Lecture / Ecriture
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Le colonel Chabert de Honoré de Balzac

Honoré de Balzac
  La peau de chagrin
  la fille aux yeux d'or
  Le colonel Chabert
  L'interdiction
  La messe de l’athée
  Le contrat de mariage
  Une ténèbreuse affaire
  Le lys dans la vallée
  Mémoires de deux jeunes mariées
  Illusions perdues
  Le Chef-d’œuvre inconnu
  Philosophie de la vie conjugale
  Louis Lambert
  Séraphîta
  Béatrix
  Splendeurs et misères des courtisanes
  La Grande Bretèche
  La Recherche de l'Absolu
  Eugénie Grandet
  Le curé de village
  La duchesse de Langeais

Honoré de Balzac est un écrivain français né en 1799 et mort en 1850. Très prolifique, il a publié 91 romans et nouvelles de 1829 à 1852 et laissé une cinquantaine d'œuvres non achevées.


* Voir la fiche "Du roman considéré comme un des beaux-arts".

Le colonel Chabert - Honoré de Balzac

De Napoléon à Louis XVIII.
Note :

   Un ancien grognard qu’on croyait mort à la bataille d’Eylau, ressurgit à Paris et se présente à l’étude de Maître Derville pour faire valoir ses droits. La bataille séduit le jeune avoué et c’est du côté de la femme de Chabert qu’il se tourne. Les deux époux finissent par se rencontrer, révélant au colonel la nature arriviste et intéressée de cette de femme qu’il a « enlevée » du Palais-Royal, c'est-à-dire d’un lieu de prostitution.
   Balzac peint, à travers ce retour inopiné du vieux soldat napoléonien, le tableau que la restauration pouvait offrir aux anciens bonapartistes. C’est le retour, sous Louis XVIII, des intrigues de cour, des petites ambitions personnelles.
   
    «Madame Ferraud n’aimait pas seulement son amant dans le jeune homme, elle avait été séduite aussi par l’idée d’entrer dans cette société dédaigneuse qui, malgré son abaissement, dominait la cour impériale. Toutes ses vanités étaient flattées autant que ses passions dans ce mariage. Elle allait devenir une femme comme il faut. (70)
   
   Ainsi, promptement remariée à un Comte, l’ex-madame Chabert, devenue « comtesse Ferraud » est aussi à la merci d’un abandon de son mari visant la pairie à travers la fille d’un sénateur. Chabert, au contraire, incarne une ascension due à la valeur militaire, soldats que Napoléon a honorés :
   
    Si j’avais eu des parents, tout cela ne serait peut-être pas arrivé ; mais, il faut l’avouer, je suis un enfant de l’hôpital, un soldat qui pour patrimoine avait son courage, pour famille tout le monde, pour patrie la France, pour tout protecteur le bon Dieu. Je me trompe ! j’avais un père, l’Empereur ! Ah ! s’il était debout le cher homme ! et qu’il vît son Chabert, comme il me nommait, dans l’état où je suis, mais il se mettrait en colère. Que voulez-vous ! notre soleil s’est couché, nous avons tous froid maintenant. (50)
   
   De même le personnage du colonel possède cette capacité de pouvoir se contenter d’une vie monacale et austère pourvu qu’il eût du tabac contrairement à son ex-femme qui a la hantise de retomber dans l’ornière, leur seul point commun étant leur basse extraction. Symboliquement s’opposent donc deux moyens d’assumer l’ascension sociale et Balzac se place clairement du côté du vieux soldat déchu de ses droits, l’auteur, en bon libéral, chante les vertus et les valeurs de l’Empereur exilé, avec d’autant plus d’efficacité qu’il les oppose à celles de la Restauration.
   
   Le colonel Chabert est un court roman ou une longue nouvelle et s’inscrit dans les « scènes de la vie privée » de la Comédie Humaine, vie privée qui permet à Balzac de faire œuvre d’historien voire de sociologue de son siècle. On notera que ce que l’on a souvent reproché à Balzac en particulier et aux écrivains du XIXème en général, est cette propension aux longues descriptions. En fait l’auteur se plaît à inscrire une histoire dans une autre comme il inscrit les siennes dans l’Histoire et ces descriptions en font justement sa force sinon son charme.
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critique par Mouton Noir




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Le spectre de l’Empire
Note :

   Le Colonel Chabert d’Honoré de Balzac commence dans la bonne humeur, au milieu des plaisanteries des clercs de l’avoué Derville, des insolences de son saute-ruisseau, ainsi que des effluves du lunch des employés, mêlant sandwich au brie, côtelettes et tasse de chocolat.
   
   Et puis un fantôme surgit: un vieillard terne, mal vêtu, humilié, qui se révèle être un soldat de Napoléon déclaré mort à la bataille d’Eylau. Il raconte comment il a lutté pour s’extirper d’un grand tas de morts, à l’aide d’un bras sinistrement détaché d’un corps. Il a traversé les chairs abîmées et la pourriture, mais le plus difficile l’attend: la société de la Restauration est pour lui un tombeau plus certain que le monticule sous lequel il avait été enseveli. S’il vit encore, il est mort socialement, ce qui est la malédiction la plus terrible dans l’avide société balzacienne. Celle qui pourrait lui rendre son statut et son argent (et, qui sait, son amour) est sa femme, remariée entre-temps, mais la résurrection du colonel ne fait pas du tout les affaires de cette parvenue…
   
   D’emblée Chabert est présenté comme un spectre au visage inexpressif, au crâne fendu, à la raison envolée. Il n’apparaît que dans des lieux sales et dégradés: l’étude où l’on joue la comédie, la vacherie de son compagnon d’armes, où il couche dans la meilleure chambre - sur la paille, et plus tard l’antichambre du greffe ou l’hospice, tout aussi désolés. C’est qu’il représente lui-même des valeurs usées: l’héroïsme, la grandeur d’âme, la fidélité à un empereur déchu, à des compagnons d’armes devenus misérables, à une femme qui l’a oublié. Le monde dans lequel il revient à l’existence est régi par l’argent et manque totalement de compassion (à l’exception de Derville, qui choisira finalement de s’en éloigner).
   
   Un Balzac plein de gouaille (l’humour acide des clercs et le jeu de dupes de l’avoué et de la comtesse sont assez réjouissants), de manigances, dans une atmosphère discrètement fantastique.

critique par Rose




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