Lecture / Ecriture
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Le chemin s’arrêtera là de Pascal Dessaint

Pascal Dessaint
  De quoi tenir dix jours
  Les paupières de Lou
  Cruelles natures
  L'appel de l’huître
  Les derniers jours d'un homme
  Les pis rennais
  Les voies perdues
  Quelques pas de solitude
  Le chemin s’arrêtera là

Pascal Dessaint est un écrivain français né en 1964 à Dunkerque.

Le chemin s’arrêtera là - Pascal Dessaint

Pollutions en tous genres
Note :

   "Parfois, c'est à se forger la certitude que quelqu’un en coulisse complote contre vous, s'obstine à faire de votre vie une comédie absurde."
   

   Il n'y a pas que l'air qui soit vicié dans ce microcosme, cinglé par le sable, où le vent "mugit dans l'acier", paysage post-industriel traversé par d’énormes minéraliers.
   
   "Condamnés à survivre" dans ce lieu mortifère, des êtres, dont les destins sont liés sans qu'ils le sachent toujours, vivent loin des regards qui pourraient les contraindre à "contrôler [leurs] humeurs." Ils ne peuvent que constater : "
   Nous nous faisons du mal . Nous ne savons pas nous faire du bien . Nous n'y avons pas été habitués. Et puis l’ambiance n'est pas favorable."

   
   Certains vont même plus loin et, particulièrement monstrueux, pratiquent une fausse logique pour justifier leurs débordements. L'humour noir vient ainsi alléger quelque peu l'atmosphère plombante. Ainsi, un personnage se creuse la tête pour identifier, parmi la longue liste de ses méfaits, celui qui pourrait être connu et , bien évidemment, "oublie" celui qui lui paraît le plus normal. Ou bien encore quand il se compare à un autre qu'il détecte aussitôt comme étant : "Un vicelard, j'ai tout de suite compris parce que j'en suis un moi même. Je les flaire de loin et ça aiguise une sorte d'envie de compétition. Je ne crois pas aux signes que la Nature pourrait nous envoyer mais ça devait être un vicelard doublé d'un malfaisant."
   
   La Nature est elle-même bien malmenée dans cet univers saturé à la fois par la pollution et la cruauté des hommes. Seul un faucon parvient encore à faire rêver un adolescent, symbole d'un ailleurs auquel il pourrait, peut être, encore aspirer.
   
   Atmosphère lourde, quasi asphyxiante, voire de fin du monde, personnages monstrueux, on pense à Goya, au film "Delivrance", mais bien vite ces références s'estompent car si Pascal Dessaint fore encore plus loin dans la noirceur, ce n'est jamais de manière complaisante mais avec une grande maîtrise dans la narration (chorale) et le style. Il peint un paysage et ses habitants "coincés de ce côté du vilain monde", broyés par la crise, mais chez qui subsiste néanmoins, pour certains d'entre eux, une vraie humanité. De quoi retrouver un peu d'air in extremis ! Du grand art !
   
   222 pages très sombres mais piquetées de marque-pages !

critique par Cathulu




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