Lecture / Ecriture
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L'imposture des mots de Yasmina Khadra

Yasmina Khadra
  Morituri
  Les agneaux du seigneur
  Cousine K
  Les hirondelles de Kaboul
  Double blanc
  L'imposture des mots
  L'attentat
  L'écrivain
  Les sirènes de Bagdad
  A quoi rêvent les loups
  Ce que le jour doit à la nuit
  La part du mort
  L’automne des chimères
  L'équation africaine
  Les anges meurent de nos blessures
  La dernière nuit du Raïs
  Dieu n'habite pas la Havane
  L'outrage fait à Sarah Ikker

Yasmina Khadra est le nom de plume (formé des deux prénoms de son épouse) de l'écrivain algérien Mohammed Moulessehoul. Il est né en 1955 dans le Sahara algérien. Militaire jusqu'en 2000, ce n'est qu'en 2001, après sa démission de l'armée et à la sortie de son 14ème roman, qu'il se démasque comme étant un homme. C'est que ce 14ème roman, "L'écrivain", était d'inspiration autobiographique.

L'imposture des mots - Yasmina Khadra

Bouleversant
Note :

    Lors de sa sortie en 2002, j'ai déniché ce bouquin à la Maison de la Presse Saint-Palais-les-bretelles où je passe tous mes étés depuis 22 ans, au beau milieu des pavés estivaux sortis à grand renfort de pub outrancière. Je l'ai acheté en souvenir du commissaire Llob. J'ai lu une première moitié puis j'ai laissé tomber. Je ne me souviens plus pourquoi. Peut-être trop de profondeur dans ses mots blessés par l'imposture, trop de gravité presque tragique, une douleur quasi-palpable dans mon environnement estival archi-léger.
   
   Cet été 2006, je n'avais pas vraiment envie de me goinfrer de mots brésiliens pour prolonger mon périple "samba" alors j'ai repris ce roman de Khadra qui était resté dormir sur les étagères de ma résidence très secondaire. Et comme pour Gabriel Garcia Marquez et ses Cent ans de solitude, je suis tombée dedans, cette fois-ci. Y'a des coups de cœur comme ça qui pètent à retardement, comme des bombes. Bien que le sujet ne soit pas vraiment romantique ni trépidant (les interrogations d'un auteur sur son œuvre et ses démêlés avec le milieu littéraire), j'ai trouvé ce livre attachant... au sens premier du terme.
   
   Ses interrogations témoignent d'une franchise désarmante. Ses insomnies sont les calques parfaits des miennes, remplies de dialogues surréalistes. A ce propos, on devrait créer une Internationale des insomniaques, on se réunirait en colloques à 3 heures 50 du matin, en pyjama informe, robe de chambre flinguée de sueur et yeux charbonneux de fatigue, parce qu'il ne faut pas confondre insomniaque et noctambule...
   On ferait parler tous nos doubles d'ombre, nos triples fumeux, on boirait des coups, le temps passerait plus vite.
   
   Pour en revenir à l'imposture des mots, Yasmina Khadra revient sur certaines déclarations et procès d'intention qu'une certaine intelligentsia parisienne a pu lui faire à propos de son passé de militaire. Attaque en dérègle dans les temps troublés de l'Algérie des années 80/90 qui apportait aux infos son lot quotidien de massacres.
   Pour qui a des liens avec l'Algérie (et j'en ai personnellement), chacun sait l'omnipotence de l'armée, là-bas. Est-elle pour autant l'actrice de tous ces maux ? Yasmina Khadra défend les siens, même s'il a démissionné de l'armée. Ca ressemble fort à une reconnaissance du ventre, une fidélité aux compagnons d'armes et de galères, tout ça, et la rage qu'il met à expliquer, sinon à (se) justifier un "monde" largement en ligne de mire ne fait aucun doute sur sa sincérité et sa droiture. Il dit sa vérité avec tellement de courage que certaines lignes frisent l'indécence désarmante. C'est à ce moment précis, où plus rien n'existe que la confidence brute, sans effets de manche, que je suis vraiment littéralement envoûtée par la magie "Khadra".
   
   J'ai entendu beaucoup de récits ici et là d'Algériens racontant voire brodant (pourquoi pas, hein ?) des scènes d'au-delà des sauvageries humaines mais ils étaient tous ponctués de "on m'a raconté". Jamais rien de direct... Alors, je ne sais pas exactement qui croire et en tant que consoeur de Saint Thomas, je ne sais quoi croire... les morts ont la bouche remplie du sable qui les empêche à tout jamais de témoigner. Restent des images de mères éplorées, hagardes et perdues dans la folie meurtrière des hommes.
   
   Par contre, le récit de Yasmina Khadra est si bouleversant qu'il ne peut y noyer de mensonges.
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critique par Evanthia




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Les affres d’écrire
Note :

   De Mexico en passant par Paris et en pensant à Aix en provence, Yasmina Khadra raconte, pense tout haut à sa condition d’écrivain. Il s’explique avec certains personnages de ses précédents livres, il raconte son expérience d’invité littéraire à la télé ou dans les salons du livre. De quoi parle-t-il? De sa vie d’écrivain et de ses désagréments pour soi-même et pour son entourage, de son besoin d’être aimé et reconnu comme écrivain honnête face à la critique de ses collègues et de ses compatriotes, de ses doutes d’écrivains…
   
   Tout cela serait somme toute banal si cet écrivain n’était pas algérien, ni algérien de la période difficile qu’on a appelé guerre civile dans ce pays, ni algérien ancien militaire pendant cette récente période trouble… Un ancien militaire qui a la passion d’écrire mais qui l’a d’abord assouvie sous le pseudonyme de Yasmina Khadra puis ensuite en révélant son identité dans son livre précédent que je vais m’empresser de lire et qui s’appelle «L’écrivain». Un militaire qui a vécu les «évènements» si controversés d’Algérie du côté militaire et qui raconte son expérience, ça fait et ça a fait forcément polémique et c’est ce qui intéresse dans ce livre.
   
   Je n’ai rien lu de Yasmina Khadra, le ton me plait assez pour aller lire les autres bouquins et voir ce que ça donne. J’aime le côté engagé et à fleur de peau qui respire dans l’écriture. Ce qu’il nous raconte sur l’engagement qui accompagne l’expression littéraire est intéressant. On peut imaginer la difficulté d’exposer le point de vue d’un écrivain ancien militaire dans un pays dans lequel l’armée a été soupçonnée de beaucoup de maux.
   
   Au bilan: une écriture intéressante, un sujet qui ne m’a pas passionné. Mais au vu des qualités, je vais m’essayer à un autre bouquin de Khadra et peut-être qu’a posteriori, j’apprécierai à sa juste valeur cette "imposture des mots" (joli titre, non?).

critique par OB1




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