et réactivité.
   
   Un roman très maîtrisé qui ouvre pas mal de portes (il serait trop long ici de parler de Flore la sœur des caïds parisiens, de la GunInc une compagnie d'assurance très particulière, de Mme Georges une anatomopathologiste séduisante, d'Aurore la nouvelle recrue de l'équipe de Cush, du jazz, Chet Baker en particulier écouté tout au long du livre par divers intervenants, ...) et n'oublie pas de toutes les refermer en fin de volume de sorte que l'on ne reste pas avec une question sur une situation ou un personnage même secondaire oublié au fil des pages. Les courts chapitres s'enchaînent, alternant les points de vue rendant la lecture très agréable et rapide, on en oublie la grosseur du volume parce le marque-page se déplace très vite en son sein. Pas toujours très moral, mais je ne serai pas le premier à blâmer untel ou untel de faire des choix audacieux et difficiles.
   
   Une très belle réussite que cette série, vivement la suite...

critique par Yv




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