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Autobiograhie psychique de Hermann Broch

Hermann Broch
  Le tentateur
  Autobiograhie psychique

Hermann Broch est un écrivais autrichien né à Vienne en 1886. Ayant dû fuir son pays à l'arrivée des Nazis, il s'installa aux USA où il mourut en 1951.

Autobiograhie psychique - Hermann Broch

Confessions d'une nature conflictuelle
Note :

   Cet homme, écrivain, dramaturge et essayiste, explique en long et en large que sa vie psychique est une torture et il tente de la décrire en profondeur. Ses relations humaines, avec les femmes en particulier, s'en trouvent très perturbées. Il eut la délicatesse d'envoyer ce texte à deux amies new-yorkaises vers 1942 ainsi qu'au psychanalyste d'obédience freudienne Paul Federn qui l'a suivi durant son exil en Amérique.
   
   Sa névrose trouve une source lors de la petite enfance dans la défaite subie, vis-à-vis du père et du frère, dans la recherche de l'amour maternel. Hermann Broch s'est considéré, par rapport à ces deux hommes, comme un "non-homme", un impuissant. Ce sentiment d'impuissance est totalement psychologique, ne se traduit pas par une incapacité physique, mais pèse lourdement sur le comportement : il se sent inférieur et dans l'obligation de surcompenser tant dans le domaine sexuel que professionnel et intellectuel.
   
   Ces perturbations névrotiques entraînent un clivage de la personnalité qui le pousse vers deux types de femmes: le premier, autorisé, est l'héritage de la figure de la mère et constitue un devoir. La chasteté, voire l'inceste, font partie de ce genre de relation. Le second type comprend tous les attraits érotiques que les domestiques ont représentés aux yeux de l'enfant. Mais: "...cet amour sensuel, [...], est interdit, il est même doublement interdit qu'il implique l'infidélité vis-à-vis de la mère, mais comme précisément cette infidélité est en même temps une façon de se venger de l'amour maternel qui l'a refusé et qui s'est porté sur le père et le frère, je peux et je dois me l'autoriser, d'autant plus que c'est seulement sur cette voie que je peux m'apporter la preuve importante de la puissance."
   

   La brève introduction qui précède esquisse les multiples conflits intérieurs causés par les sur-mois de l'auteur, ces "complexes d'obligations qui se chevauchent", sans cesse en contradiction avec tout espoir de réalisation amoureuse, qui interdisent quasiment tout égoïsme de la vie pulsionnelle. Les infractions à ses obligations morales, ce qu'il nomme ses infidélités, conduisent à des autopunitions comme des pertes de mémoire, des spasmes intestinaux et les punitions dites cathartiques, c'est-à-dire qui le poussent à recommencer – purifier – le travail littéraire et artistique entrepris, souillé par l'infidélité.
   
   L'autoanalyse de Broch est d'une rare sincérité et le fait d'une clairvoyance supérieure. Je cite la notice de l'éditeur : "Il est fascinant d'observer comment l'auteur arrive à donner une image de lui-même qui, malgré ses côtés difficiles – sur le plan érotique et sexuel qu'il décrit avec une remarquable franchise –, ne le rend pourtant pas trop "répugnant"." Le dernier mot me gêne un peu : si chaque personne indélicate pouvait expliquer aussi honnêtement son comportement...
   
   Au terme, Broch conclut que la psychanalyse ne peut soigner ses problèmes, car elle est elle-même dotée des fonctions d'un personnage (femme) mythique (ne fût-ce que dans la personne du psychanalyste) et le travail d'analyse devient automatiquement une infidélité à chaque femme aimée et au travail : "Je devrais pendant la durée d'une psychanalyse réussie interrompre radicalement non seulement toute relation avec les femmes, mais aussi tout travail afin que l'analyse soit la seule amante qui règne." Bref, la névrose empêche la psychanalyse.
   
   Je ne m'attarde pas sur la seconde partie du livre, "L'autobiographie comme programme de travail" qui reprend les grandes étapes de la pensée philosophiques de l'essayiste, depuis la théorie de la valeur jusqu'à sa collaboration à une philosophie de l'État (The City of Man). De nombreuses réflexions sur l'organisation de l'État m'ont semblé avoir perdu de leur acuité si l'on tient compte de l'évolution politique, économique et sociale de l'Europe mondialisée.
   
   Hermann Broch, c'est aussi l'important roman "Les Somnambules" qui trouve place à côté de "L'homme sans qualités" (Robert Musil) et "La montagne magique" (Thomas Mann). De même, son travail "Théorie de la folie des masses" qui tente d'expliquer la montée des fascismes en Europe.
   
    "Broch est peut-être l'écrivain qui a le plus souffert de ce statut de la littérature qui lui fait juste décrire et décrypter ce qu'il aimerait tout bonnement transformer."
   (Lindon Mathieu, Libération)

critique par Christw




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