Lecture / Ecriture
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Siddhartha de Hermann Hesse

Hermann Hesse
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  Magie du livre

Hermann Hesse est né en Allemagne en 1877 dans une famille de missionnaires protestants contre laquelle il se rebella très tôt.
Pendant la majeure partie de sa vie professionnelle, il travailla dans une librairie et parallèlement commença à être publié à partir de 1898 (poèmes puis prose). Sa déficience visuelle lui permit de ne pas être soldat alors que son pays traversait deux guerres mondiales. Il manifestait d'ailleurs son mépris des querelles nationalistes.

Bien qu'inégalement reconnu par ses pairs et handicapé par une carrière littéraire mise en veilleuse par les guerres, il a obtenu le prix Goethe, le prix Bauernfeld en 1905 et surtout, le Prix Nobel de littérature en 1946.

Il est décédé en Suisse en 1962.

J-P de Tonnac s'est attaché à ses pas dans "Les Promenades d'Hermann Hesse"

Siddhartha - Hermann Hesse

Little Buddha
Note :

   Je suis tellement zen en ce moment que ça commence à inquiéter les gens autour de moi.
   Qu’ils se rassurent, cela ne durera pas.
   Mais voyez vous, je suis sous l’effet d’un narcotique, tout à fait licite d’ailleurs (je ne suis pas très marrante)(une fille se bidonnant sur Stendhal peut-elle être marrante ?). Vous l’aurez deviné, j’ai consommé du «Siddhartha».
   Le «Siddhartha» : titre d’un ouvrage d’ Hermann Hesse, prix Nobel de Littérature en 1946, se fondant sur la sagesse orientale dans l’élaboration de son système de pensée. Le héros éponyme est celui qui va connaître l’Eveil à la sagesse. Cette œuvre retrace tout son parcours, de l’aveuglement à la Lumière. Car on ne naît pas Sage, on le devient.
    Dans l’Inde du VIè siècle avant notre ère (c'est le pitch), le jeune Siddhartha cherche le moyen d’atteindre la compréhension du Moi, car dans le Moi se trouve la clé du savoir. C’est pourquoi il quitte le village natal en vue de suivre les ascètes samanas (pas manger-pas dormir-pas se laver pour schématiser). Selon lui, seul le mépris total du corps lui permettra de trouver la paix de l’âme et d’accéder au Savoir. Mais les moments où il trouve cette paix sont rares et précaires car le travail sur soi est nécessairement constant. Il décide donc de quitter les samanas.
   
   Il part écouter la parole de Gotama (le Bouddha historique), dont la doctrine est réputée infiniment sage. Seulement, il comprend que seul lui-même peut accéder à son propre moi ; une doctrine aussi bonne soit-elle ne saurait mener à l’affranchissement de la pensée nécessaire à l’écoute du moi. Il se sépare de Gotama.
   
   Ses pas le mènent vers la ville corruptrice. Il y commence une nouvelle vie dans les bras de la belle Kamala qui l’initie fort patiemment aux quarante jeux d’amour. Parallèlement il s’associe à un gros capitaliste qui lui apprend tout sur le commerce et l’argent. Il finit par se lasser.
   C’est au bord d’un fleuve, en compagnie d’un passeur, devenu passeur lui-même qu’a lieu l’Illumination.
    Alors. Roman ? Pas roman ? Biographie romancée ? Aucune idée.
   Avant, je pensais que ce livre parlait de la vie de Siddhartha Gotama, (c’est le vrai nom du Bouddha que l’on connaît). Hermann Hesse aurait pu vouloir retracer sa vie avant son Eveil. Mais là il ne s’agit pas du tout de lui. (mais dans ce cas, pourquoi lui a-t-il donné le même nom ?)
   Siddhartha semble être un saint homme inconnu (ou imaginé, après tout cela importe peu). Le livre apparaît comme un écrit sacré retranscrivant sa pensée et le moyen d’atteindre la sagesse par l’introspection, indépendamment des grandes doctrines (Bouddha en prend d’ailleurs plein la tronche à un moment). Ce livre ne dit pas ce qu’est la sagesse, mais montre le chemin pour y accéder. "Le savoir peut se communiquer, mais pas la sagesse. On peut la trouver, on peut en vivre, on peut grâce à elle opérer des miracles, mais quant à la dire et à l'enseigner, non cela ne se peut pas"
   
   En effet, ce qui constitue la voie vers toute sagesse, c’est-à-dire le détachement, est au centre même de l’œuvre. On retrouve cela dans la pensée bouddhiste, mais aussi stoïcienne. Il s’agit d’éviter la souffrance que peut causer l’attachement, même pur, à un objet terrestre (personne, biens) qui est par définition périssable. Ou tête à claques, car ici la personne à qui Siddhartha s’attache, c’est son fils un rien rebelle.
   En même temps, ce livre ne fait pas l’apologie du détachement et de la solitude, au contraire. Il montre la beauté de l'amour, malgré la souffrance qu’il génère, ce qui est une des leçons les plus belles de l’oeuvre. « Depuis que son fils était auprès de lui, Siddhartha était complètement devenu, lui aussi, un homme comme les autres ; lui aussi souffrait maintenant pour un autre, s’attachait à un autre, se perdait pour l’amour d’un autre et tombait dans la folie. Une fois dans sa vie, quoique tardivement, il éprouvait cette passion, la plus forte et la plus étrange, il en souffrait, il en souffrait à faire pitié et pourtant il était heureux ; n’aurait-elle pas renouvelé quelque chose en lui, ne l’aurait-elle pas enrichi d’autant ? »
    L’écriture est extrêmement belle dans sa sobriété. Elle traduit l’absence d’ornement de toute pensée vraie et simple. On a le sentiment de voir couler un fleuve, tant elle dégage de sérénité, de patience et de douceur dans cette recherche de la Vérité. C’est d’ailleurs au bord du fleuve que Siddhartha s’éveille. Cette écriture me fait vraiment penser à celles des textes sacrés en général. Je ne connais pas assez Hermann Hesse pour savoir si c’est son style, ou si c’est propre à ce texte, mais elle rend vraiment compte d’une pensée à l’œuvre.
    Ce qui me met un peu mal à l’aise, c’est le mépris du savoir que l’on trouve chez Siddhartha. Que le savoir ne vaille rien sans la sagesse, ok. Mais il me semble que la réciproque est vraie. La sagesse ne se forme pas ex nihilo, elle a besoin de matière pour se fonder. Elle a surtout besoin de pouvoir être appliquée ; il ne s’agit pas d’adapter le monde à une pensée mais déduire une pensée de la marche du monde.
   Mais c’est possible que j’aie mal compris ce livre.
   Allez, je vais vous raconter l’histoire du vrai Bouddha !
   Au VIè siècle avant J-C, Mayadevi, épouse d’un souverain, donne naissance à Siddhartha à Lumbini au Népal. Elle aurait conçu son fils en songe, pénétrée au sein par un éléphant blanc à six défenses. Sitôt né, l’enfant se serait mis debout et aurait ainsi pris possession du monde.
   Son père fait venir huit sages afin qu’ils prédisent son avenir. Sept voient un futur brillant de roi, le dernier prédit qu’il quittera le royaume.
   Il se marie, il a des enfants, il est richissime, il fait du cheval, il lit.
   Un jour qu’il se promène dans les bois, il rencontre successivement un vieillard marchant avec peine, un pestiféré, une famille en deuil, un ascète. Il comprend qu’il ne sera jamais protégé de la vieillesse, la maladie, la mort.
   Il abandonne alors tout et s’installe au pied d’un arbre, jurant de ne pas bouger tant qu’il n’aura pas atteint la vérité.
   L’on dit que le démon Mara fit tout pour le distraire de cette quête (monstres, jolies filles), redoutant qu’il parvienne à délivrer les hommes de la peur de mourir. (On dirait Satan voulant tenter Jésus dans le désert !) Bien sûr, cela ne marche pas, et Siddhartha devient Bouddha : celui qui s’est éveillé.
   Il parcourt le monde le reste de sa vie, insistant sur le fait qu’il n’est pas un messager des dieux ou un être surnaturel, mais quelqu’un parvenu à la sagesse par la seule force de l’introspection.
   Il meurt à l’âge de quatre-vingt ans, relayé par ses disciples.
   Franchement, vous ne vous sentez pas déjà plus zen?
    ↓

critique par La Renarde




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Plus sage
Note :

   Il est des livres que je ne peux m’empêcher d’engloutir avec ravissement, ce fut le cas avec le conte philosophique "Siddhartha" d’Hermann Hesse. Ne connaissant rien de l’auteur au départ j’étais sur ma réserve, passé quelques pages, la poésie et la finesse, la maîtrise d’Hermann Hesse dans son récit m’ont fait succomber.
   
   
   Résumé:
   Siddhartha est un «samana» il mène une vie d’ascète mendiant sa nourriture en s’ affranchissant des besoins courants des autres hommes. Il jeûne et médite pour trouver la paix avec son moi intérieur. Il devient comme une sorte de sage. Puis il rencontre Gotama et s’enrichit de sa doctrine. Ils dialoguent ensemble. Attiré par Kamala, une beauté, il rejoint progressivement les autres hommes et femmes vivant «normalement». Il déclare sa flamme à Kamala avec un poème. Il parvient à la séduire. Puis Siddhartha avec l’aide de Kamala, s’intègre dans la société, il devient marchand, mais reste indifférent à la fois au pouvoir que procure l’argent et à ces échecs commerciaux. Il finit par gagner «facilement» de l’argent. Lentement mais sûrement la cupidité s’empare de lui. En même temps il méprise cette richesse, alors il n’hésite pas à la risquer dans des jeux de hasard. Il s’entête, s’enivre, s’endette. Il finit par fuir ce monde «normal» et tombe malade. Il désespère. Il ne peut vivre comme s’il n’avait pas été un «samana» auparavant. Il demeure un «samana» de cœur, comme le sait et le lui dit Kamala, son amante et guide. La délivrance apparaîtra sous les traits de son ami le passeur du fleuve.
   
   
   A travers Siddhartha, Hermann Hesse traite des thèmes comme, le ou les besoins de croyance de l’Homme, voire de vénération, l’ascétisme, la doctrine du bouddha, la séduction, la volonté, la propriété, la spiritualité, la destinée, les relations parents-enfants. C’est la manière inédite imprégnée de poésie, de traiter et d’argumenter sur ces thèmes qui en fait un conte instructif et agréable à lire, dont on a plaisir à se souvenir. A l’extrême il m’est arrivé dans ma vie quotidienne face à un problème ou à une situation de me dire: Qu’aurait fait Siddhartha? Mais attention Siddhartha ne vous enseignera pas à être ou à devenir un sage. Tout au mieux, peut-être, il vous aidera à être un peu plus sage.
   
   Pour moi, au même titre que le conte «Le Petit-Prince» d’Antoine de Saint-Exupéry, les thèmes intemporels qui y sont traités contribuent au succès de Siddhartha.
   
   En conclusion, c’est un livre dont on ressort plus frais, plus serein, plus éclairé. Et à vous de découvrir pourquoi plus précisément, car chacun d’après son vécu y trouvera une sorte de «leçon».
    ↓

critique par Solera




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Om
Note :

   Quoi de neuf avec ce livre? Rien de neuf avec ce livre. On y retrouve une quête vieille comme l'humanité et la plus juste qui soit: celle de la plénitude spirituelle. Et c'est Siddhartha que Hesse va envoyer le représenter dans cette recherche. Il nous fera suivre l'existence et les expériences de son personnage qui se consacre à cette poursuite depuis son plus jeune âge. Avec lui nous tenterons diverses expériences dans ce but et en constaterons les résultats. Avec lui nous en tirerons les conclusions et nous vieillirons avec lui. Il sera comme ces petits robots téléguidés -qui n'existaient d'ailleurs pas encore à l'époque où Hesse écrivit ce livre- et que l'on envoie munis d'une caméra, dans les endroits où l'on ne peut aller. Siddhartha vivra une vie pour nous, celle de la recherche de la plénitude. Avec lui nous verrons quels sont les résultats obtenus avec tel ou tel mode de vie.
   
   Ce qui fait la valeur de cette expérimentation, c'en est bien sûr sa justesse. Si cette justesse était ne serait-ce qu'un peu insuffisante, la totalité de l'expérience perdrait toute valeur. Et la valeur de cette œuvre est précisément que cette justesse ne fait jamais de doute. C'est ainsi que Hesse nous emporte avec lui de plus en plus loin et de plus en plus confiants en lui, jusqu'au bout de cette expérience et que nous pourrons en tirer tout le bénéfice souhaité tout en reconnaissant ses limites face à une situation objectivement très douloureuse (son fils). Et loin d'être un aveu d'échec, c'est là encore une expérience de plus, et qui était nécessaire à l'ensemble: celle de ce qui peut se passer quand on est face à un obstacle insurmontable.
   
   Ce qui, à mes yeux, fait la valeur de cette quête, c'est qu'elle est menée sur le plan humain sans jamais aller se perdre dans les mirages de la déification des buts car ne l'oublions jamais: «A viser le Paradis, on manque la Terre»* ce que nous ne voudrions surtout pas. C'était déjà le cas de la quête de Bouddha lui-même et Siddhartha montre très finement ce que l'on peut faire après Bouddha.
   
   La mère de Hermann Hesse était née en Inde, ce n'était donc pas un monde totalement étranger à la culture de l'auteur et il ne faut pas y soupçonner l'attrait d'un exotisme superficiel. L'auteur maîtrisait son matériau, Ce livre est une vraie réflexion et sur un point de première importance qui plus est. Alors c'est vrai que j'ai trouvé certains passages un peu inutiles -ils l'étaient pour moi, l'étaient-ils pour tous les lecteurs? - Il reste une œuvre majeure. A lire.
   
   
   
   * «Traité d'athéologie» - Michel Onfray

critique par Sibylline




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