Lecture / Ecriture
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Nuits sanglantes de William Katz

William Katz
  Fête fatale
  Nuits sanglantes

William Katz est un romancier américain né en 1940.

Nuits sanglantes - William Katz

Et dire que certains affirment que la nuit porte conseil...
Note :

   Titre original : After-Dark – 1988
   
   Atteinte d'insomnie depuis plusieurs mois, Anne Seibert allume sa lampe, se lève et s'installe dans un fauteuil du salon tout essayant de lire un journal. Elle a compté les moutons, un procédé qui n'a pas donné de résultats, elle s'adonne à des exercices respiratoires, mais rien n'y fait. De plus elle refuse de prendre des médicaments, ce dont son psychologue la félicite. Elle est rédactrice publicitaire indépendante et travaille actuellement pour une boîte d'importation de voitures allemandes, mais son manque de sommeil influe sur sa créativité. Un trouble du sommeil dont elle est honteuse et elle préfère ne pas en parler.
   
   Son voisin d'en face rentre tard la nuit et elle l'entend lorsqu'il arrive avec sa voiture, une Jaguar dont il est fier. Il se gare à l'arrière de sa villa et elle l'entend traficoter, des bruits de portières ou de coffre. Et bien évidemment cela l'intrigue. D'autant qu'il n'allume la lumière dans ses pièces que longtemps après être rentré.
   
   Mark Chancey est avec son ami Emil à la tête d'un cabinet de conseil financier. Ils se connaissent depuis leurs jeunes années de scolarité, et possèdent de nombreux points communs. Mais ses déplacements nocturnes ne sont pas tous à mettre à l'actif des placements financiers que les deux hommes conseillent à des clients désireux de procéder à une épargne à rendement élevé. Il exécute une vengeance et transporte dans le coffre de sa voiture un grand sac poubelle dans lequel il a glissé le corps d'une de ses victimes. Ils professent à l'encontre de certains représentants du corps enseignant de l'établissement scolaire de leur jeunesse un grand ressentiment. A cause d'eux Emil et lui ont séjourné durant des années lors de leur adolescence dans une maison de correction, alors quelques années plus tard, il se débarrasse systématiquement de ceux qu'ils considèrent comme leurs bourreaux. Et il place méticuleusement les corps dans des congélateurs entreposés dans sa cave.
   
   La lumière chez sa voisine le perturbe. Il lui téléphone, elle lui affirme qu'elle est en train de travailler. Anne est tout heureuse de savoir que quelqu'un s'inquiète d'elle. Elle vient de divorcer d'un mari violent, d'où ses insomnies et elle pense que si elle pouvait faire la connaissance d'un homme susceptible d'apporter romantisme et chaleur dans sa vie, ses ennuis s'effaceraient. Louable intention mais Anne qui cache son état préférant évoquer de l'ouvrage en retard, devient encombrante, invasive, intrusive dans la vie de Mark. Elle s'invite chez lui avec des boissons et des gâteaux, lui demande de visiter sa maison, sa cave aussi. Là c'est plus que ne peut en supporter Mark mais il est obligé de faire bonne figure et trouve toujours une bonne raison pour ne pas contenter la curiosité d'Anne. Il profite qu'elle se rende à son travail pour examiner par les fenêtres l'intérieur de sa villa. Tout d'abord tout semble honnête jusqu'à ce qu'il aperçoive un appareil photo de qualité. Les questions se pressent en lui. Est-elle vraiment ce qu'elle affirme ou émarge-t-elle comme policière ?
   
   Alors Mark, tout sourires en dehors et ressentiments intérieurs décide de se débarrasser de cette voisine indiscrète. Il lui propose de se rendre dans un parc à Jersey Palisades, et envisage de la pousser du haut de la falaise. Mais pour cela il lui faut gagner sa confiance et surtout bien préparer son opération "bon débarras". Tout comme celle qui consiste à éliminer ses anciens professeurs et consorts. Elle lui fait des petits cadeaux qui alimentent sa défiance envers elle tandis qu'il lui propose de garder son chat lorsqu'elle-même est obligée de se déplacer à Détroit dans le cadre de son travail. Ce n'est pas tant qu'il soit un fanatique des animaux, mais ce félidé peut l'aider à réaliser un dessein qu'il peaufine.
   
   Ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'une équipe de la police municipale de New-Rochelle, banlieue chic au nord de New-York où ils résident, surveillent plus particulièrement les déplacements de Mark, tout au moins jusqu'aux limites de la commune. Ils n'ont pas le droit d'aller plus loin sauf si...
   
   Dans ce roman, William Katz démontre que le petit cinéma intérieur que l'on se réalise et se projette n'est que fabulations, tout étant soumis à des impressions qui ne sont pas vérifiées. Anne Seibert par exemple à cause de sa réticence à vouloir avouer son insomnie est entraînée sur la pente dangereuse du mensonge. De même Mark devient paranoïaque devant les avances d'Anne, supposant que celle-ci l'épie alors qu'elle ne recherche qu'un compagnon. Des maladresses de comportement de part et d'autre qui les entraînent dans une spirale chaotique, éprouvante et sujette à affrontements larvés.
   Evidemment le lecteur qui suit les déplacements de ces deux personnages, entre dans leurs pensées, participe visuellement à leurs actions et entend leurs conversations, Mark avec Emil, Anne avec Carol, son amie et collègue, et avec son psy, le lecteur se rend compte des bévues et des erreurs d'appréciation commises d'un côté comme de l'autre. Et ce lecteur a envie de leur souffler de prendre une autre attitude, de penser autrement, de réfléchir, de ne pas mettre la charrue avant les bœufs. Parfois il vaudrait mieux réagir comme Saint Thomas qu'extrapoler à tort et à travers. Mais on ne change pas la nature humaine.
   
   Par l'auteur de "Fête fatale" et de "Violation de domicile".

critique par Oncle Paul




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