Lecture / Ecriture
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Tout ce que j’aimais de Siri Hustvedt

Siri Hustvedt
  Tout ce que j’aimais
  Les yeux bandés
  L'envoûtement de Lily Dahl
  Yonder
  Elégie pour un Américain
  Les mystères du rectangle
  Un été sans les hommes
  Un monde flamboyant
  La femme qui tremble - Une histoire de mes nerfs

Siri Hustvedt est une écrivaine américaine née en 1955.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Tout ce que j’aimais - Siri Hustvedt

Livre majeur
Note :

   Il n’est pas étonnant, que Siri Hustvedt et Paul Auster soient amoureux l’un de l’autre, pas étonnant que leur rencontre ait donné lieu à un coup de foudre, car quand on les lit, on retrouve, profondément, des échos de la voix de l’un chez l’autre. Ils étaient fondamentalement faits pour s’aimer. Le hasard fabuleux, c’est qu’ils se soient vraiment rencontrés, cela n’arrive pas si souvent.
   
   Ceci étant dit, si j’ai découvert il y a déjà longtemps les romans de Paul Auster, ce « Tout ce que j’aimais » est mon premier contact avec l’œuvre de Siri Hustvedt et j’en suis restée… éblouie.
   
   Le récit nous est raconté par Léo. Il se noue autour de deux couples : le sien avec Erica et celui de Violet et Bill. Les deux couples auront chacun un fils : Matt et Mark, sensiblement du même âge et seront voisins, à New York. Bill est peintre, Léo professeur d’histoire de l’art, Violet se spécialise dans les psychopathies modernes, en particulier alimentaires et rédige études et articles, Erica enseigne. Les années passeront. Je ne veux pas en dire plus sur l’histoire.
   
   Siri Hustvedt mène avec une extraordinaire sûreté et une non moins extraordinaire finesse ce récit si long, qu’il dure une vie, si profond et si juste qu’il semble ensuite faire partie de nos propres souvenirs. C’est cela qui est le plus remarquable dans ce vraiment grand livre : la création de toutes pièces, à l’usage de parfaits inconnus que sont ses lecteurs, d’un monde qui parvient absolument à devenir aussi réel que celui qui nous entoure et aussi proche que celui dans lequel nous évoluons. Nous vieillissons avec Léo, nous partageons son évolution et la vivons en même temps que lui. Nous savons ce qu’il ressent et le ressentons tout autant, seul décalage, ses problèmes finaux semblent nous peser plus qu’à lui.
   
   J’ai également apprécié de voir à quel point ce roman était documenté. C’est sans doute ce qui, avec la justesse de l’observation, rend si forte cette impression de réalité. Ainsi par exemple, Violet prépare une thèse sur l’hystérie et on en parle assez longuement à certains moments du livre, eh bien on en parle savamment, puisque Siri Hustvedt indique qu’elle a utilisé sa connaissance de la thèse réelle que sa sœur a soutenue et des documents rencontrés et discutés à cette occasion. Et ainsi en est-il également des autres domaines où évoluent les personnages, comme le monde de l’art.
   
   Il y a dans ce livre, une perfection de l’écriture qui permet de mener à bien cette chronique douce et lente -douce même quand les évènements ne le sont pas-, prenante et hypnotique qui nous emporte dans une empathie profonde avec les personnages. Pour ma part, je les ai sentis incroyablement proches de moi et pourtant, ils n’évoluent pas dans mon monde. On ne peut pas dire que la communion vienne de là. Elle vient du ton employé, de son honnêteté.
   
   Un livre vrai comme une vie, avec toutes ses erreurs, ses joies et ses malheurs face auxquels on reste impuissant.
   A lire absolument.
   
   PS pour ceux qui l’ont lu: Et les lego ?
   ↓

critique par Sibylline




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Le mari de Siri Hustvedt
Note :

   Récemment j’ai lu un article très élogieux sur “Tout ce que j’aimais” de Siri Hustvedt. La conclusion se résumait à ceci : si Siri continue comme ça, on ne parlera bientôt plus d’elle comme de la femme de Paul Auster, mais de Paul Auster comme de son mari. Et après avoir lu ce roman, je n’ai qu’une chose à ajouter : Siri Hustvedt mériterait que ce soit déjà le cas.
   
   “Tout ce que j’aimais” est d’abord l’histoire de deux couples : le narrateur Leo et son épouse Erica d’un côté ; de l’autre, Bill et Violet. Leo, universitaire spécialiste d’histoire de l’Art, rencontre le peintre Bill au début du roman. C’est là le départ d’une longue amitié qui va lier à jamais les deux hommes et leurs familles ; ils partageront les mêmes joies puis traverseront ensemble des épreuves insurmontables qui laisseront tous les protagonistes meurtris.
   
   Difficile de résumer en quelques mots ce roman dense de 450 pages, foisonnant de personnages aux psychologies complexes. “Tout ce que j’aimais” porte d’abord un œil critique sur la société de consommation actuelle.
   
   Fascinant portrait d’un New York où les artistes se connaissent tous, où chacun choisit son camp où réputation et carrière se font et se défont à coups d’articles de presse et selon la stabilité ou l’instabilité économique du moment, le roman soulève de multiples problèmes sur lesquels s’interroge beaucoup notre société. Par le biais de la thèse puis d’un livre de Violet, Siri Hustvedt évoque l’hystérie et les désordres alimentaires, ici présentés comme les maux propres à deux époques différentes, la réponse collective instinctivement apportée à un environnement extérieur agressif.
   
   On incarne ici l’adolescent perturbé par excellence (et fait par ailleurs penser au film Thirteen). Son comportement asocial, sa propension à mentir, son attitude de caméléon suggèrent l’instabilité mentale et la folie. Il est d’une certaine façon le symbole du danger qui nous guette à tout moment dans une société où chaque enfant a été élevé en apprenant à se méfier des autres. «Ne suis pas le monsieur, même s’il t’offre des bonbons. Ne rentre pas seul après telle heure. On ne sait jamais.» Il est ce monstre qui plane inconsciemment au dessus de nos têtes, le fou dangereux caché derrière un visage d’ange.
   
   Enfin, un artiste important au cœur du roman : Teddy Giles est symbolique à plusieurs raisons. Lui aussi est un croque-mitaine, mais un croque-mitaine qui hurle son sadisme face à des foules enthousiastes qui en redemandent, criant au génie et prenant au second degré ce qui devrait l’être en fait au premier. Giles est un nihiliste à sa manière. Il pose aussi pleinement la question de l’Art et de ses limites. Si je déclare qu’un tas de corps ou une œuvre détruite et souillée sont de véritables œuvres d’art, doit-on considérer qu’il suffit de déclarer qu’il y a Art pour qu’Art il y ait ? Giles repousse les limites de l’acceptable en intégrant l’horreur à son œuvre. D’où tout un questionnement sur nos sociétés contemporaines où la violence joue un rôle de premier plan. Et l’interrogation suivante : faut-il choquer pour transmettre un message? Ou, comme le dit Giles, pour parvenir à provoquer le petit frisson indispensable ?
   
   “Tout ce que j’aimais” est un excellent roman. Les personnages sont développés avec précision et une finesse exceptionnelle. Leurs doutes, leurs interrogations tout humaines sont mis en avant avec simplicité et ce que l’on pourrait appeler un sens aigu de la vérité. Car ce roman sonne terriblement vrai. Malgré leur histoire peu commune, ces personnages sont non seulement crédibles, mais ils portent aussi en eux une vérité, une sincérité qui nous donne le sentiment de lire le vrai journal d’un certain Leo. On vit, on pleure (et j’ai pleuré !) avec eux. Impossible de les quitter une fois le livre refermé, car ils vous hantent encore après avec leurs visages aux traits étonnamment bien définis. Enfin, “Tout ce que j’aimais” est un vrai petit chef d’œuvre littéraire : le style d’Hustvedt aussi bien que son érudition utilisée à bon escient en font un petit bijou qui touche à la perfection.
   
   Alors que les choses soient dites : je vais mettre un point d’honneur à découvrir les autres écrits de cet auteur. Et dans quelque temps, je me replongerai avec plaisir dans un roman du mari de Siri Hustvedt.
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critique par Lou




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Artistes et amis
Note :

   « Je me dis que Lucille méritait le bonheur, un nouveau mariage, un autre enfant. Elle allait enfin s'échapper de cet appartement maussade de la 3e Rue Est. Et cependant, sous mes bons vœux, rôdait, turbulente, la conscience que Lucille était quelqu'un que je ne comprenais pas ».
   
   
   New-York - Milieu des années 1970
   
   Bill est un artiste passionné par son métier. Il passe de nombreuses heures dans son atelier à peindre. Il sympathise avec Léo. Leur amitié est si forte qu'ils vont la partager aussi avec leurs compagnes respectives qui s'apprécient également . Les deux couples se fréquentent beaucoup, s'installent dans des appartements voisins, fondent des familles. Ils ont en quelque sorte des vies parallèles et semblables.
   
   Mais les uns comme les autres seront rattrapés par les aléas de la vie : un divorce pour Bill, qui quittera sa femme pour rejoindre Violet, son modèle, une jeune femme qui va trouver rapidement sa place dans le quatuor. Mais aussi par des drames.
   
   Ce roman m'a beaucoup plu. Suivre le destin de ces deux couples m'a passionnée, il faut dire que l'écriture est magnifique. J'ai été touchée par le destin parallèle de ces deux hommes, leurs problèmes de couple, leur vie de famille, leur amitié, les choix qu'ils font, leur sensibilité. Le drame subi par Léo et Érica et les conséquences que cela entraîne dans leur vie m'a particulièrement émue. Tous les personnages sont très attachants. La narratrice réussit le tour de force de montrer des êtres sans les juger, sans qu'il soit fait de reproches à aucun de leurs choix de vie et des revirements que cela entraîne.
   
   La première fois que j'ai eu ce livre entre les mains je ne suis pas rentrée dedans et je l'ai rapidement laissé tomber. Puis après mon coup de cœur pour "Élégie pour un américain" je l'ai repris en me disant que je ne lui avais peut-être pas suffisamment accordé d'attention. Bien m'en a pris ! Ce récit m'a envoûtée : Siri Hustvedt est une grande romancière, et je vais continuer à explorer son œuvre. Elle n'a rien à envier à Paul Auster -j'aime pourtant aussi beaucoup ses romans- dont elle est la compagne et à qui elle dédie ce livre.
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critique par Clochette




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Ça m'a épuisée
Note :

    Résumé
   Léo, historien de l'art, est fasciné par une toile achetée dans une exposition. Il en retrouve l'artiste et s'en suit une amitié qui durera tout une vie entre leurs deux familles. Ce livre relate leur histoire et les drames auxquels ils ont à faire face au cours des années.
   
   
   Commentaire
   
   J'ai au départ lu ce roman parce que la couverture me plaisait (ben oui, c'est une raison comme une autre!!!) et je n'ai pas été déçue. Ce livre exploite les thèmes de l'amitié, de l'amour, de la mort, de la folie et surtout de l'art, qui devient à la fois thème et métaphore. Tout au long du roman, je suis allée voir les oeuvres dont il est question et suite à la lecture, je n'ai pu m'empêcher d'aller relire les - longues - descriptions des oeuvres de Bill que j'ai pu voir sous un angle différent par la suite, à la lumière de l'histoire maintenant connue.
   
   J'ai beaucoup aimé ce livre et j'en ai aimé l'écriture également. Je me suis réellement laissée emporter par l'histoire, j'ai facilement pu imaginer les tableaux d'amitié qui sont dépeints dans le livre. Ce que j'ai trouvé plus ardu, ce sont les éternels recommencements de la seconde partie. Ça m'a épuisée, vidée. Mais peut-être était-ce le but recherché. Ce n'est pas un coup de coeur mais un très bon livre que j'ai bien aimé lire!

critique par Karine




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