Lecture / Ecriture
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La Chartreuse de Parme de Stendhal

Stendhal
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Stendhal, de son vrai nom Marie-Henri Beyle, est né le 23 janvier 1783 à Grenoble et mort le 23 mars 1842 à Paris.

La Chartreuse de Parme - Stendhal

Stendhal, c' est cool en fait
Note :

   Les gens les gens les gens!!!!!!!
   (ne vous moquez pas hein)
   J'ai réussi à dépasser la fatidique page 150 de la Chartreuse de Parme!!!!!
   Vous ne connaissez pas ce fameux cap des 150 premières pages de la Chartreuse? Vous voyez les pèlerins qui rampent sans manger sans boire sans se laver de Dublin jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle, mus par leur seule foi en l'expérience qui les attend? Là c'est pareil. Quoi, les pèlerins ne font pas ça? Ce n'est pas grave, c'est pareil.
   Cela faisait deux ans que je m'accrochais à ce livre. Maintes fois abandonné, repris, balancé, recommencé. Et maintenant ça devient enfin intéressant. Pourquoi? Je vous le donne en mille : l'histoire pas très saine entre Fabrice et la Sanseverina (sa tata) commence. Dieu existe : c'est sublime.
   Voilà je suis très contente. Que ceux qui ont lu la Chartreuse d'une traite ne se manifestent pas. Les autres par contre peuvent et moi…
   Je vais vous parler de ce livre.
   
    Au début il me faisait peur rien que par son titre (olala c’est quoi une « Chartreuse » ?). Et puis les profs de littérature en parlaient avec des trémolos dans la voix (c’est pas pour moi, je comprendrai rien, je suis trop bêêêêête…). Lecture commencée donc timidement et un peu par défi en janvier 2005, achevée hier soir, avec les méandres que vous savez. (Alors que Stendhal a écrit son chef d’œuvre en sept petites semaines - c’est fou !- de novembre à décembre 1838.)
    Certains passages de ce livre sont mythiques, et je les connaissais avant d’avoir lu le livre :
   - Le fameux « Il n’y comprenait rien du tout » au sujet de Fabrice, se sentant complètement paumé à la bataille de Waterloo.
   - L’appris par cœur pour les besoins de l’Histoire : « Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur. » (l’incipit du roman)
   - L’ellipse sur les trois ans de bonheur de Fabrice
   - Cette histoire de ne se rencontrer que dans le noir (je ne comprenais pas bien et je me demandais si je ne confondais pas avec l’Education sentimentale, ce qui n’était pas étonnant : je n’avais lu aucun des deux).
   - Les derniers mots du roman : «TO THE HAPPY FEW » , dédiant le livre à une certaine élite.
   - La passion coupable de la Sanseverina pour Fabrice (mais pourquoi coupable ?).
   
   Je pensais m’être fait une bonne idée du roman. Comme quoi Fabrice sort avec la Sanseverina, et la trompe avec Clélia (c’est pour ça qu’ils ne peuvent se voir que dans le noir !), et même qu’il va la quitter pour Clélia (trois ans de bonheur héhé). Je suis trop forte, même pas besoin de lire le livre en fait.
    En fait non.
    Le pitch : Nous sommes dans l’Italie du XIXè siècle, et l’histoire racontée est censée s’être réellement passée. Gina, la duchesse de Sanseverina, s’installe avec le comte de Mosca à Parme. Elle y est rejointe par Fabrice, son neveu et accessoirement prêtre, dont elle s’éprend sans jamais trop le dire. Fabrice pourtant s’intéresse par caprice à la petite Marietta, ce qui ne plait pas trop à son amant qui l’attaque, et que Fabrice tue un peu par accident. Il va donc être jeté en prison, pour des raisons politiques en réalité, le meurtre servant de prétexte. Mais de sa fenêtre, il peut voir la volière de la jeune Clélia Conti, fille du gouverneur de la citadelle… Il connaît donc le bonheur en prison, grâce à la relation qu’il a établie tant bien que mal avec Clélia, et ne souhaite pas quitter le lieu où il peut mourir à tout moment par empoisonnement, au grand désespoir de la duchesse…
    Le bonheur : voilà le sujet du roman. Les personnages ont une aptitude au bonheur qui fait qu’ils sont heureux même dans des situations extrêmes. (Oui être emprisonné et être menacé en permanence d’empoisonnement, j’appelle ça une situation extrême) Ils se raccrochent au plus petit évènement tendant vers le bonheur, même si celui-ci est fragile et éphémère, et qu’ils le savent. C’est cette recherche du bonheur, et la jouissance de ses fugaces apparitions qui caractérisent les trois personnages principaux : Fabrice, Clélia et la Sanseverina. Les trois bafouent la morale, les lois et parfois le bon sens afin d’être en harmonie avec leur passion. Ce culte du moi (qui explique le très grand nombre de monologues) fait donc des personnages des êtres heureux et privilégiés malgré leurs malheurs.
    On sent également un écrivain heureux. Il faut savoir que Stendhal a écrit son roman au fur et à mesure, par improvisation, c’est-à-dire sans savoir où il va mener ses personnages, et jusqu’où. On l’a d’ailleurs comparé à un orchestre de jazz. Son écriture s’est déployée tout en spontanéité, par le simple plaisir d’écrire. Ce plaisir se manifeste notamment dans la façon dont Stendhal se moque de l’Eglise, du pouvoir, de ses héros. Personne n’est épargné.
    Et donc, plaisir du lecteur, bien récompensé après le cap des 150 premières pages… Je n’exagère pas : chaque ligne est jouissive, on se tord de rire à chaque page (du coup ça fait un peu snob de se marrer sur la Chartreuse dans le métro, mais tant pis). Et puis vraiment, ce livre nous tient en haleine et nous tire vers le même horizon que les héros. On en sort heureux.
    Quelques mystères non résolus :
   - pourquoi placer une dédicace à la fin du livre ? (« TO THE HAPPY FEW »)
   et c’est qui ces happy few ? et pourquoi en anglais ?
   - c’est quoi cette fin précipitée où tout et tout le monde se bouscule ?
   - pourquoi un titre de roman qui a peu de rapport avec l’histoire et qui ne se justifie en partie que vers la toute fin ? (bon, c’est vrai, il a la classe ce titre)
   - pourquoi des prénoms français pour des héros italiens ?
    A suivre…(peut-être)
   ↓

critique par La Renarde




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A tout seigneur tout honneur
Note :

   Depuis le temps que vous en entendez parler, chers happy few, je sens que vous béez littéralement d'aise devant votre écran, car enfin, tout va vous être dévoilé et vous allez savoir pourquoi j'aime tellement ce roman qu'en général personne n'a lu (ou si peu). Pour tout vous avouer, chers happy few, mon histoire d'amour avec ce roman avait très mal commencé : comme dans toutes les grandes passions, tout ne fut pas lit de roses et oiseaux qui chantent en choeur. Je l'ai ouvert une première fois quand j'étais au lycée et je l'ai refermé avant la page 50, complètement pétrifiée d'ennui, ne comprenant pas pourquoi une personne pourtant bien intentionnée avait voulu m'infliger pareil pensum. Je l'ai soigneusement mis de côté en me jurant de ne jamais le rouvrir. Et, bien évidemment, le destin, ce farceur, m'a eue au tournant : il l'a mis au programme d'un concours. (Comment ça ce n'est pas le destin qui établit les programmes ?) J'ai attendu, j'ai freiné des quatre fers, et quand j'ai eu lu tout le reste du (copieux) programme, je ne pouvais plus reculer. La mort dans l'âme, le blanc de l'ennui aux joues, je l'ai ouvert en frémissant. Et c'est là que le miracle a eu lieu, chers happy few : j'ai été littéralement happée par cette histoire (je l'ai lue en deux jours). De manière incroyable, tout m'a plu : les descriptions, les personnages, les situations et, cerise sur le gâteau, j'ai ri, non, vous ne rêvez pas, j'ai ri, car "La chartreuse de Parme" est un roman souvent drôle et au style enlevé.
   
   Pour ceux qui auraient séché les cours de Français au lycée ou qui se seraient servi par mégarde des Lagarde et Michard pour caler une armoire branlante, je résume rapidement. "La chartreuse de Parme", c'est l'initiation sentimentale et politique de Fabrice Del Dongo, jeune homme un peu naïf, un peu niais, dans le duché de Parme au début du XIXème siècle. Bonapartiste, Fabrice poursuit un idéal chevaleresque qu'il n'atteindra jamais, rattrapé par la réalité des intrigues politiques... C'est un roman plein de bruits de couloir, de complots, d'espions, de batailles (ah, Waterloo, quel incroyable passage!), de duels, d'emprisonnements et d'amour, bien sûr, celui de Fabrice pour Clélia, celui de Mosca (mon personnage préféré, un vieux politicien briscard, fabuleusement intelligent, éminence grise qui hante les couloirs du palais) pour Gina Sanseverina, la belle tante de Fabrice, qui entretient avec ce dernier une trouble relation. C'est un roman plein d'humour et d'ironie, où les interventions du narrateur sont légion. C'est un roman plein de bruit qui se termine dans le silence de la communion amoureuse. C'est un chef-d'oeuvre, chers happy few. Tout simplement.
   (Et je vous recommande la version du Livre de Poche, préfacée et annotée par Michel Crouzet (un de mes anciens profs), qui reprend les propres notes de Stendhal en bas de page (et on aurait tort de s'en priver)).
   
   Et comme je vous connais bien, chers happy few, je sais que vous êtes sur le point d'aller acheter ce chef-d'oeuvre toutes affaires cessantes.
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critique par Fashion Victim




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Stupre et lucre
Note :

   Un triplé. Club des théières, challenge ABC, et challenge Fashion’s Klassik. Et surtout, surtout, un livre qui trainait sur ma PAL depuis les temps anciens (si, si) des classes prépas. Couvert, souvent lorgné du coin de l’œil et sagement ignoré. Du moins dans ma peur des classiques et dans le souvenir de l’ennui profond provoqué par certains d’entre eux.
   
   Rien de tout cela dans La chartreuse de Parme.
   
   Résumé : Fabrice del Dongo est jeune, beau, fougueux, inconscient. D’aventures en aventures, il va découvrir le danger, la colère, la haine, et surtout, l’amour. Un amour qui va être tout son destin et le pousser aux plus grandes folies.
   
   Un résumé bien pauvre et plat pour un roman profondément allègre, joyeux, drôle et profond. Oui, je me sais d’entrée dithyrambique, mais après des débuts un peu difficiles, j’ai été happée par ce récit. Pour un peu j’aurais regretté qu’il ne dure pas plus ! J’en ai lu la postface !
   
   Stendhal entremêle intrigues, personnages, rebondissements avec un bonheur communicatif. Guerre, révolutions, conflits familiaux, mariages, complots, fuites éperdues et retours clandestins émaillent l’histoire de Fabrice.
   
   Dans une Parme pour le moins imaginaire, et dans un temps non (plus ou) moins imaginaire il situe des personnages attachants. Fabrice l’innocent un peu benêt devenant homme. La duchesse Sanseverina, l’intrigante, Clélia la pieuse et l’amoureuse. Le comte Mosca, courtisan accompli, des ministres rusés et dangereux, des princes jaloux de leur pouvoir absolu, des révolutionnaires romantiques, des serviteurs dévoués, etc.
   
   On ne peut s’empêcher de se sentir désespéré par la niaiserie de Fabrice à certains moments, d’avoir envie de lui retourner une paire de claques. On se sent indigné par les manigances et les mesquineries de la duchesse et on la soutient de tout son cœur aussi! Ben oui, se mettre dans des situations pareilles, franchement, si ça n’appelle pas la compassion et un brin de jalousie ! On se sent concerné, parce qu’on aimerait avoir la même aptitude qu’eux au bonheur, à la sensualité, à la vie. Ils souffrent, certes, mais c’est parce qu’ils ressentent aussi des passions, des amours fous, des sentiments exacerbés. Ils vivent. Et ils meurent d’autant plus facilement qu’après de tels sommets et de tels gouffres, la vie doit leur paraître bien fade. Stendhal a beau les mettre sur le compte d’une «nature» italienne, on les envie un petit peu. Un petit peu parce que c’est quand même fort fatiguant toute cette agitation.
   
   Peu de moments de répit donc, et en dessous, une critique des régimes politiques, des révolutions qui ne peuvent laisser indifférent. Et puis un regard ironique et acide… Le regard de Stendahl sur la noblesse, la bourgeoisie, l’Eglise vaut son pesant de cacahuètes. Et puis des histoires d’amour à n’en plus finir, tragiques, délicieuses.
   
   C’est d’autant plus fou que Stendhal a achevé ce petit bijou en sept semaines d’écriture intensive, une écriture d’un seul jet. Et il a écrit avec un bonheur communicatif. Il a écrit avec un talent inouï : lyrisme, poésie, chronique, roman d’initiation, roman de cape et d’épée. Tout y passe. Et en plus c’est glamour, sexe et rock-and-roll. Si, si !
   
   Mes seuls regrets malgré les explications de la postface, un début un peu long à se mettre en place et une fin un peu rapide… Mais peut-être était-ce que je n’avais guère envie de rencontrer Fabrice et la Sanseverina, puis, plus guère envie de les quitter !
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critique par Chiffonnette




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Se dévore mais ne se boit pas
Note :

    Présentation de l'éditeur
   
   "Cadet de grande famille fasciné par Napoléon qu'il rêve d'aller rejoindre, Fabrice del Dongo arrive à Waterloo quand commence la bataille.
   Mais il ne suivra pas la carrière des armes à quoi il aspirait, et consentira à devenir prélat. Avec assez de détachement, cependant, pour que l'essentiel reste bien pour lui la chasse au bonheur - c'est-à-dire l'amour. Quand Stendhal publie La Chartreuse en 1839, le propre du roman demeure toujours à ses yeux le romanesque où rien ne compte que le récit qui se moque du sérieux, l'allègement de la vie et l'héroïsme des grandes actions comme des grandes passions. Et le paradoxe de ce livre moderne qui est aussi une satire du pouvoir et de la cour de Parme, de ce livre où les Italiens retrouvent leur culture, c'est qu'il demeure apparenté au vieux fonds sans âge des romans où l'aventure s'accompagne d'un climat de bonheur et de gaieté."

   
   
   Commentaire

   
   Soit je suis alcoolique, ou ignorante (ou les deux... je vous laisse bons juges), mais je croyais que la chartreuse dont il était question ici, c'était la liqueur. Je m'imaginais, je sais pas, une intrigue sur fond de fabrication d'alcool ou un truc du genre. Mon inculture crasse est maintenant réparée depuis que je me suis plongée avec délices dans ce roman qui nous entraîne du lac de Côme (j'ai chanté la chanson d'Alain Morisod/Sweet People pendant le premier quart du roman... c'est terrible, plaignez-moi!) à la cour de Parme (ça, ça a été l'occasion de rêver de jambon et de parmesan) où nous voyons évoluer Fabrice del Dongo de sa naissance à sa mort, Clelia, mais surtout, surtout, la duchesse Sanseverina et le comte Mosca.
   
   Je crois que sans les interventions répétées d'une certaine dame (ci-dessus), je n'aurais jamais ouvert ce livre (acheté en 1993, quand même) et je serais passée à côté de quelque chose. Quel souffle dans ce roman de Stendhal, quel portrait de cette petite cour de Parme, dirigée par un prince plus ou moins scrupuleux, où tous les courtisans se connaissent et où la vie privée n'est qu'un concept abstrait et pas du tout réaliste! Et en plus, ô surprise, la chartreuse, c'est drôle! Réellement. Une ironie délicieuse, une mauvaise foi parfois déroutante, un narrateur qui se permet de juger son "héros" et tous les protagonistes La bataille de Waterloo, telle que vue par Fabrice qui se demande s'il y a réellement participé et qui se ramasse assis par terre au lieu de sur son cheval... j'ai ri aux éclats et dès le début.
   
   "La chartreuse de Parme", c'est une quête de bonheur. Celle de Fabrice, surtout, ce drôle de héros exalté au départ qui veut être héroïque mais qui le fait de manière ma foi fort maladroite parce que bon, il n'y comprend rien! C'est une véritable catastrophe sur deux pattes, ce bonhomme! Naïf comme pas un, il se laisse guider par les instincts et les impulsions du moment, dans sa quête de l'amour et du bonheur, et se met systématiquement les pieds dans les plats. Il faut toute l'adresse et l'intelligence de sa tante, la duchesse Sanseverina, qui lui voue un amour jamais réellement avoué, pour le sortir de là par de multiples jeux de cour, que notre Fabrice s'empresse de saboter sans vraiment le faire exprès. Je vous le jure, aimer Fabrice et le sortir du trouble dans lequel il réussit toujours à se fourrer, c'est un travail à temps plein!
   
   Quant à cette duchesse, quelle femme! On sent sa majesté, sa prestance et sa beauté dans les mots mêmes de Stendhal et elle occupe tout l'espace de chaque scène dans laquelle elle apparaît. Torturée en elle-même par un amour pour Fabrice qu'elle a du mal à assumer, elle est adroite et réussit à intriguer de façon très efficace, aidée du comte Mosca, son amant et ministre du prince. Et ils évoluent, ces personnages, ils ne sont pas statiques ni tout d'une pièce. Il n'y a qu'à penser au comte, au départ ministre dont le principal travail consistait à rassurer le prince et à regarder en dessous de son lit pour vérifier qu'il n'y avait pas d'assassins cachés là, qui se révèle un homme capable d'une extrême générosité et qui fera tout pour l'amour de la duchesse, même aider son rival inavoué. Quant à la jeune Clélia, déchirée entre l'amour et le devoir, elle fait figure romantique d'amour interdit, avec sa promesse détournée et la situation qui s'en suivit. Ça a quand même un côté attendrissant, dans le noir, non?
   
   Un roman foisonnant, où les rebondissements se succèdent, où les loyautés ne sont jamais sûres, sur fond d'intrigues de cour. De beaucoup d'intrigues de cour. Ce que ce devait être fatiguant, de tout calculer ainsi. La cour de Parme est semblable à toutes les autres, avec son étiquette, ses mesquineries, ses clans, ses revirements d'allégeance. On s'y croirait, dans cette cour, ainsi que dans cette Italie magnifique, souvent vue par les yeux d'un personnage semblant trouver beauté et bonheur dans la plupart des situations, même les moins agréables. Durant tout l'épisode de la prison, entre autres. C'est à se demander dans quel monde il vit, son imaginaire lui semblant parfois plus vrai que le réel. Légèrement déconnecté, notre "héros"!
   
   Certes, il y a quelques répétitions, surtout dans les intrigues politiques, et la plume de Stendhal m'est apparue moins "facile" que celle d'autres auteurs classiques. Il faut tout de même de la concentration pour suivre sans se perdre dans les méandres des pensées des personnages. J'ai adoré que ceux-ci ne soient pas parfaits, qu'ils osent défier la morale et les convenances, qu'ils aient leurs failles, évidentes, même, mais qu'on les aime tout de même. Moi, en tout cas, je les ai aimés. Ce qui m'empêche de crier au réel énorme gros coup de cœur (c'est donc juste un coup de cœur normal), c'est la finale, ma foi expédiée en deux pages et trois lignes. Pourquoi cette ellipse de trois ans? Pourquoi boucler tout ça si rapidement quand il y avait encore tant à dire? Je les aurais suivis encore un peu, moi.
   
   Malgré tout, je me suis délectée de cette lecture, que je ne voulais pas voir finir. Certains passages et éléments du roman resteront cultes pour moi. Je vais devoir prendre une journée pour quitter ce petit monde et revenir d'Italie!
   
   Alors voilà, je suis maintenant une happy few!

critique par Karine




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