Lecture / Ecriture
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Passé imparfait de Julian Fellowes

Julian Fellowes
  Passé imparfait

Passé imparfait - Julian Fellowes

A la recherche d'un héritier !
Note :

   Le narrateur est pour le moins surpris, pour ne pas dire déconcerté, lorsqu'il découvre au milieu de ses factures une lettre de Damien Baxter. Il n'a pas revu cet ancien camarade depuis plus de 40 ans, et pour cause il est fâché avec lui.
   
   Damien était son meilleur ami à l'époque où il était étudiant à Cambridge, à la fin des années 60. Il y participait aux bals et événements mondains et il avait fait rentrer Damien dans ce milieu plutôt fermé, en lui présentant pas mal de ses connaissances.
   
   Mais plusieurs décennies ont passé depuis leur rupture et ce dernier lui demande instamment de venir le voir. Il accepte de le retrouver chez lui pour un dîner, malgré le différend qui les oppose depuis tant d'années.
   
   Damien lui apprend alors qu'il souffre d'un cancer du pancréas et qu'il n'a plus que trois mois à vivre. Or, il a reçu il y a quelque temps une lettre anonyme, signé "Le dindon de la farce" laissant supposer qu'il est père sans qu'il l'ait jamais su. Son désir est de retrouver cet enfant pour en faire son héritier. Or il n'a plus aucun contact avec les personnes qu'il côtoyait en ce temps là, milieu qui n'était pas le sien, c'est pourquoi il fait appel au narrateur qui est le seul à pouvoir remettre la main sur sa progéniture et surtout sur la femme avec qui il l'a conçu.
   
   Pour l'aider à mener à bien cette mission, il lui donne la liste des filles avec qui il a couché durant cette période, et qui ont eu un enfant par la suite à une date qui pourrait correspondre à leur relation. Le narrateur va alors se charger de recontacter ces six femmes de bonne famille et faire ainsi une plongée et un retour vers le passé, non emprunt de nostalgie et de regret.
   
   J'ai beaucoup aimé ce roman dont j'ai trouvé certains passages très justes, l'auteur nous livre plein de remarques pertinentes sur la haute société anglaise, l'aristocratie, la laideur, la jalousie... Cela nous donne un roman passionnant et bien construit avec de beaux portraits de femme et une analyse des relations complexes d'amitié et d'amour qu'on peut nouer jeunes et qui laissent des traces indélébiles. Résultat : un livre savoureux, dans lequel on se glisse avec délice. Je vous le recommande !
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critique par Éléonore W.




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Du passé faisons table rase
Note :

    Il est un peu difficile parfois ce "Passé imparfait" de Julian Fellowes. Intéressant et très bien écrit sur un sujet qui me branche: ma génération. L'auteur a mon âge. Il revient sur ces drôles de gens qui avaient 20 ans en 70, encore plus curieux quand il s'agit d'aristocrates anglais. Tout part dans ce roman des célèbres et désuets maintenant bals des débutantes ou quelque chose dans ce genre-là. Manifestement Julian Fellowes parle de choses qu'il connait bien en ce curieux pays, le plus exotique qui soit pour un Français. Pourquoi ai-je écrit en incipit qu'il était un peu difficile ce roman? Parce qu'il n'est pas si aisé pour un lecteur continental de s'inviter à ces 600 pages so typically British même si ce British là démolit consciencieusement la perfide Albion. Ce n'est plus Rule Britannia mais F*** you Bloody Island. Fellowes est l'auteur de Gosford Park l'un des derniers films de Robert Altman. C'est plus clair maintenant?
   
    Damian Baxter charge le narrateur de retrouver la mère de son enfant. Six candidates possibles mais on est en 2008 et toutes et tous ont la soixantaine imminente. Ce narrateur sans nom va scrupuleusement enquêter, faisant jaillir des vérités enfouies, pas des plus reluisantes. Je peux comprendre ça, je n'ai pas toujours relui. Des fantômes se réveillent, des liaisons cachées ressurgissent, des antagonismes ancestraux réapparaissent. Presque tout ce beau monde est resté dans le beau monde, monde comme les autres avec son lot de vanités et de lâchetés, pas pire qu'ailleurs. Rassurez-vous, pas mieux non plus. Si on comprend assez bien la "bascule" de la fin des sixties, car "Passé imparfait" est parfaitement clair et maîtrisé, on a le droit d'être un peu frustré car Julian Fellowes évoque peu le Swinging London et la révolution musicale si prégnante de Carnaby Street à Ibiza.
   
    Un très bon roman, de classe aux deux sens du terme. Mais Julian Fellowes, peut-être Sir Julian Fellowes à cette heure, une question. Comment un tel livre peut-il ne pratiquement pas citer John, Paul, George and Ringo? Soyons justes. Il y a quand même en direct live (comme on ne disait pas) lors d'un bal le Spencer Davis Group. Ce qui n'est pas rien.
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critique par Eeguab




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Père putatif
Note :

   Cette intrigue m’a fait penser à celle du film "Broken Flowers "de Jim Jarmusch.
   
   Un homme a reçu une lettre anonyme mais émanant sûrement d’une femme lui laissant entendre qu’il avait une progéniture dont il ignorait tout. Cet homme c’est Damian Baxter, qui a fait une brillante carrière à la City ; lorsqu’il a reçu la lettre il a attendu qu’on lui réclame une pension pour l’enfant, mais rien n’est venu.
   
   S’étant marié sur le tard, il n’a pu procréer, et a divorcé. Menacé d’une fin prochaine, il repense à la lettre, et voudrait cette fois ardemment léguer sa fortune à cet(te) héritier (re).
   
   Il va charger son ex-ami (le narrateur du roman) de retrouver cet héritier, lui fournissant une liste de plusieurs anciennes maîtresses qui ont eu un enfant avant une certaine date. Le narrateur déteste Damian depuis certains événements fâcheux qui se sont déroulés au Portugal en 1970. Et pourtant il va se charger de ladite mission.
   
   Le narrateur appartient à ce milieu particulier qu’est l’aristocratie britannique. Jadis, lors de leurs études à Cambridge, il introduisit Damian l’ambitieux dans ce milieu, sur son souhait. Les jeunes filles, frisant à présent la soixantaine, en étaient aussi.
   
   Le roman est bien agencé, souvent critique, féroce et parfois drôle (certains bals qui tournent au cauchemar, certaines personnes fortement caricaturées) souvent romanesque et bien plus sentimental que Broken Flowers… Des passages m’ont paru longs et ennuyeux : des descriptions de manoirs, de revers de fortune, de rituels propres à l’aristocratie, des changements intervenus après les sixties ; Des personnages introduits, j’ai apprécié Damian, le narrateur, au moins deux des femmes, Lucy Dalton et Terry dont la déchéance et l’alcoolisme sont très bien rendus, moins Serena, un peu trop parfaite.
   
   En fait, il y a trop de personnages, l’intérêt se dilue parfois. Dans l’ensemble on dira pourtant que cette étude de mœurs est réussie, très documentée.

critique par Jehanne




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