Lecture / Ecriture
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Sur les falaises de marbre de Ernst Jünger

Ernst Jünger
  Héliopolis
  Sur les falaises de marbre
  Orages d'acier
  Le Boqueteau 125

Ernst Jünger est un écrivain allemand né en 1895 et décédé en 1998.

Sur les falaises de marbre - Ernst Jünger

Je suis un garçon (eh oui !)
Note :

   Cécile (en panne de lecture) : Dis, je peux t'emprunter un livre ?
   N. (inquiet) : Humpf, voui... Mais ne va pas mettre du chocolat sur les pages ! Tu veux lire quoi ?
   Cécile (décidée) : Euh, ce roman...
   N. (avec hauteur) : Tu ne peux pas le lire.
   Cécile (interloquée) : Pourquoi ?
   N. (avec assurance) : Parce que c'est un livre d'homme.
   Cécile (estomaquée) : Tu te moques de moi ?
   N. (logique) : Tu portes des jupes, non ? Ton sac est rose, c'est cela ? Tu as pleuré lors du dernier épisode de la saison 2 de Grey's anatomy ? Conclusion : tu es une fille. Donc ce roman n'est pas pour toi.
   Cécile (déterminée) : Fariboles que tout cela, je peux lire n'importe quoi, moi monsieur !
   
   J'ai fini par l'emporter et j'ai lu Sur les falaises de marbre d'Ernst Jünger. Ce roman raconte l'histoire d'une invasion, le récit de la confrontation entre la barbarie et la culture. Ernst Jünger invente un pays formé de trois régions : la forêt, une zone barbare, violente et guerrière, la plaine, peuplée de tribus simples et païennes, attachées à l'honneur, et enfin, la Marina, installée sur la côte, une civilisation raffinée. La Marina et la plaine sont séparées par des falaises de marbre sur lesquelles est perché un Ermitage, refuge du narrateur et de frère Othon qui se consacrent à la botanique et observent avec inquiétude les changements qui s'annoncent. Car le Grand Forestier a des visées conquérantes sur les autres régions et ses armées passent leur temps en pillages et destructions.
   Face à cette menace, les habitants de la plaine puis de la Marina s'organisent, mais la barbarie gagne chaque jour du terrain et le narrateur craint d'assister aux derniers jours d'un âge d'or.
   
   « Sur les falaises de marbre », publié en 1939, a été interprété comme une critique du nazisme, ce dont je ne doute pas. Non, Jünger n'est pas nazi, mais parce que ses valeurs et son éducation lui font mépriser le manque de culture et la vulgarité des chemises brunes.
   Effectivement, « Sur les falaises de marbre » est un livre d'homme. Le roman d'Ernst Jünger est marqué par une exaltation de l'honneur militaire, par un mélange de paganisme et de christianisme, par l'omniprésence, tantôt menaçante, tantôt exaltante, du lien qui unit l'homme et la nature, par le culte viril et par le souvenir de l'aristocratie militaire du Saint Empire.
   L'écriture est belle, parfois délicate quand elle s'attache à magnifier la beauté de la nature, mais elle est aussi violente et sanglante. Les combats m'ont fait frémir et j'ai souvent été imperméable à ce récit presque uniquement peuplé d'hommes allant à la rencontre de leur destin, conscients de leur devoir et prêts à mourir pour lui.
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critique par Cécile




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Niveau 1 de la vie politique
Note :

   Dans ce roman publié en 1939, juste avant le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, le lecteur appréhende un ensemble de territoires bien particuliers : la Marina, une zone viticole, la Campagna, région de pâturages où vivent des bergers qui mènent et surveillent leurs troupeaux selon les traditions ancestrales, et, enfin, les grandes forêts où gouverne le Grand Forestier, qui mène d’une main de fer une vaste tribu particulièrement belliqueuse.
   
   Le narrateur, ancien soldat, s’est installé avec son frère dans une demeure isolée au voisinage des falaises de marbre qui surplombent la Marina.
   
   Cependant, le Grand Forestier et sa tribu deviennent menaçants pour les populations alentour, et en particulier pour les habitants de la Marina. Cette menace sème la terreur parmi les paisibles viticulteurs de la Marina, qui ressentent une pression capable de détruire leur milieu de vie. C’est ce qui se passe finalement lorsque les hordes du Grand Forestier se jettent sur la Marina, détruisant les installations, pillant les ressources et incendiant la région.
   
   Le narrateur et son frère ont soutenu le reste de la population de la Marina, mais, au terme du désastre, ils s’embarquent pour gagner la région d’Alta Plana.
   
   Ce livre fournit donc le récit d’une forme de conflit primitif entre des populations voisines, qui ne partagent aucun lien entre elles et pratiquent des modes de vie radicalement différents. Le lecteur y ressent puissamment l’appel de la nature et la hantise du conflit.

critique par Jean Prévost




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