Lecture / Ecriture
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Cahier kangourou de Kôbô Abé

Kôbô Abé
  La femme des sables
  Le Plan déchiqueté
  Les Murs
  Mort anonyme
  La Face d'un autre
  Les Amis
  L'Homme-boîte
  Rendez-vous secret
  L'Arche en toc
  Cahier kangourou

AUTEUR DES MOIS DE JUIN & JUILLET 2015

Kōbō Abé (安部 公房) est un écrivain japonais né le 7 mars 1924 à Tokyo.

Il est fils de médecin et passe son enfance en Mandchourie. Il fera lui-même des études de médecine qu'il ne mènera pas à terme et les figures médicales peuplent ses romans.

A partir de 1945, il fut un militant communiste actif, soucieux de promouvoir la littérature dans les milieux ouvriers. Mais il fut exclu du parti en 1962, ses doutes quant aux bienfaits d'une société omnipotente s'accordant peu à la ligne du parti.

Les thèmes récurrents de ses œuvres sont les relations complexes entre individu et société, apparence et réalité, image sociale et intégrité personnelle.

Le sexe est toujours présent, sous des aspects crus, non conventionnels et non sereins.

Ses personnages n'ont pas de famille, n'attendent pratiquement rien d'autrui et ne fréquentent que peu de personnes volontairement, en des relations généralement sexuelles. Les autres relations, réduites au maximum, sont strictement obligatoires (travail, voisinage etc.)

Abé Kōbō meurt à Tokyo d'une crise cardiaque en 1993.

Cahier kangourou - Kôbô Abé

L'absurde pour l'absurde n'est que ruine du roman
Note :

   Titre original: Kangaruu noto, カンガルー・ノート (1991)
   
   "Ça devait être un matin comme les autres" et pourtant, le narrateur dont on ne connait pas le nom (comme dans Rendez-vous secret), découvre un matin que ses jambes sont couvertes d'une sorte de luzerne — alfalfa pour la traduction française). Au lieu de se rendre au bureau où son projet personnel se réduisait à ces deux mots "Cahier kangourou" il va consulter un dermatologue. Celui-ci s'avère peu empressé de se pencher sur son cas qui le fait vomir, et c'est parti pour un curieux road movie !
   
   Le narrateur, allongé sur un brancard sophistiqué, quitte l'hôpital, erre dans la ville et tombe en panne devant un immeuble en construction : faut-il appeler les urgences, la police municipale où la fourrière s'interroge le chef de chantier. Après ce bref moment de comédie, le lit automobile se retrouve sur rails pour traverser un tunnel et puis errer sur les rives de la rivière Sai aux berges puantes fréquentées par des pêcheurs de seiche. Dans cet environnement sordide, digne des enfers et du Styx, on évoque un possible traitement thermal auquel le dermatologue aurait destiné l'homme aux jambes légumières. A l'occasion de l'achat d'un pantalon dans un grand magasin, notre homme qui a oublié son portefeuille au cabinet médical tombe miraculeusement sur l'infirmière de l'hôpital, et elle l'accompagne dans son errance ; il s'ensuit la rencontre de jeunes enfants qui interprètent des chants traditionnels funéraires et un court dialogue avec l'ombre de sa mère. Un chercheur américain qui fait une thèse sur les accidents, confond la kinésithérapie avec le karaté, le propulse brutalement à l'hôpital. Le roman se déroule désormais au milieu de malades en phase terminale ; certains évoquent l'euthanasie, d'autres pensent à s'enfuir.
   
   L'auteur qui était sans doute déjà gravement malade quand il rédigeait ce roman — il est décédé l'année suivante — additionne les thématiques liées à la maladie, à l'hôpital, à la fin de vie, et aux enfers. Mais la façon dont c'est traité, et particulièrement l'absurdité de bien des épisodes, enlève quasiment tout intérêt au sujet, du moins est-ce ce que j'ai ressenti. Ni perspective humaniste ni ouverture philosophique : une lecture dispensable.
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critique par Mapero




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Toujours plus fou
Note :

   Abé Kobo est à la dinguerie, au cauchemar mis en scène, ce que Patrick Modiano est à la mémoire défaillante. Il nous rejoue en permanence le même pitch : la dinguerie la plus folle, le cauchemar le plus improbable. Il fait très fort dans ce "Cahier Kangourou" avec un homme qui se rend peu à peu compte que ses mollets se couvrent d’une "toison" d’... . alfalfa, une espèce de luzerne consommée semble – t – il au Japon. La quatrième de couverture fait remarquer que Kobo Abé est mort moins d’un an après la parution de ce qui fut son dernier roman, remarque pertinente.
   
   Une fois la situation cauchemardesque installée, Kobo Abé déroule une histoire comme elle vient, prenant en compte tout ce qui peut survenir dans une telle... improbable... situation. Dermatologue, hôpital, infirmière déjantée, médecin étrange ; un cauchemar vous dis-je ! Exactement les sentiments qui peuvent subsister après un cauchemar particulièrement précis dans ses détails.
   
   Le médecin qui l’examine envisage comme thérapie une cure thermale, qui semble mener droit en enfer (Kobo Abé n’impose pas vraiment de frein à sa solide imagination)...
   
   "- J’en arrive à une conclusion on ne peut plus banale, mais je crois que dans l’état où vous êtes, la seule chose à faire pour vous est une cure thermale. Il vous faudrait une source sulfureuse. La plus puissante possible.
   Comme en enfer...
   Oui, comme en enfer..."
   

   Et que croyez-vous qu’il advint ? Et un petit tour vers les enfers, un ! Et des personnages toujours plus dingos, et un lit qui se déplace tout seul... Kobo Abé s’y entend pour instaurer le malaise. Et pour ne pas vraiment terminer ses histoires. Notamment celle-ci.
   En fait si, une dernière page intitulée "Extrait de presse" clôt l’affaire :
   "Un corps a été découvert dans l’enceinte d’une gare abandonnée. Ses mollets étaient lacérés de multiples coups de rasoir. A première vue, on pourrait supposer qu’il s’agit d’un suicide advenu au terme de multiples tentatives successives. Mais la cause du décès n’est pas claire. Les enquêteurs envisagent aussi bien l’hypothèse du crime que celle de l’accident. Ils espèrent pouvoir rapidement identifier la victime."
   

   Alors oui effectivement il y a une fin, mais sous la forme d’un sacré raccourci. L’ombre de la folie plane sur "Cahier Kangourou"...

critique par Tistou




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