Lecture / Ecriture
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Le cercle fermé de Jonathan Coe

Jonathan Coe
  La maison du sommeil
  Bienvenue au club
  La Femme de Hasard
  Le cercle fermé
  Les Nains de la Mort
  Testament à l’anglaise
  La pluie, avant qu'elle tombe
  La vie très privée de Mr Sim
  Dès 11 ans: Le miroir brisé
  Expo 58
  Désaccords imparfaits
  Une touche d’amour
  Numéro 11

Jonathan Coe est un écrivain britannique, né en 1961.
Il a reçu le prix Médicis étranger en 1998 pour "La Maison du sommeil".

Le cercle fermé - Jonathan Coe

Qu'avons nous fait de notre jeunesse?
Note :

   Dans le coin café de la librairie où elle se promène, Claire, de retour en Angleterre après avoir vécu quelques temps en Italie, tombe un jour sur Benjamin, qu'elle n'a pas vu depuis des années. Après un moment de stupeur de se retrouver ainsi après tant de temps, Benjamin lui propose de venir au concert qu'il donne avec le groupe qu'il formait il y a plus de 20 ans et qui se refonde exceptionnellement pour une soirée. Claire se pose toujours des questions sur la disparition de sa sœur Miriam, survenue à l'époque justement suite à un attentat dans lequel Lois a vu son fiancé Malcom mourir.
   
   Le décor est placé… Nous retrouvons dans ce livre les protagonistes de l'excellent "Bienvenue au club" sans qu'il soit pour autant nécessaire d'avoir lu le premier tome de ce diptyque pour comprendre et apprécier ce second volume, excellent, qui démarre sur les chapeaux de roue. Nous y retrouvons les héros de l'époque à l'aune de la quarantaine, avec les cheveux grisonnants, notamment les deux frères Trotter, Paul entré en politique, et Benjamin, qui n'a toujours pas oublié son amour de jeunesse bien qu'il ait épousé Emily et aussi Doug, le seul qui semble avoir réussi grâce à une carrière qui a démarré en flèche et un mariage providentiel.
   
   Ce livre est drôle, vraiment drôle; c'est savoureux, triste aussi parfois de voir les idéaux de jeunesse confrontés à la réalité de vies parfois médiocres ou du moins loin de ce qu'on en espérait. Sur fonds de critique de la politique anglaise des années 1990 et du blayrisme, Jonathan Coe nous concocte un roman passionnant plein de suspens, où les héros se retrouvent des années après et où on s'aperçoit que les sentiments malgré les années n'ont guère changé. Rien n'est laissé au hasard. En vrai connaisseur de la nature humaine, l'auteur porte un regard lucide, tendre et caustique sur des personnages à la fois attachants et pathétiques. Cette suite est très réussie et même meilleure selon moi que le premier tome qu'on a cependant envie de relire car le temps passe aussi pour nous et on avait presque oublié ces adolescents des années 70 aujourd'hui devenu des hommes en lutte avec leurs désirs amoureux, leurs ambitions professionnelles et leurs aspirations intellectuelles et personnelles.
   Une vraie réussite!
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critique par Clochette




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Réquisitoire des années Blair.
Note :

   Hélas je n’ai pas lu (encore) «Bienvenue au club», du même Coe, et c’est dommage puisque «Le cercle fermé» est apparemment sa suite. Dommage mais pas dommageable puisque je puis ainsi confirmer qu’on peut, avec intérêt, se lancer dans «Le cercle fermé» sans avoir lu la première partie. Ouf !
   
   «Le cercle fermé» raconte une histoire, non plutôt des histoires, … enfin non, des sagas. Des sagas entremêlées comme le sont nos jours et ceux de nos proches et connaissances dont les jours s’entremêlent aux nôtres au gré des rencontres, au gré des moments importants qui surgissent parfois sans qu’on s’en rende compte.
   Jonathan Coe fait tout cela très naturellement, dans un style très agréable, qui rend la lecture fluide et régulière. Et il a du mérite tant il aborde d’histoires différentes, tant il aborde de thèmes fondamentaux, les uns à la suite des autres et souvent aussi les uns en même temps que les autres!
   C’est d’une grande maestria, d’autant que Jonathan Coe reprend, vingt ans après, la suite des aventures déja contées dans le roman précédent, et l’on se dit: «il a bien dû y penser à l’avance, semer des cailloux, planter des graines, …» et ça donne le vertige tant l’ouvrage est grand et fort.
   
   Nous sommes au début des années 2000, les évènements évoqués, eux, sont souvent réels: attentats, déclenchement de la guerre contre l’Irak, … C’est l’heure du désenchantement pour Doug, Benjamin, Philip, Claire, …
   Et leurs désenchantements s’entrecroisent, coupent un instant l’ambition de Paul, qui lui n’a pas le temps d’être désenchanté; un ambitieux à l’oeuvre. On peut se sentir Doug, Claire, Benjamin, Philip tellement c’est actuel et proche de nous (l’âge aussi ?). On a du mal à se sentir Paul tant il incarne l’arrivisme forcené, cette ambition qui vous ferait tuer père et mère. Qu’importe, les personnages du «Cercle fermé» prennent réellement vie sous nos yeux, et Tony Blair se fait «habiller pour l’hiver». Jonathan Coe tenait à faire passer un message, il est très explicite!
   ↓

critique par Tistou




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La boucle est bouclée d'or
Note :

   Suite à "Bienvenue au club" qui racontait l’adolescence des personnages dans les années 70, J. Coe boucle donc la boucle avec son "Cercle fermé".
   Le titre fait allusion non seulement à un club auquel appartiennent plusieurs personnages mais aussi à l’aspect cyclique du temps, temps qui laisse les blessures ouvertes, où Claire recherche sa sœur disparue mystérieusement un jour de 1974, où Benjamin n’a pas résolu ses amours avec la belle Cicely ni fini son Grand Œuvre qui lui est consacré, où Paul, son jeune frère aux idées de droite est devenu un parlementaire dans le gouvernement de Tony Blair, où les mariages et les amours se font et se défont, où les retrouvailles font ressurgir un passé toujours latent, passé qui a défini tous les choix des protagonistes de cette histoire des années 2000, où les rêves se cassent la figure avec les idées et les adultères, tout se mêle merveilleusement bien jusqu’aux ultimes révélations, peut-être un peu poussées parfois, mais acceptables somme toute.
   
   Toutes ces histoires, ces rencontres, ces intrigues sont servies par une maîtrise toujours impeccable chez Coe des différents supports de communication que sont les lettres, les e-mails, les SMS, les conversations pendant les dîners arrosés où chacun donne des nouvelles de l’autre, comme un opéra –genre auquel il est fait allusion comme la musique en général, génératrice de sentiments et rappeleuse de moments idylliques ou cruels (dans le cas de Loïs et d’un titre de Cole Porter) mais aussi, pivot des deux romans, mais n’en disons pas plus… - opéra dans lequel les voix tournent et se font écho, bref c’est vraiment du grand art. La lecture en devient fascinante à tel point que c’est le genre de roman qu’on a hâte de retrouver le soir – quoi qu’il ait pu se passer dans la journée –puisqu’on y retrouve tout ce que l’on est, fut ou sera. C’est cela et plus encore. Dans la vie de tous les jours il m’est venu plusieurs fois à l’esprit ce genre de pensée: «tiens, on dirait Benjamin…» ; «Mais la voilà Malvina!»
   
   Coe explique ainsi d’une façon limpide le contexte politique et économique de son pays et du monde. C’est une grève pour que des ouvriers ne se fassent pas licencier parce que BMW vient de vendre Rover; c’est une diatribe haineuse contre l’occident par le voisin pakistanais de Benjamin révélant les propres contradictions des USA qui viennent de subir leur pire attentat le 11 septembre; c’est l’hésitation, les cas de conscience du parlementaire qui doit voter ou non pour la guerre en Irak au risque le faire contre son propre camp mais où intervient aussi sa vie personnelle.
   Voilà deux fois que je lis ce roman foisonnant d’un écrivain qui parle de ma génération et que je place au-dessus de tout tant il sait nous ressembler. Là je suis parti pour entamer bientôt "Testament à l’anglaise" (What A Carve Up !) et les autres œuvres aussi. Je me sens trop proche de ce Benjamin musicien! Je pense que l’auteur n’en est pas loin non plus.
   
   
   Titre original: The Closed Circle

critique par Mouton Noir




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