Lecture / Ecriture
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L'ombre du prince de Les soeurs Tran-Nhut

Les soeurs Tran-Nhut
  L'ombre du prince
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L'ombre du prince - Les soeurs Tran-Nhut

Enigme asiatique
Note :

   Vous aimez les polars qui, tout en vous passionnant parviennent à vous faire voyager et à vous apprendre un tas de choses sans effort ? Jouisseurs, va ! Mais…bon, on ne peut pas vous le reprocher. C’est un peu une des définitions d’un bon roman. Eh bien, j’ai le plaisir de vous annoncer que les romans policiers des sœurs Tran Nhut devraient vous plaire fort et que vous n’avez plus qu’à les ajouter à votre Pile A Lire, si vous ne les connaissez pas déjà.
   
   Ici l’enquête est menée par un mandarin vietnamien et l’action se passe au 17ème siècle. Le mandarin Tân, se rend à Thang Long, capitale de l’empire à l’époque, pour y chercher des livres pour la bibliothèque de la région dont il a la charge. Comme beaucoup des enquêteurs de romans, il est accompagné d’un ami-confident-aide qui ici, est un lettré du nom de Dinh. En fait, ce qu’ils trouvent avant tout, dès leur arrivée, c’est toute une région menacée par les crues et la promesse de dramatiques inondations proches, ainsi qu’un sérial killer (je ne sais pas comment on dit en vietnamien ancien).
   
   J’ai été totalement bluffée par une peinture de ce monde et de cette époque extraordinairement bien documentée. On dirait que nos auteurs savent tout, même sur l’ambiance et les modes de pensée de cette époque-là. C’en est vraiment étonnant. On croirait vraiment que les sœurs Tran Nhut ont vu tout cela de leurs yeux et vécu dans ce monde. On ne sent pas le moindre effort de documentation. C’est vraiment raconté comme si elles avaient la scène sous les yeux. C’est ce qui, ajouté à une bonne intrigue bien menée et à un ton non dénué d’humour, fait que ce roman est bien plus passionnant que les divers autres policiers que j’avais pu lire ou essayer de lire jusqu’à présent et dont l’intrigue se situait dans l’Asie des siècles passés.
   Si vous devez en lire un de ce type, je vous conseille vivement de choisir les œuvres des sœurs Tran-Nhut. A mon avis, il n’y a pas photo.
   
   Surtout qu’aux qualités déjà évoquées, il faut ajouter une écriture étrangement saisissante, un ton très particulier, comique et cruel, un goût des personnages et des auteurs pour les charades et devinettes et un goût non moindre à se jouer du lecteur (une réussite de ce point de vue là également.) :
    « - Remarquez cet impressionnant membre érectile ! dit Plante-la-Lame d’un ton goguenard. N’est-ce pas un bel animal, parfait pour les femmes adultères ?
   L’eunuque Xu se raidit et demanda :
   - Est-ce votre avis, Prince ?
   - N’exagérons rien lui répondit distraitement le prince Hung, en passant un index désabusé sur la peau plissée. Celui-ci est convenablement constitué, sans plus. J’attends d’en voir d’autres plus puissamment pourvus.
   - Pour lequel allez-vous opter ? Est-ce qu’on doit simplement juger par la grosseur de l’appendice ?
   Le prince secoua la tête.
   - Ce serait trop simple. Pour choisir le meilleur éléphant, il faut examiner non seulement la taille de sa trompe, mais aussi l’aspect de sa peau. »

   
   
   Et si je vous disais que l’eunuque Xu s’est même fait voler ses «Boules d’Or»... (si, si, c’est bien ce que vous pensez.) « - Je me doutais bien que personne ne s’occupait de mes malheurs ! Vous ne pouvez pas vous imaginer la douleur que représente la perte de ses Boules d’Or !
   - Au contraire ! Je suppose que, privé de ses Boules, on se sent en tous points diminué.
   - C’est pire que cela, Maître ! La souffrance d’une femme à qui on arrache son bébé du ventre est une vaste plaisanterie comparée à ce que j’endure en ce moment. Sans mes Précieuses, je suis étripé, dépiauté, vidé. »

   … vous comprendriez bien qu’il est grand temps que le Mandarin Tân entre en scène et résolve tous ces mystères.
   
   
   Les romans à quatre mains intriguent toujours beaucoup les lecteurs. C’est bien normal. On essaie de comprendre comment il a été fait. Par exemple, moi, je m’attendais plus ou moins à une tresse de deux récits… rien de tel. Nous avons un récit unique et qui ne laisse apparaître aucun signe d’un changement de main. Le tout rédigé dans une belle langue nette, nuancée et qui porte bien l’imagination. Mais qui a fait quoi ? Je l’ignore. Ce que je peux vous dire, c’est que depuis 2003, Thanh-Van poursuit seule la narration des enquêtes du mandarin Tân, tandis que sa sœur Kim écrit des romans pour adolescents.

critique par Sibylline




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