Lecture / Ecriture
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Improvisations sur Michel Butor de Michel Butor

Michel Butor
  L’Emploi du temps
  Improvisations sur Michel Butor
  Par le temps qui court

Michel Butor est un écrivain français pilier du Nouveau Roman, né en 1926 et mort le 24 août 2016.

Improvisations sur Michel Butor - Michel Butor

On n'est jamais mieux servi que par soi-même
Note :

   Sous-titre: L'écriture en transformation
   
   Michel Butor, né en 1926 est connu pour son roman "La modification" paru en 1957. Il cessera d'écrire des romans peu de temps après pour se consacrer à des essais, des récits de voyages, de rêves, de lieux, des livres avec des artistes peintres, de la poésie, cherchant à innover à créer des objets. Il a été professeur de langue française à l'étranger, de l'Egypte aux Etats-Unis, puis à Genève. En tant que professeur, pour "distinguer [ses] casquettes" et "ne pas confondre le professeur et le littérateur", Michel Butor s'interdit de parler de ses livres. A l'approche de la retraite, ainsi qu'il l'explique dans la préface, ses collègues lui ont proposé de faire le pas et de raconter la littérature et le processus de création littéraire depuis la Seconde Guerre Mondiale en illustrant son propos avec ses propres écrits. Ce sont ces improvisations enregistrées puis retranscrites qui sont présentées dans ce recueil.
   
   Comme beaucoup, je connais Michel Butor par "La modification", roman lu il y a longtemps. Je ne savais pas ce qu'il écrivait depuis, mais après la lecture de ses conférences, j'ai très envie de découvrir ses écrits. Il commence par la guerre et son désir de jeune homme de lire, mais "le savoir était confisqué. Le savoir était quelque chose qui avait existé autrefois et qui existerait peut-être encore un jour, mais pendant ces années-là c'était la nuit et le mensonge." (p. 16), puis à la fin de la guerre le fossé se creuse entre les générations, les gens d'un certain âge veulent oublier et revenir à ce qu'ils avaient vécu avant et les plus jeunes veulent dépoussiérer l'empire colonial, découvrir d'autres horizons. Pendant la guerre, Michel Butor réussit à intégrer un groupe d'intellectuels qui se réunit en secret, dans lequel il se liera avec Michel Carrouges son "initiateur en surréalisme" qui lui fera connaître entre autres André Breton.
   
   Puis, professeur de français à l'étranger, Michel Butor écrit, se pose des questions et cherche des réponses sur sa manière d'écrire. La longueur des phrases par exemple, lui qui en fait de très longues que certains lui reprochent : "j'ai étudié la littérature française pour voir si nos grands écrivains écrivaient toujours avec des phrases courtes. Il suffit de poser la question pour s'apercevoir que cette histoire de phrases courtes, c'est un mirage entretenu pour des raisons idéologiques qu'il vaudrait la peine d'étudier, mais qu'en réalité les grands écrivains ont toujours su utiliser des phrases longues quand ils en avaient besoin." (p.91) Suit alors une étude de quelques pages sur l'utilité de construire de longues phrases, sur la manière de les écrire, d'agencer les mots en icelles, voire même de les présenter dans le livre. Et ainsi de suite, Michel Butor explique sa vision de la littérature et sa création littéraire.
   
   C'est un bouquin passionnant sur de nombreux sujets, parfois un peu moins mais, ce n'est pas grave, j'ai passé les quelques rares passages qui ne m'intéressaient pas. Les paragraphes sur la traduction, sur les différentes langues avec notamment des explications des livres de James Joyce ou de Samuel Beckett sont extraordinaires. J'aurais pu aussi parler des voyages de Michel Butor, de sa volonté de les écrire de manière très personnelle, de ses avis sur l'Europe (de 1993), de son amour pour la musique, la peinture, les arts en général et sa manière d'en parler ou de les écrire et les décrire, mais je vous laisse découvrir tout cela dans ce petit bouquin, format poche, 310 pages, aérées, coupées en chapitres très "paragraphés", ce qui fait qu'on peut le lâcher et le reprendre aisément sans perdre le fil. Un ouvrage à poser pas loin dont on grappille des pages entre deux autres livres et qui donne envie de lire d'autres livres de l'auteur. Pas sexy a priori, c'est un livre qui se découvre avec grand plaisir.

critique par Yv




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