Lecture / Ecriture
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Le Temps des parents de Vitia Hessel

Vitia Hessel
  Le Temps des parents

Le Temps des parents - Vitia Hessel

Du livre comme du fleuve, on ne voit jamais deux fois le même
Note :

   Mercure de France, 1969; Un roman que j’ai adoré à l’âge de seize ans. Ouh là là ! Ce que ça vieillit (le livre, surtout).
   
   J'avais adoré ce roman. Je m'étais identifiée à cette adolescente de mon âge (Nana ou Nathalie), née juste après la guerre, ses problèmes, son amie qui lui fait faux bond (Renée), les garçons auxquels elle commence à s'intéresser, son vécu au début des années 60, me convenait mieux que l'après 68, période où il fallait avoir obligatoirement un ou plusieurs copains et commencer à coucher, ou alors faire partie des petites filles modèles.
   
   J'enviais aussi ces enfants nés dans un milieu intellectuel, le Lycée Fénelon, les études classiques, un avenir préservé du pire, entouré de gens, sinon vraiment cultivés, en tout cas instruits... Lorsqu'un enfant (le garçon nommé JP) avait des symptômes de névrose gênants, on l'emmenait voir un psychanalyste. Cette personne l'écoutait et ne le menaçait pas de le faire interner. Même si la "fameuse Dame" n'était pas un génie et ne résolvait pas tous les problèmes, JP finissait par se sentir mieux. Les parents ne maltraitaient pas leurs enfants. Ils faisaient des erreurs, mais tâchaient de les rattraper. J'enviais même la grande fille "Dominique", dont le père avait disparu sans laisser de traces.
   
   J'ai longtemps vécu avec ces personnages. Si malheureux, bien que reconnaissant par moments leur relatif bonheur.
   
   Je revivais les scènes avec eux. Je rêvais de vivre dans un tel milieu.J'ai même utilisé les trois jeunes et le petit garçon (Jojo) dont il est question dans le récit, pour en faire des personnages d'un feuilleton personnel.
   
   Vitia Hessel a été l'épouse de Stéphane Hessel, qui a fait fait parler de lui pendant quelques temps, pour ses prises de position politiques, pas neuves, mais pleines de bon sens. Elle est décédée bien avant lui.
   
   D'où l'idée de relire ce roman, sûrement autobiographique. Je n'ai pu vraiment mener à bien cette tâche; il a pris de l'âge, et moi aussi. Les personnages sont trop présents à mon esprit, trop ancrés dans une époque révolue, pour que je puisse le reprendre avec un œil neuf.
   
   N'empêche je me demande si Stéphane Hessel est bien le "mari " ennuyé mais correct, décrit dans le roman, et qui peut bien être son ami Simon, alter-ego, l'époux de Diane, le disparu, jetant le trouble dans la famille. L'homme décrit dans "le Temps des parents", pratique le même métier qu'Hessel, au début des années 60, et sa position politique "mendésiste" est semblable. On y parle abondamment de la guerre d'Algérie, cela s'achève ou presque, sur Charonne. L'homme du roman ne fut pas,en tout cas, un rédacteur de la charte des droits de l'homme, bien qu'il y ait participé.
   
   Mais franchement je n'arrive pas bien à le relire!
   
   De ces livres que l'on a lu très jeunes et avec lesquels "on a vécu", demeure l'impression étrange qu'ils n'existent que dans cette époque révolue, quoique encore présente à l'esprit. Les lignes que l'on a devant les yeux ne parviennent pas à signifier quelque chose pour le contexte présent.
   
   Je ressens la même chose pour "Vendredi ou les limbes du Pacifique" de Tournier. L'ayant lu jeune, et relu plusieurs fois avec passion, chaque fois que je veux le reprendre, je ne sais quoi en penser.

critique par Jehanne




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