Lecture / Ecriture
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Victor de l'Aveyron de Jean Marc Gaspard Itard

Jean Marc Gaspard Itard
  Victor de l'Aveyron

Victor de l'Aveyron - Jean Marc Gaspard Itard

L'enfant sauvage
Note :

   Jean Itard (1774-1838) est médecin à l'institut des sourds et muets quand on lui confie Victor. Gagné aux théories de Locke et de Diderot, il pense que l'homme est un produit culturel, un être construit et non pas inné. Empirique, il va essayer de le démontrer en observant les progrès de l'enfant qui, pour être lents et limités, n'en sont pas moins probants..
   
   Quand on lit "Mémoire et rapport sur Victor de l'Aveyron" on est d'abord étonné par la qualité du style. Dans sa préface, le médecin a des accents véritablement pascaliens (le Pascal des deux infinis) mais qui se révèlent un hommage non pas à Dieu mais à la civilisation et à l'influence de la société.
   
   "Jeté sur ce globe sans forces physiques et sans idées innées, hors d'état d'obéir par lui-même aux lois constitutionnelles de son organisation, qui l'appellent au premier rang du système des êtres, l'homme ne peut trouver qu'au sein de la société la place éminente qui lui fut marquée dans la nature, et serait, sans la civilisation, un des plus faibles et des moins intelligents des animaux : vérité, sans doute, bien rebattue, mais qu'on n'a point encore rigoureusement démontrée... Les philosophes qui l'ont émise les premiers, ceux qui l'ont ensuite soutenue et propagée, en ont donné pour preuve l'état physique et moral de quelques peuplades errantes, qu'ils ont regardées comme non civilisées parce qu'elles ne l'étaient point à notre manière, et chez lesquelles ils ont été puiser les traits de l'homme dans le pur état de nature. Non, quoi qu'on en dise, ce n'est point là encore qu'il faut le chercher et l'étudier. Dans la horde sauvage la plus vagabonde comme dans la nation d'Europe la plus civilisée, l'homme n'est que ce qu'on le fait être ; nécessairement élevé par ses semblables, il en a contracté les habitudes et les besoins ; ses idées ne sont plus à lui ; il a joui de la plus belle prérogative de son espèce, la susceptibilité de développer son entendement par la force de l'imitation et l'influence de la société."

   
   Les méthodes du docteur Isard
   
   Quant aux méthodes du docteur Itard, il les expose en début de son mémoire :
   "Sous ce dernier point de vue, sa situation (celle de Victor) devenait un cas purement médical, et dont le traitement appartenait à la médecine morale, à cet art sublime créé en Angleterre par les Willis et les Crichton, et répandu nouvellement en France par les succès et les écrits du professeur Pinel.
   
   Guidé par l'esprit de leur doctrine, bien moins que par leurs préceptes qui ne pouvaient s'adapter à ce cas imprévu, je réduisis à cinq vues principales le traitement moral ou l'éducation du Sauvage de l'Aveyron.
   
   Première vue : L'attacher à la vie sociale, en la lui rendant plus douce que celle qu'il menait alors, et surtout plus analogue à la vie qu'il venait de quitter.
   Deuxième vue : Réveiller la sensibilité nerveuse par les stimulants les plus énergiques et quelquefois par les vives affections de l'âme.
   Troisième vue: Étendre la sphère de ses idées en lui donnant des besoins nouveaux, et en multipliant ses rapports avec les êtres environnants.
   Quatrième vue : Le conduire à l'usage de la parole en déterminant l'exercice de l'imitation par la loi impérieuse de la nécessité.
   Cinquième vue : Exercer pendant quelque temps sur les objets de ses besoins physiques les plus simples opérations de l'esprit en déterminant ensuite l'application sur des objets d'instruction."

   
   Et chacune de ses expériences est passionnante et de même ses conclusions que je vous laisse découvrir mais qui aboutissent, vous vous en doutez, à souligner le rôle de l'éducation de l'enfant dès le plus jeune âge mais aussi à prouver l'importance du développement des sens pour l'acquisition des facultés intellectuelles et morales. On comprend pourquoi cet écrit à servi de base à un film (Truffaut) et à plusieurs textes - dont le roman de T.C. Boyle- mais aussi à le médecine, en jetant les bases de la psychiatrie infantile.

critique par Claudialucia




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