Lecture / Ecriture
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L’inconnue de Bangalore de Anita Nair

Anita Nair
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  Les Neuf Visages du cœur
  Quand viennent les cyclones
  L’inconnue de Bangalore

Anita Nair est une écrivaine indienne de langue anglaise, née en 1966 dans l'état indien du Kerala. Elle a commencé sa carrière comme journaliste.

L’inconnue de Bangalore - Anita Nair

Premier polar
Note :

   Titre original : Cut Like Wound, 2012)
   
   Ce roman de littérature ‘noire’ est mieux écrit que la plupart des titres du genre mais ne parvient pas à atteindre son but : évoquer le côté sombre de Bangalore
   
   Le livre commence par l'assassinat d’un prostitué masculin dans Shivajinagar. D’autres meurtres suivent et nous faisons la rencontre du protagoniste, l’inspecteur Borei Gowda, le seul à voir un lien dans les tueries. Gowda est décrit comme un flic physiquement inapte, avec des cheveux gris et une bedaine, mais il a un tatouage de motard sur son bras, insinuant un passé rebelle.
   
   Bien qu’un inspecteur perspicace, son attitude et son mépris pour ses supérieurs le contraignent au bas de l'échelle. En une quarantaine d'années, après une carrière presque stagnante, ses seuls intérêts sont le rhum et sa moto. La série de meurtres ravive l'intérêt de Gowda dans le travail d'enquête et une affaire extra-conjugale lui redonne la vitalité.
   
   Nair nous raconte la vie de Gowda, expliquant en détail sa relation avec ses parents, sa femme et son fils, sa vie au collège, son choix de carrière, sa vie amoureuse et la corruption dans le département de police. Un travail de recherche sur le système policier bien fait. Nair s’est clairement familiarisée avec les procédures policières et évoque admirablement la frustration d'un individu pris dans un système corrompu.
   
   Ce n’est seulement qu’après cent pages que l'enquête commence réellement. Le problème est qu’à ce moment, la trame s’essouffle. L'histoire ralentit, comme pour s’adapter au rythme de l'enquête. Nair se fait prendre au jeu et s’embourbe dans les préjugés de la police de Bangalore: tous les Nigériens sont revendeurs de drogues et les transgenres sont des criminels latents. Il y’a aussi des références à certains crimes sensationnalistes rapportés dans les médias au cours des dernières années.
   
   Le portrait attendu de la ville de Bangalore n’est pas assez pénétrant. Le livre reste donc un polar conventionnel avec les ingrédients habituels : un bon flic dans un mauvais système, un assistant fidèle, un homme politique criminel, une chasse à l’homme, un combat, et une amie infirmière qui soigne le héros à l'hôpital. Malheureusement, ce thriller échoue à livrer l’ingrédient principal : le suspense. En fait, à mi-chemin, il est possible de prédire qui est le meurtrier.
   
   Pour une écrivain du calibre de Nair, ce roman ne rend pas honneur à son talent. Visiblement, elle ne possède pas encore les outils pour écrire des romans policiers. D’autres vont suivre et espérons qu’elle pourra s’améliorer. À moins que cela ne soit qu’un aparté commercial ?
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critique par Benjamin Aaro




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Polar en Inde, ça nous change !
Note :

   La première nuit du Ramadan à Bangalore, un jeune prostitué est agressé et brûlé vif. Puis, un autre meurtre suit, la victime est un homme étranglé et égorgé par un fil garni de petits morceaux de verre, comme la première victime. L'inspecteur Borei Gowda se voit confier l'enquête. Gowda est un flic qui approche de la cinquantaine, brimé dans ses avancements à cause de son mauvais caractère, de sa manie de suivre son instinct plutôt que les procédures. Un jeune homme, l'inspecteur-adjoint Santosh est affecté dans son service.
   
   Petites précisions géographiques avant d'entamer mon billet : Bangalore est une ville du sud de l'Inde, d'environ 8.5 millions d'habitants, capitale de l'État du Karnataka, considérée comme la Silicon Valley indienne (source : Wikipédia et l'éditeur).
   
   Revenons maintenant au roman d'Anita Nair qui m'a fort agréablement surpris. J'avoue, à ma grande honte (ouh, ouh, ouh), avoir une idée dépassée de l'Inde, des habitants réservés, un rien compassés, des us et coutumes très ancrés. Il me faut dire également que ce n'est pas un pays pour lequel j'ai un intérêt particulier et que je ne suis jamais allé chercher d'information sur la vie moderne indienne. Tous mes préjugés volent en éclat et c'est tant mieux. Ce polar met en scène à la fois des coutumes et des scènes ou des mœurs beaucoup plus modernes : il y est beaucoup question de sexualité, de trans-sexualité, des rapports qu'entretiennent entre eux les gens d'une grande ville, de la corruption, des accointances entre politiques et chefs de la police, de prostitué(e)s, de sans-papiers, de faux-monnayeurs, d'eunuques et de travestis. L'auteure réussit le tour de force de donner beaucoup de modernisme tout en gardant les traditions de son pays très présentes. Son personnage principal Borei Gowda n'est pas un mec éminemment sympathique, ni antipathique d'ailleurs, il est mal embouché, bourru, néanmoins, il a des côtés touchants et attachants, mais s'emporte très vite, ne supporte pas beaucoup les autres :
   "Gajendra pâlit. C'était toujours comme ça quand la tendance de Gowda à la méchanceté remontait à la surface. Il parlait sur un ton suave qui, au lieu de désamorcer la violence intérieure, l'amplifiait. Le brigadier éprouvait une grande sympathie pour Santosh. On avait vu des hommes plus endurcis retenir leur souffle quand Gowda optait pour la douceur." (p.39)
   

   Il a des raisons pour être comme cela, c'est un excellent flic, doté d'un sixième sens, mais qui se heurte à la hiérarchie souvent plus occupée à s'occuper d'elle-même que des meurtres commis dans les rues, fussent-ils perpétrés par un tueur en série : "Il se passe beaucoup de choses dans votre juridiction. Des Africains en ont fait leur quartier général. Certains sont impliqués dans un trafic de drogue. Occupez-vous de ça. Il y a aussi un consortium de propriétaires de carrières en quête de bons filons qui voudrait qu'on regarde ailleurs. Mettez-y bon ordre. Ça nous fera le plus grand bien, à vous comme à moi. Laissez ces absurdités de tueur en série à la Criminelle." (p.217)
   

   D'aucuns pourront dire qu'il n'y a là rien de nouveau. Certes, je ne crois pas qu'Anita Nair veuille révolutionner le roman policier, mais elle y ajoute un contexte géographique, politique assez différent de ce que je peux lire habituellement. Ça suffit pour me plaire, surtout si dès lors qu'on tente de comprendre qui peut être le ou la coupable, on patauge un peu, A. Nair nous embrouillant avec des termes indiens tels "Anna" (=frère aîné), "Akka" (=sœur aînée)", certes expliqués en un bienvenu glossaire de fin de volume, mais qui, s'ils peuvent désigner une personne particulière -celle que l'on pense être un coupable parfait- sont aussi des termes génériques qui peuvent s'adresser à plusieurs personnes -donc d'autant plus de suspects.
   
   Voilà donc pour ce polar indien qui devrait plaire à un grand nombre de lecteurs, peut-être pas aux plus exigeants des amateurs de romans policiers qui en verront les ficelles, sauf s'ils se laissent prendre par l'ambiance mi-moderne mi-traditionnelle qu'a su créer Anita Nair.

critique par Yv




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