Lecture / Ecriture
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Le tabac Tresniek de Robert Seethaler

Robert Seethaler
  Le tabac Tresniek
  Une vie entière

Le tabac Tresniek - Robert Seethaler

Un tournant de l'Histoire
Note :

   Présentation de l’éditeur
   
   "En août 1937, le jeune Franz Huchel quitte ses montagnes de Haute-Autriche pour venir travailler à Vienne avec Otto Tresniek, buraliste unijambiste, bienveillant et caustique, qui ne plaisante pas avec l’éthique de la profession. Au Tabac Tresniek, se mêlent classes populaires et bourgeoisie juive de la Vienne des années trente."

   
   
   Ce que j’appelle un excellent roman, prenant, émouvant, d’une profonde tendresse de l’auteur pour ses personnages qui campent chacun des personnalités en finesse, sans fioritures, sans passer par le monologue intérieur ou l’analyse psychologique, mais par les actes et les dialogues, des dialogues et des échanges épistolaires savoureux. Robert Seethaler a doté ses personnages d’un sens certain de la formule et de l’ironie, cette joyeuse et douce ironie de sa plume alerte sur ce contexte historique mortifère, sa plume apportant ses touches de lumière et ses esquisses de sourires sans occulter l’ombre brune qui s’étend sur eux.
   "Les gens raffolent de cet Hitler et des mauvaises nouvelles, ce qui revient au même, d’ailleurs, remarquait Otto Tresniek…"
   "Mais n’oublie que même si les Juifs sont des gens convenables, ça risque de ne pas leur servir à grand-chose, vu que tout le monde autour d’eux a renoncé à l’être depuis longtemps !"

   
   Une lecture-dévoration-adoration de ces quelques deux cents pages, sans chapitres, rythmées par les paragraphes, entre poétique du pays natal parfois et prosaïque ; le récit d’une année, de l’été 1937 à l’été 1938. "Le tabac Tresniek", c’est un roman d’apprentissage, une éducation sentimentale ainsi que citoyenne et politique dans cette Vienne des années d’invasion nazie ; un roman perturbant par la vitalité, la fraîcheur, l’honnêteté qu’y inscrit l’auteur – pas seulement celle du personnage principal au rôle de candide – face à la misère et la violence sociales qu’il suggère, face à la tragédie annoncée, puisqu’il ne fait aucun doute que ses personnages disparaîtront dans l’horreur du IIIème Reich.
   
   Si les rencontres informelles entre Franz – ce garçon "en pleine éclosion" – et S.Freud sont réjouissantes quant à leur propos sur le comment et pourquoi de la psychanalyse, sur le mystère féminin et celui de l’amour, le bouleversement de leur monde, c’est le portrait du médecin sur ces pages qui m’a particulièrement touchée, ce regard du jeune homme sur l’éminent professeur, sur ce vieillard maigre, malade, triste, sans illusions.
   
   En filigrane, la presse, le pouvoir des mots, le désir, le plaisir, et nos vérités.
    ↓

critique par Marilyne




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Ambitieuse entreprise
Note :

   Franz Huchel, 17 ans, quitte la province un endroit de hautes montagnes auprès d’un lac, l’Attersee, car l’ami de sa mère, qui les entretenaient tous les deux se noie dans ce beau et traître lac.
   
   Franz va travailler à Vienne comme apprenti chez un ami de sa mère, le buraliste Otto Tresniek. Otto a perdu une jambe pendant la Grande Guerre, il vend toutes sortes de périodiques, ainsi que des cigarettes et des cigares de luxe, notamment les Hoyo de San Juan qui vont jouer un rôle dans cette affaire.
   
   Nous sommes en 1937, à l’automne, et pendant que Franz se met à lire les journaux et se forme une conscience politique proche de celle de son patron, la peste brune progresse rapidement. Les Juifs commencent à être sérieusement maltraités.
   
   De temps à autre, un vieux monsieur vient acheter des cigares dans la boutique ; Otto Tresniek se sent honoré de cette fugace présence : c’est le professeur Freud "le docteur des fous" . La Bergasse se trouve à quelques rues de là. Curieux, Franz suit le professeur et lui adresse la parole : il voudrait lire tous ses livres ! Comment, s’étonne le professeur, n’as tu rien de mieux à faire que de lire les gros bouquins poussiéreux d’un vieux monsieur ? … tu es jeune, va prendre l’air, promène-toi, trouve-toi une fille...
   
   C’est un roman d’apprentissage agréable à lire, aux descriptions soignées, parfois originales, qui permettent de visualiser rapidement les gens et les situations. Les oiseaux jouent un grand rôle. Des pigeons, des petits oiseaux un peu bizarres "qui amènent la peste".
   
   Les dialogues courts et amusants jurent avec la situation critique.
   
   La rencontre de Franz et de Freud qui se prolonge en rendez-vous sur un banc est-elle vraisemblable ? Comment expliquer que ce très jeune homme soit d’emblée si attiré par un vieux monsieur "qui soigne les fous" alors que Franz se sent plutôt sain d’esprit ? Même si la suite montre qu’il ne l’est pas tant que cela ! Franz a beau être un jeune homme de la campagne, difficile de croire qu’il soit si naïf ; son comportement est plutôt suicidaire, à moins qu’il ne mésestime gravement l’ennemi.
   
   Pas sûr non plus que les échanges eussent été d’emblée aussi décontractés entre Franz et ses interlocuteurs.
   
   Les portraits de femmes sont très traditionnels : la mère aimante et qui sait conserver sa dignité, la pute sans foi ni loi, la vieille fille attachée à son père… ces portraits sont néanmoins tracés d’une plume délicate.
   
   Mettre en scène un personnage illustre tel que Freud, n’est pas chose facile ! A sa place, je ne l'aurais pas nommé. Le jeune auteur a de l’ambition, il ne se refuse rien… de ce roman je retiendrais surtout les descriptions, et certains dialogues piquants.
    ↓

critique par Jehanne




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Qu'il vienne à Vienne
Note :

   Dans un bon bouquin autrichien, Le tabac Tresniek, Robert Seethaler raconte simplement l'arrivée dans la grande ville, Vienne, de Frantz, jeune campagnard, naïf mais qui n'entend pas le rester. L'histoire, en 1937, dans la capitale autrichienne, murmure puis vrombit puis hurle. Une librairie et des gens qui n'aiment ni les livres ni les libraires, Frantz fera ainsi son éducation. Deux autres éducations aussi, au Prater en foire, plus coquine, et et à fumer le cigare en compagnie d'un étrange vieux monsieur barbu et très souffrant qui l'écoute, mais alors qui l'écoute, avant sa partance pour Londres, allez savoir pourquoi. Ce roman d'apprentissage, modeste et discret, m'a nettement plus intéressé que les dernières livraisons des stars, anglaise et américaine.

critique par Eeguab




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