Lecture / Ecriture
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Howards End de Edward Morgan Forster

Edward Morgan Forster
  Avec vue sur l'Arno
  Howards End
  Maurice
  Monteriano

E. M. Forster est un écrivain anglais né en 1879 et décédé en 1970.
On trouve une de ses nouvelles dans le recueil "Les Fantômes des Victoriens" .

Howards End - Edward Morgan Forster

La guerre à l'anglaise
Note :

   Un roman que l'on peut penser assez prévisible peut réserver une belle surprise. Howards End de E. M. Forster est de ceux-là. Ce roman est assez loin du roman anglais feutré ; la méchanceté, la stupidité, l'orgueil et autres défauts moindres des personnages sont clairement mis en avant par un auteur qui n'est jamais complaisant avec ses créations.
   
   Howards End raconte l'histoire de l'affrontement de deux familles aisées, les Schlegel et les Wilcox. Les Schlegel, d'origine allemande, forment une fratrie composée de Margaret, d'Hélène et de Tibby. Les deux jeunes femmes sont indépendantes, cultivées, expansives et liées au mouvement féministe. Elles représentent une vision plus moderne de l'Angleterre.
   
   Les Wilcox et leurs trois enfants sont porteurs d'une conception plus traditionnelle de l'Angleterre, de la place de l'homme et de la femme dans une famille et dans la société en général. Mr. Wilcox, homme d'affaire prospère, est sûr de lui et obtus. Sa femme semble tout droit sortie des romans de la première moitié du XIXe s. Elle n'a que peu d'opinions sur la vie politique ou culturelle, se laisse mener par son mari et ne semble être vraiment intéressée que par sa propriété Howards End dans le jardin de laquelle elle se promène lentement en robe à traîne pour respirer des fleurs. Les Wilcox ont trois enfants Charles, Paul et Evie qui sont décrits par Forster de telle sorte qu'aucun lecteur ne puisse avoir de la sympathie pour eux.
   
   Enfin, le roman met en scène un troisième cercle : Léonard Bast qui représente les couches plus populaires de la société anglaise. Homme issu du peuple, petit employé, Léonard vit avec une femme de quinze ans plus âgée que lui et dont on comprend rapidement que ses moyens de subsistance passaient par l'exploitation de son corps.
   
   Maintenant que les adversaires sont présentés, passons aux choses sérieuses :
   
   Prologue de l'affrontement : Rencontre des Wilcox et des Schlegel en Allemagne
   Round 1 : Les Wilcox invitent les soeurs Schlegel dans leur propriété de Howards End, mais Hélène s'y rend seule. Elle tombe amoureuse de Paul, le second fils des Wilcox. Ils se fiancent, mais le lendemain rompent les fiançailles en partie à cause de la pression familiale et en partie à cause de la lâcheté de Paul. Les familles sont en froid et Hélène est considérée par les mâles Wilcox comme une intrigante. Victoire des Wilcox
   
   Interlude 1 : Les soeurs Schlegel rencontrent Léonard Blast à un concert.
   Round 2 : Les Wilcox s'installent dans un appartement juste en face de la maison habitée par le trio Schlegel. Etc. Les rounds se succèdent ainsi, je vous laisse les découvrir et compter les points.
   
   Et, dernière petite information, le titre de ce roman s'explique parce que la possession d'Howards End s'impose comme un élément fondamental de l'affrontement des Schlegel et des Wilcox, sans que les deux parties en présence n'en aient forcément conscience.
    ↓

critique par Cécile




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Toute une époque
Note :

   Pour E. M Forster, je vais vous parler d'"Howard's End", son roman le plus connu, que je n'avais ni lu, ni vu avant. Étrange vu que j'ai quand même lu plusieurs Forster...
   
    Howard's End, c'est une maison. Une maison qui, d'une manière ou d'une autre, sera au centre de cette histoire, qui nous emmène dans une Angleterre du début du siècle dernier. C'est moins une histoire d'amour qu'un roman où se rencontrent les riches Wilcox, qui doivent leur fortune aux affaires étrangères et les sœurs Schlegel, intellectuelles avec des pensées plutôt à gauche, vivant confortablement de rentes. Elles sont au cœur d'un cercle d'idéalistes intellectuels (qui m'a un peu fait penser au Bloomsbury Circle, en fait) et elles ont rencontré les Wilcox en voyage. Mais étrangement, la vie va se charger des les réunir plus souvent qu'autrement, à Howard's End ou ailleurs. Et c'est parfois tout un choc d'idées, parfois préconçues, parfois moins.
   
   Dit comme ça, ça peut sembler ennuyeux. Pourtant, ce ne l'est pas une seconde. J'ai adoré ce roman, rien de moins. Comme souvent, chez Forster, les personnages sont loin de la perfection mais très humains, avec leurs failles et leurs traits dérangeants. Et si on aurait pu tomber dans la caricature des bons versus les méchants, l'écueil est ici évité avec brio. Tout le monde évolue, est profondément changé par la vie. Que ce soit Helen et son idéalisme qui frôle la déraison, Meg, plus terre à terre ou encore Mr. Henry Wilcox, qui chemine dans ses préjugés. Parce que ces gens sont tellement différents qu'ils ont parfois du mal à trouver un terrain d'entente et ce qui est acceptable pour un ne l'est pas nécessairement pour l'autre.
   
   Ce qui rend le tout magnifique, en plus de la beauté de l'écriture, c'est que Forster fait carrément revivre une époque, celle d'une Angleterre en plein changement, ou des classes sociales qui se côtoyaient peu (du moins, selon ce que j'ai lu dans mes rares lectures historiques sur l'Angleterre... ok, bon... c'était déjà commencé... mais quand même...) se rencontrent sur un pied limite d'égalité et se confrontent. Parce que c'est plus fort qu'eux. Et c'est tout l'avenir de l'Angleterre qui se joue là. L'ancien monde, le nouveau ou encore la classe populaire, représentée par Bast, le protégé des sœurs Schlegel qui tentent de lui donner un coup de main...
   
   Un roman qui parle de la femme de l'époque, du mariage, des valeurs et de définitions de soi, du choc des cultures, de l'indifférence, de l'amour aussi, qu'il soit fraternel ou amoureux.
   
   Bref, un roman magnifique.
   
   J'aime Forster d'amour.
   
   Et je verrai le film.

critique par Karine




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