Lecture / Ecriture
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A nos vingt ans de Huy Thiêp Nguyên

Huy Thiêp Nguyên
  A nos vingt ans
  La vengeance du loup

A nos vingt ans - Huy Thiêp Nguyên

The catcher in the rice
Note :

   Le père de Khuê est écrivain, sa famille, est plutôt aisée, mais lui-même ne peut accepter les contraintes qui permettent cette vie. Khuê a juste vingt ans et, digne produit de son époque, il a rejeté toute autorité morale sans se rendre compte tout de suite que cela faisait de lui une structure mentale molle et fragile, inapte à affronter la vraie vie. Or, en particulier au Vietnam, la vraie vie est rude et assez impitoyable.
   Khuê est étudiant, mais le travail ne le tente pas trop, il préfère s’amuser, ce que son père ne peut bien sûr pas accepter. Khuê s’est donc lancé, se croyant de taille à se débrouiller, il a fui ce cocon… pour se trouver assez vite pris au piège de la petite délinquance et de la drogue.
   
   Le départ et les premières mésaventures du jeune homme m’ont fait penser un peu à l’Attrape Cœur, dans ce sens que c’est le récit d’une fugue, et un roman de formation. Il ne faut bien sûr pas pousser la comparaison plus loin car nous sommes ici au Vietnam et non aux Etats-Unis et une bonne cinquantaine d’année plus tard, ce qui a rendu les choses de la vie tout de même beaucoup plus crues pour les jeunes.
   
   Khué, même quand il vient juste de quitter la famille à la suite d’un violent accrochage avec son père, ne semble pas se rendre compte que ses références à la philosophie de ce dernier sont permanentes. « Mon père dit ceci, mon père dit cela », « Comme dit mon père… » Il ne sait pas d’ailleurs, au moment même où il se jette hors de la maison, qu’il ne reviendra pas. C’est un départ et une rupture, mais pas volontairement un départ définitif. Nous voyons, au fil du récit, le fossé se creuser… vers la conclusion qui le rend impossible à combler.
   
   Nguyên Huy Thiêp écrit plutôt des nouvelles, à la valeur desquelles il doit une réputation internationale, mais je crois que « A nos vingt ans » est son seul roman. Le seul traduit en français, c’est sûr, mais je pense que c’est aussi le seul qu’il ait écrit et il m’a semblé qu’il n’était vraiment pas à l’aise dans ce format. Toute la fin de ce roman m’a semblée bâclée, comme expédiée à la va vite par un écrivain qui s’essouffle dans une histoire qui couvre une période trop longue, et qui veut finir à toute force. Le souffle manque. A 30 pages de la fin (sur 220), j’ai trouvé qu’il y avait une cassure dans le récit accompagnée d’une rupture sensible du rythme. Au début, c’était le garçon qui racontait heure par heure, puis jour par jour, puis vers la fin, d’un coup on ne sait plus. Des mois ? Des années ? Un parachutage de données tout à fait nouvelles. Du temps a passé. On ne sait pas combien.Tout a changé. Oui, certes… mais enfin… Le lecteur peut difficilement se satisfaire d’être expédié ainsi.
   
   J’avais voulu commencer par un roman, j’ai sans doute eu tort. Nguyên Huy Thiêp semble être un auteur de nouvelles et je conseillerais donc plutôt à ceux qui veulent le découvrir, de commencer par ses recueils. Sans doute faudrait-il entrer dans son œuvre par « Un général à la retraite »

critique par Sibylline




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