Lecture / Ecriture
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Les singuliers de Anne Percin

Anne Percin
  Bonheur fantôme
  Ados: Comment (bien) rater ses vacances?
  Le Premier été
  Les singuliers
  Sous la vague

Anne Percin est une écrivaine française née en 1970.

Les singuliers - Anne Percin

Roman épistolaire
Note :

   Anne Percin imagine ici une correspondance fictive entre des personnages artistes qui auraient existé à la fin du 19ème siècle et fréquenté les milieux de la peinture avant-gardiste de l'époque. Hugo Boch, parti du Borinage pour la Bretagne (Le Pouldu) entretient un courrier suivi avec sa cousine Hazel, qui tente de se tracer une voie dans la peinture à Paris, malgré les mentalités machistes de ces milieux pourtant progressistes. Tobias Hendrike, ami intime de Hugo et élève de l'Ostendais James Ensor, poursuit un chemin artistique sombre et douloureux suite à de violents maux de tête. Il rencontre et fréquente Hazel. Pendant ce temps, Hugo, le pinceau moyennement doué, solitaire et hésitant, côtoie Paul Gauguin puis se tourne vers la photographie, technique naissante, en faisant des portraits de défunts. Le destin de ces personnages, parmi anecdotes, mœurs et techniques évoqués au fil de leurs lettres, s'inscrit parmi ceux de noms connus qui ont marqué le domaine de la création, comme Van Gogh (et Théo), Paul Sérusier, Émile Bernard, Toulouse Lautrec ou encore Anna Boch.
   
   Un bénéfice de cette lecture aura été, en parallèle, de découvrir le travail de celle-ci, œuvre des plus sensibles, trop peu soulignée parmi les gloires de l'époque impressionniste. Dans "Les Singuliers", il est surtout question de son flair : elle fut la seule à acheter une toile de Van Gogh (La vigne rouge) de son vivant.
   
   Qui sont-ils, pourquoi les "singuliers" ? Hugo à sa cousine : "...j'ai découvert que l'on pouvait se perdre, j'ai avancé avec confiance en me dépouillant jour après jour des habitudes bourgeoises avec lesquelles j'avais grandi, j'ai appris à vivre presque sans argent et apprivoisé la peur terrible que me font les autres, les vivants et les morts." Il n'est pourtant pas devenu un autre homme, ni meilleur : "Je suis juste de plus en plus, de mieux en mieux si l'on préfère, singulier. Et singulier, cela veut dire seul, aussi...
   Tobias à son ami Hugo : " Il a raison, ton Gauguin : il faut s'habituer à l'idée de n'être pas aimé. C'est la deuxième tâche la plus difficile d'un artiste, la première étant d'être absolument soi-même. Supporter la moquerie, la raillerie, le refus de ce que l'on est, de tout ce en quoi l'on tient, se voir imposer le silence et ne pas pouvoir riposter : voilà la grande, l'insupportable, la nécessaire mission d'une vie. Je ne parle pas seulement de la vie d'artiste."
   
   L'auteure confie dans un entretien que si elle a osé faire "revivre" – et même, presque malgré elle, faire écrire et parler – Paul Gauguin, il lui aurait été impossible d'en faire de même pour Vincent Van Gogh, qu'elle juge intouchable. Cette révérence pour le peintre hollandais se ressent au long du récit où il apparaît comme LE mythe malgré – mais peut-être justement à cause de – la volonté de le décrire avec la distance dans ses épreuves les plus pénibles. Les couleurs et le caractère de deux de ses toiles crèvent la page écrite, "La vigne rouge", achetée par Anna Boch pour 400 francs et "Le poète", portrait du frère de celle-ci, Eugène.
   
   J'étais peu familier avec les récits épistolaires et a priori réservé à la perspective d'un roman exclusivement composé de lettres. L'expérience est réussie et la lecture plaisante ; il est rare pour moi d'aller au terme d'un récit – une demi-fiction dira-t-on – étiré de la sorte sur quatre cents pages. Celui-ci est réalisé avec intelligence sans aucun accent d'invraisemblance. Le revers de la médaille étant bien entendu que l'auteur, pour le crédit de la cohabitation de noms célèbres et d'êtres imaginaires, se devait de ne pas faire ceux-ci trop voyants, d'où un certain manque de relief dans l'existence de ces personnages, de stature artistique nécessairement modeste mais très attachante.
    ↓

critique par Christw




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Pont Aven
Note :

   
   Hugo Boch, fils de ladite famille très connue, quitte la Belgique pour se consacrer à sa passion la peinture. Il emmène avec lui un appareil photographique, là bas à Pont Aven. Il veut découvrir la communauté d'artistes peintres qui y résident.
   
   Des peintres, il y en a certainement mais le plus omniprésent c'est ce Goge comme l'appellent certains, c'est à dire Gauguin.
   
   De peinture, il n'en est vite plus question, il va s'adonner à la photographie dont son père préconise la fin car ce n'est qu'une mode.
   
   Aidé par sa famille au début, c'est la cassure quand son père comprend qu'Hugo ne reviendra pas travailler à la faiencerie ni ne s'incrira, s'il aime vraiment la peinture, à une académie.
   
   C'est à travers des lettres qu'il décrit sa vie à sa cousine Hazel qui a quitté la Belgique pour Paris, peintre elle aussi. Tobias son ami de jeunesse, lui écrit également. Ils partagent le même amour de la peinture mais malheureusement le jeune homme souffre d'atroces migraines qui le rendent, au moment des crises, totalement instable. Leur amitié date du temps de leur convalescence dans un sanatorium.
   
   A Pont Aven, trop de monde, alors Hugo se réfugie dans un autre village : Le Pouldu. Il tombe amoureux de l'hotellière Marie mais ne se déclarant pas, elle choisit un autre peintre. C'est grâce à la photo qu'il vivote en créant des cartes postales et en devenant portraitiste. Il deviendra l'Ankou, celui qui portraitise les morts.
   
   Mais il y a surtout Van Gogh dont on parle tant, dont Gauguin est l'ami et qu'on ne voit jamais.
   
   Une autre cousine Ana Boch, vivant à Bruxelles et faisant partie d'un groupe d'artistes nommés les XX, organise de petites expositions, étant peintre elle-même, et une fan inconditionnelle de Van Gogh. Elle lui achètera même un tableau, le seul qu'il vendra de son vivant.
   
   A travers les lettres des personnages de fiction et réels pour certains, c'est une période artistique intense qui prend vie. Une nouvelle époque qui voit fleurir des peintres qui ne veulent plus des Monet, des Manet... Il faut peindre ce que l'on voit, la réalité telle que le regard la suprend et ne veut pas oser voir. Gauguin en est le plus parfait exemple ainsi que Van Gogh, trop en avance pour leur temps malheureusement.
   
    Hazel maniant l'humour, est un personnage charnière, nous démontrant toutes les difficultés auxquelles se heurtaient les femmes pour vivre leur liberté. Même si l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles s'ouvre aux femmes, elle rate le concours.
   
   Un merveilleux roman, d'une grande sensibilité, qui nous entraine dans le ressenti de l'être qui se voue à l'art. Voir, comprendre et tenter de partager son oeuvre : le plus difficile.
   
   Et en ombre chinoise, Van Gogh, toujours évoqué par les autres ainsi que le colérique Gauguin

critique par Winnie




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