Lecture / Ecriture
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Villa des femmes de Charif Majdalani

Charif Majdalani
  Le dernier seigneur de Marsad
  Villa des femmes

Charif Majdalani est un écrivain libanais de langue française né à Beyrouth en 1960.

Villa des femmes - Charif Majdalani

Saga libanaise
Note :

   Rentrée littéraire 2015
   
   Ecoutez quarante ans de la saga familiale des Hayek, ses secrets, son âge d’or et sa ruine inscrite au plus près de l’histoire du Liban meurtri par les guerres ! Ecoutez surtout l’histoire de trois femmes "qui avaient tenu tête à tout pendant des années", racontée par le chauffeur Noula dit Youssef, à la fois chœur comme dans l’antique tragédie, conteur assis sur "son" perron, témoin voyeur et confident ! Avec Jamilé la cuisinière ce duo de complices, tels les domestiques des pièces classiques, épie les membres du clan Hayek, commente leurs réactions, les conseille à l’occasion.
   "C’était une autre époque" les années 50... Skandar Hayek, le patron, homme "réaliste et pragmatique" assoiffé de puissance et dur en affaires gérait aussi bien l’usine de textile que sa famille. Marie Ghosn l’avait épousé sous la contrainte, sans jamais oublier son amant Badi Jbeili. Quant à sa belle-sœur Mado, on lui avait ôté son promis avec la complicité du frère de Marie. S’ensuivit une haine féroce entre les deux belles-sœurs vivant sous le même toit. Le destin frappa une première fois : Skandar décédé, son fils Noula ruina le domaine tandis que sa fille chérie Karine menait joyeuse vie et que le cadet, envoyé en Irak pour le commerce du coton, oublia de revenir pendant dix ans...
   
   L’effondrement du Liban accompagne celui du clan Hayek : le destin frappa de nouveau en 1975, "l’année funeste" de la guerre, les miliciens envahirent la propriété. Mais en 1978 tout s'inversa...
   
   Majdalani s’attache à cerner les fortes personnalités de ces femmes qui refusèrent d’abandonner le domaine auquel leurs vies avaient été sacrifiées mais dont elles demeuraient les gardiennes. Les hommes, eux, n’ont pas le beau rôle : des miliciens vicieux, le fils aîné débauché, le cadet enfui au loin parce qu’ "il était las de ce monde ancien", — tiens, Apollinaire s’est glissé sous la plume de l’auteur...
   
   Majdalani n’est pas avare des dates qui scandent l’extension de la violence au Liban, les conflits locaux entre chrétiens et chiites, les tensions avec les Palestiniens ; toutefois, nourri de l’histoire de son pays, il la croit connue du lecteur occidental qui se retrouve souvent à la peine.
   
   Hommage au courage des Libanaises, ce roman vaut surtout pour ce narrateur intarissable, observateur clairvoyant qui sait user d’humour et ferait volontiers la leçon à ses patronnes quand Noula sacrifie le domaine : "Elles auraient dû comprendre que ce garçon avait un grain !".
   
   Un bon roman tragique qui échappe in extremis à la tragédie.
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critique par Kate




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Une tragédie moderne ?
Note :

   Le narrateur de ce récit passe son temps sur une terrasse : celle de la "Villa des femmes". Il est le chauffeur et le confident d'un homme d'affaires libanais. Ce dernier dirige un négoce de tissus. Un matin, contre toute attente, ce patron en bonne santé s'effondre devant ses ouvriers. Parmi ses fils, aucun n'est capable de lui succéder : Noula, l’ainé, est peu fiable et vaniteux, Hareth, le cadet, est un rêveur épris de liberté, dont on attend indéfiniment le retour. C'est donc aux femmes qu'il va revenir de prendre les choses en main mais rien n’est simple entre Marie, l'épouse et Mado, la sœur. Sans compter Karine la fille, à la fois indépendante et attachée au domaine.
   
   Noula le chauffeur et Jamilé la gouvernante savent tout, entendent les secrets, mais ne peuvent influer sur le destin de cette famille. D'autant moins que la guerre civile menace...
   
   En l'absence des hommes, l'auteur rend hommage aux femmes qui se battent pour garder cette propriété familiale à la mort du patriarche et nous plonge dans l’histoire du Liban des années 1970.
   
   Ce récit m'a beaucoup fait penser à "La mort du roi Tsongor". La langue est de toute beauté et sublime le texte. Au fur et à mesure des pages, nous apprenons les secrets des uns et des autres, les liaisons cachées, les histoires d’amour malheureuses. Au final : un roman de toute beauté, qui n’est pas sans rappeler la mythologie. On peut en effet comparer le voyage d'Hareth qui repousse sans arrêt son retour à celui d'Ulysse. Donnant à ce roman une double dimension : tragédie antique et récit moderne.

critique par Éléonore W.




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