Lecture / Ecriture
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Caresser les chiens morts de Jan Thirion

Jan Thirion
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Jan Thirion est un écrivain français né en 1952 et mort en 2016.

Caresser les chiens morts - Jan Thirion

Jubilatoire !
Note :

   Il est plus dangereux de s’approcher de canidés vivants et hargneux que de caresser des chiens morts !
   Son ami Julien n’a pas que de mauvaises idées, comme celle de jouer à la belote boxée et de s’enivrer. Non parfois, il souffle à Gaétan des petits trucs qui peuvent l’aider à sortir de la panade. Car Gaétan a besoin d’argent (comme tout le monde me direz-vous) afin de s’installer et trouver du travail qui rapporte.
   
   Eric Labalait (un nom qui suscite les sarcasmes), policier attaché au commissariat de Saint-Gaudens, lui aussi a besoin d’argent pour des raisons familiales. Alors il extorque des taxes auprès de clients de prostituées, leur démontrant qu’il vaut mieux s’acquitter d’une petite somme de 100 euros cash et en liquide, au lieu des 3750 qu’ils encourent et les deux mois de prison s’il leur met un P.V., et se paye en nature auprès des racoleuses. Avec deux de ses collègues il traque aussi des détrousseurs de mobiliers qui s’introduisent illégalement dans les maisons sans l’aval des propriétaires et s’emparent des meubles pour des reventes auprès de brocanteurs, antiquaires et collectionneurs peu scrupuleux.
   
   Gaétan, suite à une indiscrétion de Julien qui a été hébergé pour des travaux chez une dame le plus souvent seule, son mari effectuant de nombreux déplacements, s’introduit chez cette dame en l’absence de celle-ci et s’empare d’une liasse de billets qu’elle cache dans un pot dissimulé derrière un lavabo. Seulement son chapardage, réalisé dans une propriété gardée par des molosses, se clôt par des morsures, ce qui l’handicape sérieusement.
   
   Alerté Eric se rend sur les lieux du vol et reconnait en la femme spoliée Fiona, son amour de jeunesse, pianiste et quasi aveugle. Les souvenirs affluent et il aimerait bien renouer, seulement Fiona préfère garder, momentanément, ses distances.
   
   Gaétan pense avoir trouvé un travail de VRP, déniché sur un journal de petites annonces, proposant aux personnes âgées un appareil soi-disant révolutionnaire mais qui est une véritable arnaque.
   
   Entre Gaétan et Eric débute une histoire dans laquelle leur parcours va connaître des entrelacements, notamment chez une vieille dame qui perd quelque peu ses esprits. Elle remet à ses visiteurs des piastres indochinoises datant de la fin des années 40, qui théoriquement sont des porte-bonheur, parlant de lingots, secret qu’il ne faut surtout pas dévoiler. Pas des fayots ou des mogettes, mais des lingots d’or qui dorment depuis des décennies chez elle et que son mari aurait récupérés lors de la débâcle vietnamienne. Et ces lingots attisent naturellement les appétits.
   
   Saint-Gaudens, petite ville paisible en apparence, sert de décor à cette histoire qui se déroule également à Gruissan, sur la plage où eut lieu le tournage de 37,2 le matin, un film de Jean-Jacques Beinex d’après le roman de Philippe Djian. Mais le décor ne fait pas tout, Jan Thirion le sait, et ce sont ses personnages qui alimentent l’intérêt du lecteur. Des personnages en marge, malgré que l’un d’eux soit policier, qui pour garnir leur portefeuille, non pas dans un goût de lucre mais par nécessité, se montrent minables et attendrissants à la fois, naïfs aussi, malléables, sur lesquels il est difficile de jeter la pierre (ou les lingots) et qui se retrouvent de l’autre côté de la barrière par moment d’inattention, d’inadvertance, sans vraiment réaliser (quoique) qu’ils deviennent des marginaux.
   
   Le sous-titre de ce roman, s’il n’avait déjà été emprunté par Jean-François Vilar pour son roman éponyme publié au Seuil d’après une citation de Natalia Ivanovna Sedova, la seconde épouse de Trotsky, aurait pu être : Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués.

critique par Oncle Paul




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