Lecture / Ecriture
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En attendant demain de Nathacha Appanah

Nathacha Appanah
  Le dernier frère
  Les rochers de Poudre d'Or
  La noce d’Anna
  En attendant demain
  Tropique de la violence

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

En attendant demain - Nathacha Appanah

La vie d'Adèle
Note :

   La culture française et la culture de l'île Maurice se donnent rendez-vous dans ce roman de N.Appanah.
   
   Anita, Adam, Laura, Adèle : quatre personnages dont le destin est présenté de manière non chronologique afin de créer du suspense chez le lecteur. Des chapitres datés "aujourd'hui" s'intercalent dans une narration qui revient sur le passé du couple que forment Adam et Anita depuis vingt ans. La romancière guide aussi le lecteur en précisant l'âge d'Anita à tel ou tel endroit du récit : "Anita a vingt-neuf ans et elle a accepté de quitter Paris pour s'installer dans la région d'enfance d'Adam". Adam et Anita se sont alors installés sur la côte landaise, près du pays basque et coulaient des jours heureux. Ils ont eu une petite-fille, Laura. Adam travaillait dans une agence d'architecture et s'adonnait à la peinture. Anita, d'origine mauricienne, découvrait une autre culture tout en faisant des piges pour la presse régionale.
   
   La pigiste rencontre alors Adèle en préparant un papier sur une fête locale. Adèle débarque dans la vie du couple et va tout perturber. Nounou indispensable à Anita qui doit s'absenter pour assurer ses reportages, elle devient aussi sa véritable amie en redonnant vie à leurs origines culturelles communes, et aussi la maîtresse d'Adam. La présence de cette personnalité forte et mystérieuse tend donc à menacer de l'intérieur la vie du couple à un moment critique où chacun s'interroge sur son devenir. Adam est à la veille de rencontrer le succès avec ses toiles et les confidences d'Adèle suggèrent à Anita l'ébauche d'un roman.
   
   Le drame survient quand Adèle découvre les pages qu'elle n'aurait pas dû lire... "Quatre ans, cinq mois et treize jours" plus tard, le titre s'explique par les scènes datées "Aujourd'hui". L'intrigue court-circuite la dimension judiciaire et pénale de l'affaire pour se focaliser avec finesse sur la seule évolution psychologique des personnages.
   
   Comment une vie calme et jusque-là parfaite s'est retrouve abîmée et usée par le quotidien, comment une addition de tensions et de déceptions conduit au drame : tels sont les principaux thèmes de ce roman sensible et simple, le cinquième de l'auteure découverte avec “Les rochers de poudre d'or”.
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critique par Mapero




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A.A.A.
Note :

   Où?
    L’action est située à Paris, derrière la gare du Nord, dans sa banlieue, à Montreuil et Rosny, avec des réminiscences à l’île Maurice, notamment Port-Louis et Beau-Bassin. Mais le cœur du roman se déroule dans une ville du Sud-Ouest de la France qui n’est pas nommée.
   
   Quand?
    Le roman se déroule de nos jours, avec une ouverture située il y a vingt ans et des souvenirs de jeunesse plus lointains.
   
   Ce que j’en pense
    Anita, Adam, Adèle. Trois prénoms qui commencent par A. Une première lettre pour le commencement d’une histoire qui ressemble a beaucoup d’autres et qui demeure pourtant singulière.
   
    Anita débarque de son île Maurice avec des rêves de gloire littéraire. Mais à l’image de ses poèmes qui ne parlent plus de soleil et de paysages luxuriants, mais de grands immeubles et de ciel gris, elle va devoir déchanter : "Ce mélange de nostalgie, de tristesse, de désir, de manque, cette envie profonde d’être ailleurs – Anita éprouva pour la première fois le mal du pays."
   
   Fort Heureusement, elle rencontre Adam lors d’une soirée qu’il n’apprécie pas plus qu’elle. Architecte et peintre, il a aussi caressé des rêves de gloire en montant à Paris, mais n’a pas tardé lui aussi à comprendre qu’il n’avait pas les codes pour s’imposer. Deux solitudes qui vont se rapprocher parce qu’elles sont déracinées, deux solitudes qui vont se fondre dans un projet commun, celui de commencer une nouvelle vie dans le Sud-Ouest.
   
    Mais le beau projet ne va pas tarder à se heurter lui aussi aux contingences du quotidien. Une belle maison, un beau paysage ne suffisent pas à combler les lassitudes. Anita va essayer de s’occuper en devenant pigiste pour le quotidien régional. Mais elle se rend compte qu’elle "était là, extrêmement visible et pourtant terriblement invisible", qu’elle était "l’étrangère à la peau foncée (noire ? marron ? que dire ?) parmi les Blancs."
   
   Alors que leur histoire part à vau-l’eau, Adam et Anita vont croiser le chemin d’Adèle, clandestine et mauricienne. Adèle qui va raviver leur flamme créatrice. Adam y voit le modèle qui va enflammer ses peintures et Anita la matière du récit qu’elle entreprend d’écrire. Mais ni l’un, ni l’autre ne vont comprendre qu’ils font ainsi entrer le ver dans le fruit.
   
    S’il faut lire Nathacha Appanah, c’est d’abord pour son style. Elle a une façon raffinée, presque poétique, de raconter les blessures de la vie, de dire avec grâce les drames. Comme elle l’écrit elle-même… "Une vie laborieuse et solitaire se dégage des phrases simples et courtes qu’elle utilise."
   C’est ensuite pour ce drame annoncé dès le début de livre et qui éclairera dans les dernières pages cette sorte d’inéluctabilité du malheur qui sourd tout au long du roman.

critique par Le Collectionneur de livres




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