Lecture / Ecriture
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Le 6 coups de minuit de Antoine Léger

Antoine Léger
  Le 6 coups de minuit

Le 6 coups de minuit - Antoine Léger

Croquemort
Note :

   L'intérêt d'un roman ne dépend pas de son nombre de pages, mais de ce qu'il y a dedans !
   
   Les Parisiens, comparativement aux Moscovites, peuvent s'estimer heureux même aux heures de pointe.
   
   Vlad, la quarantaine légèrement délabrée, peut en témoigner, lui qui fait la manche régulièrement à l'entrée du couloir de la station Kiyevskaya du Métropolitain de Moscou. Malgré les sept millions quotidiens de passagers, sa sébile reste désespérément vide ou presque. Il est SDF et n'a pour seule compagne que sa guitare. Ce soir là il a rendez-vous, un rendez-vous qui peut bouleverser sa vie. Il arrive légèrement en retard, mais on l'attend. Et si tout marche bien, si le destin est avec lui, sa vie peut basculer. De toute façon elle va basculer, dans un sens ou dans un autre, cela dépend du jeu de la vie et du hasard.
   
   Depuis sa prime jeunesse, Vlad est obsédé par la mort. Cela a commencé à se manifester le jour où l'institutrice a tué trois araignées dans la salle de classe à l'aide d'une règle. Mais Vlad justement ne connaissait pas les règles. Il n'encourage pas, contrairement à ses condisciples, la maîtresse qui s'acharne sur les pauvres arachnides. En représailles celle-ci lui enjoint d'aller porter les cadavres à la poubelle, ce qu'il fait afin de ne pas envenimer des relations déjà tendues. Un peu plus tard, il enterre dans la cour les artistes, car les araignées sont des artistes dans leur genre en tissant des toiles magnifiques. Vald est devenu croquemort le jour de ses huit ans.
   
   Depuis Vlad a connu bien des morts, parfois par procuration. Ses rêves se transforment en cauchemars avec toujours la mort pour invitée. Car il la côtoie sans cesse, la nuit, le jour. Une présence indésirable qui s'accroche à son esprit comme une toile d'araignée aux cheveux, et il s'y est habitué.
   
   En incrustation une petite voix mêle son propos à la description du parcours de Vlad. Et la première phrase prononcée par cette petite voix alliée au titre du roman ne doit pas vous mettre martel en tête mais vous aider à discerner son identité.
   
   Antoine Léger se conduit comme un boxeur pressé sur le ring. Il frappe fort, ne laissant pas à son lecteur le temps de récupérer. Ses coups droits font mouche, atteignent leur cible avec maestria. Et s'il a placé l'action de son histoire en Russie, ce n'est pas uniquement pour un exotisme de façade. La raison en est plus profonde, plus en conformité avec le texte. Car il est évident que les SDF, le métro bondé, les musiciens subsistant grâce à la manche, cela existe partout dans les grandes métropoles, et donc cette intrigue intrigante aurait tout aussi bien pu se dérouler à Paris. Mais la logique voulait, exigeait que cela se passe à Moscou, tout simplement.

critique par Oncle Paul




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