Lecture / Ecriture
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Antoine Bloyé de Paul Nizan

Paul Nizan
  Antoine Bloyé
  Aden Arabie

Paul Nizan (1905-1940), militant communiste jusqu'à sa rupture avec le Parti au moment du Pacte germano-soviétique, romancier et essayiste, auteur culte des années soixante, a laissé des textes majeurs, dont "Les chiens de garde" et "Aden Arabie".

Antoine Bloyé - Paul Nizan

Conscience de classe
Note :

   Antoine Bloyé est né en 1864 à Pontchâteau, à la limite de la Brière, ce vaste marais à l’embouchure de la Loire. Issu d’un milieu modeste d’ouvriers, il effectue de bonnes études jusqu’aux Arts et Métiers, qui le conduiront à travailler dans les chemins de fer, d’abord comme technicien, puis à force de ténacité et de compétence, à des postes de responsabilité.
   
   Habile à diriger les ouvriers, estimé par ses chefs et ses subordonnés, il connut dans sa carrière une progression durable, qui suscita en lui des sentiments contradictoires, entre la fierté de sa réussite et la mauvaise conscience d’avoir trahi, à certaines occasions, sa classe sociale d’origine.
   
   De même, sur le plan personnel, son mariage avec Anne, une jeune femme modeste, ne suscita pas la passion chez cet homme, mais il resta toujours attaché à son épouse, depuis la naissance de leur petite fille, malheureusement affligée d’une maladie incurable et, plus tard, il eut un fils avec lequel il noua une relation forte durant l’enfance de celui-ci.
   
   Cependant, la grande affaire de sa vie resta l’activité professionnelle et son ascension dans la hiérarchie des chemins de fer provoqua un trouble par rapport à ses opinions initiales : avec le temps, il fut perçu par les ouvriers sous sa responsabilité comme un cadre, et même un directeur, ce qui l’éloigna de ses positions initiales, même s’il s’efforçait de rester juste dans ses décisions.
   
   Dans les derniers temps de son activité, Antoine Bloyé finit par ressentir de plus en plus lourdement sa trahison de classe comme un défaut majeur de sa carrière, et à en souffrir intérieurement, ce qui contribue à rendre le personnage attachant. Il ressentit même le luxe relatif dont il jouissait à la fin de sa carrière comme un privilège acquis au détriment de la classe ouvrière.
   
   Toute cette évolution est décrite dans une langue très neutre qui rend la lecture de cet ouvrage très agréable.
   
   Il est particulièrement intéressant de s’imprégner des positions de Paul Nizan, le camarade de Sartre au Lycée Henri IV et à l’Ecole Normale Supérieure, qui adhéra au Parti Communiste lorsqu’il était encore étudiant et eut le courage de rendre sa carte au Parti au lendemain de la signature du pacte germano-soviétique.

critique par Jean Prévost




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