Lecture / Ecriture
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Le bûcher des vanités de Tom Wolfe

Tom Wolfe
  Moi, Charlotte Simmons
  Un Homme, un vrai
  Le bûcher des vanités

Tom Wolfe est un écrivain américain né en 1931, à Richmond en Virginie.

Le bûcher des vanités - Tom Wolfe

Vanité des vanités, tout est vanité
Note :

   Un trader, un journaliste de tabloïd, un procureur amoureux (district attorney), deux jeunes noirs du Bronx dont un "méritant", soutenus par les associations du Bronx menées par un leader charismatique qui a des dettes et les richissimes banquiers de Wall Street, tout ce beau monde se retrouve sur ce bûcher des vanités.
   
   Au commencement, il était dit que Sherman Mc Coy et sa maîtresse se retrouveraient dans une avenue du Bronx parce qu’ils avaient manqué une bretelle de sortie pour retourner vers Park Avenue. Ils paniquent lorsque deux jeunes noirs s’approchent de la belle Mercédès à 48 000 dollars, et s’en suit une échauffourée confuse – que j’ai dû relire à plusieurs reprises tant cet épisode est important pour la suite – où un des deux jeunes (le plus "méritant") est renversé et se retrouve dans le coma après coup.
   
   Dès lors la machine tant judiciaire que médiatique se met en branle et les ambitions de chacun des protagonistes se mettent à jour. Le révérend Bacon, le fameux leader du Bronx saute sur l’occasion pour mettre en exergue une justice à deux vitesses en laissant libre cours à ses qualités de tribun; le juge Weiss aimerait se faire réélire et doit donc ménager toutes les susceptibilités, quant à Sherman Mc Coy, il doit affronter une garde à vue dans un dépôt du Bronx. C’est pour lui un monde nouveau où il se sent maltraité à cause de ses origines. Il a des prêts à rembourser et ne cesse de calculer, ce qu’il appelle "l’hémorragie financière" : un appartement à trois millions de dollars sur Park Avenue, l’école privée de sa fille, l’entretien de l’appartement, la déco haut de gamme voulue par sa femme etc.
   
   Mc Coy qui se prenait au début, du haut de sa tour de Wall Street, pour le "maître de l’univers", voit son monde –argent, pouvoir, luxe, maîtresse- s’écrouler petit à petit au gré de l’enquête durant laquelle Kramer, le DA du Bronx aimerait inculper ce trader qui gagne des sommes à plusieurs chiffres alors que lui-même trime pour trente-trois mille dollars par an.
   
   Dans le Bronx, on veut se venger de ces Wasps de Park Avenue riches et forcément racistes. On dénonce les a priori de deux mondes et les réactions de Sherman et de sa maîtresse Maria dans ce quartier viennent de leur méconnaissance des gens qui y vivent et des légendes qui les entourent.
   Le roman est rythmé au gré des manifestations du peuple du Bronx avec ses slogans : "Jail, no bail" ("La prison, pas la caution !"), "Park Avenue Justice !" qui résonnent lourds d’idéologie.
   
   Tom Wolfe donne l’ambiance des dîners de la Cinquième Avenue en commençant par décrire la déco de chaque appartement grandiose, les matériaux nobles qui la composent aussi bien qu’en détaillant par le menu la tenue de tel ou tel personnage important de la finance, détail que l’on retrouvera dans les descriptions de marques de costumes des romans de Brett Easton Ellis, où le milieu décrit s’assimile plus à un monde barbare.
   
   De même, on aura sous les yeux, presque dans l’olfactif, l’aspect sordide d’une prison du Bronx, qui elle aussi a ses lois et ses codes, et dans les oreilles, les sons des manifestations où les hordes de "pauvres" débarquent dans les quartiers chics délivrant les slogans et leurs onomatopées que l’on retrouve dans les pensées de Mc Coy, de longues séries de "aaaaaaaaaaaaah !", de "ooooooh" et autres, sa façon d’entendre et d’interpréter les conversations dans les dîners en ville, comme un brouhaha et un effet comique.
   
   Tout cela évolue donc au fil de ces 700 pages sans que l’intérêt pour le sort des uns ou des autres ne s’émousse. C’est un roman long, prenant mais rien n’est à jeter y compris (et peut-être surtout) les descriptions presque balzaciennes. Tom Wolfe a réussi à traiter un sujet social, économique et sociologique sous forme de thriller entre deux mondes très contrastés de cette même ville de New York qui reste le personnage omniprésent dans tous les chapitres. Il réussit à intégrer des notes d’humour car, souvent, il y a décalage entre la situation et l’idée que les personnages s’en font. Mc Coy se moque souvent de lui-même et évolue en philosophe stoïcien, détaché de plus en plus de ce monde factice qui fut le sien. Tout cela respire bien, c’est du grand art.

critique par Mouton Noir




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