Lecture / Ecriture
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Le lutteur de My Seddik Rabbaj

My Seddik Rabbaj
  Le lutteur

Le lutteur - My Seddik Rabbaj

Montrer la vérité à travers la fiction
Note :

   Yahya est un jeune Raytsoute, une tribu noire en plein cœur du Maroc, des descendants d'esclaves. Ce peuple, chassé par les autres tribus s'est installé aux portes du Sahara et au fil des années a fait d'une terre aride et sèche dont personne ne voulait une oasis verdoyante. Ils sont travailleurs, paisibles, mais leur réussite attise les jalousies et les convoitises d'une tribu de la montagne qui va les massacrer pour s'attribuer leurs terres. Seul Yahya, sa mère, son petit frère et sa petite sœur parviennent à fuir. Ils se réfugient dans une ville du nord, La Zaouya, sous la protection d'un Cheikh puissant. Sous couvert de la foi, ce Cheikh règne en maître absolu sur sa région et entend mettre toutes les tribus avoisinantes sous sa coupe, quitte à les soumettre par la violence. Yahya est un jeune homme fort qui apprend très vite l'art de la lutte et de la guerre. Seul noir à être un peu accepté par la société, il ne sait réellement profiter de sa gloire, il cherche à protéger les siens.
   
   Ça commence comme une histoire terrible, une guerre entre deux clans, l'extermination de l'un par l'autre et la fuite de Yahya l'adolescent et de sa famille, son père étant resté combattre ; ça continue comme un conte des milles et une nuits, Yahya et sa famille rencontrant enfin un monde de paix où tout le monde vit en apparente harmonie. Et puis, petit à petit, le lecteur prend conscience que ce monde régit par le Cheikh est une sorte de dictature religieuse : tout est dominé par le Coran et son interprétation par le maître des lieux. Yahya réussit à se hisser dans la garde rapprochée du Cheikh grâce à sa stature et son talent mettant ainsi sa famille à l'abri, fort heureusement pour eux, les noirs n'étant pas bien vus dans le pays. D'ailleurs, Yahya faisant preuve d'une bravoure sans pareille pendant les combats est surnommé par ses adversaires, le diable noir, ils le pensent réellement envoûté. Tout est sous le joug du Cheikh et de la religion, le roman est rythmé par les prières, les prêches du Cheikh (ils sont mentionnés, mais My Seddik Rabbaj nous en épargne la plus grande partie ne citant que quelques passages marquants).
   
   Un très beau roman d'aventures, un roman d'initiation et d'amour qui demande une lecture assez lente pour ne rien en perdre. My Seddik Rabbaj a une écriture qui fait ressortir les odeurs, les couleurs et les sons. A ce propos, le quatrième chapitre consacré au moussem est absolument magnifique. Le moussem est au Maghreb, une fête régionale religieuse qui associe la prière, le commerce et des épreuves : la lutte pour celui de La Zaouya (lieu dans lequel vit Yahya) et un spectacle avec les prouesses de chaque tribu présente. L'auteur décrit toutes les tribus, leurs couleurs de vêtements, leurs particularités physiques et les épreuves qu'elles présentent toutes plus fantastiques les unes que les autres. Tout est tellement beau et fort que Yahya tarde à se rendre compte de la main mise du Cheikh ; il faudra qu'il tombe amoureux pour que ses yeux s'ouvrent.
   
   Un roman qui traite des thèmes difficiles du racisme et de l'intégrisme religieux par un biais original et qui s'intéresse à ses héros, des petites gens qui n'aspirent qu'à vivre tranquillement et en parfaite harmonie avec les autres. On pourrait presque tomber dans le panneau de cette vie idéale chez le Cheikh, cette sorte d'utopie où tout le monde semble heureux et épanoui, mais My Seddiik Rebbaj sait avec habileté mettre dans son récit toutes les traces de l'intolérance, de la domination et de la soumission.
   
   Le serpent à plumes renaît avec entre autres cet ouvrage, soutenu par les éditions de l'Aube, une bien belle manière de renaître.

critique par Yv




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