Lecture / Ecriture
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Cinna de Pierre Corneille

Pierre Corneille
  Cinna

Pierre Corneille est un dramaturge français, né en 1606 à Rouen et mort en 1684.

Cinna - Pierre Corneille

Meurs s'il faut mourir
Note :

   "Cinna" est représenté pour la première fois en 1641 et obtient un vif succès. Corneille avait donné un sous-titre à la pièce : "La clémence d'Auguste" indiquant clairement quel en était pour lui l'intérêt majeur. Mais il le fit disparaître par la suite car son public se passionnait surtout pour l'histoire amoureuse de Cinna et d'Emilie, tremblant pour leur vie, souhaitant même la réussite de leur plan.
   
   Il faut dire que la pièce avait tout pour plaire au public, en particulier aux Précieuses : un complot fomenté par la belle Emilie qui veut venger la mort de son père tué par Auguste. Un amant*, Cinna, noble et généreux, qui sous prétexte de délivrer Rome de la tyrannie accepte de l'aider, motivé surtout par son amour pour elle; il sait qu'il ne pourra obtenir sa main qu'en accomplissant cette vengeance; un ami de Cinna, Maxime, conjuré, attaché à la République, mais qui devient traître par jalousie lorsqu'il s'aperçoit qu'Emilie lui préfère Cinna. Et Auguste? Apprenant la vérité va-t-il mettre à mort les amants? Voilà pour la romance!
   
   
   Le thème politique
   

   Mais la pièce a bien sûr un aspect politique auquel ne pouvaient être insensibles les nobles de l'époque. Nous sommes en pleine fronde des Grands. La féodalité s'oppose à la royauté, en révolte contre Louis XIII et multiplie les complots contre son représentant, Richelieu. Le cardinal s'efforce d'établir un pouvoir fort et réprime implacablement la fronde. Il semblerait que la conspiration menée par madame de Chevreuse et le ministre Chalais contre Richelieu puisse être une source d'inspiration. D'autre part la conspiration de Cinq-Mars date de 1642. On comprend bien l'actualité de la pièce.
   Un des thèmes essentiel pose le problème du pouvoir politique et du mode de gouvernement. La préférence de Corneille va à un pouvoir fort qui met fin au désordre mais qui reste juste car la royauté doit se faire respecter et aimer. C'est ce que dit Livie à son époux Auguste quand elle lui conseille de pardonner (Acte IV scène III) :
   "C'est régner sur vous-même, et, par un noble choix,
   Pratiquer la vertu la plus digne des rois."
   

   Corneille définit ainsi l'idéal d'un "bon prince" : (acte II scène 1)
   "Avec ordre et raison les honneurs il dispense,
   Avec discernement punit et récompense
   et dispose de tout en juste possesseur."

   
   Et la critque de la République est contenue dans cette sentence :
   "Le pire des Etats, c'est l'état populaire"
   
   La suite de la pièce montre la grandeur d'Auguste qui pardonne aux conjurés (Acte V scène III) précisant ainsi la pensée de Corneille, partisan d'un pouvoir monarchique fort mais éloigné de la dictature, fondé sur le respect des hommes et la justice.
   "Je suis maître de moi comme de l'univers;
   Je le suis, je veux l'être. O siècle, ô mémoire,
   Conservez à jamais ma dernière victoire!"

   
   
    Thème de l'amour et de l'honneur
   

   Emilie et Cinna illustrent tous deux la conception de l'héroïsme et de l'amour cornélien. Le héros cornélien pour mériter l'amour doit s'en montrer digne. Il est souvent déchiré entre ses sentiments et son devoir mais choisit toujours le devoir. C'est pourquoi Maxime en trahissant les conjurés et en proposant à Emilie de fuir avec lui ne peut gagner que son mépris : (Acte IV scène V)
   "Tu m'oses aimer et tu n'oses mourir (..)
   Cesse de fuir en lâche un glorieux trépas,
   Ou de m'offrir un cœur que tu fais voir si bas;
   Fais que je porte envie à ta vertu parfaite;"
   
   Le héros cornélien, en effet, ne doit pas craindre la mort mais bien plutôt le déshonneur et doit rester fidèle à la parole donnée. Lorsque Cinna balance à tuer Auguste, il déchaîne la fureur et le mépris d'Emilie : (Acte III scène I V)
   "Mes jours avec les siens vont se précipiter,
   Puisque ta lâcheté n'ose me mériter"
   
    et son hésitation aboutit à cet ultimatum :
   "Qu'il cesse de m'aimer, ou suive son devoir" (acte III scène V)

   
   
   Je fais partie d'une génération où l'on était nourri au berceau (presque!) de nos classiques. De la sixième à la terminale on étudiait Corneille et Racine. En ouvrant ce livre après tant d'années, des pans de ma mémoire ont resurgi car on apprenait par cœur des passages entiers. Le style de Corneille a une cadence marquée, avec ces vers bien trempés qui ressemblent souvent à des maximes :
   "Qu'une âme généreuse a de peine à faillir
   
   La crainte de sa mort me fait déjà mourir
   
   Plus le péril est grand, plus doux en est le fruit
   
   Meurs s'il faut mourir en citoyen romain
   
   On garde sans remords ce que qu'on acquiert sans crime"
   

   
   Formules qui cèdent pourtant devant ces moments presque élégiaques où l'âme exprime ses souffrances ou hésite entre devoir et sentiment.
   
   
   * amant au XVII° siècle : celui qui aime ou celui qui est aimé de retour

critique par Claudialucia




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