Lecture / Ecriture
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Tous les mots sont adultes de François Bon

François Bon
  Tous les mots sont adultes
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  Proust est une fiction

François Bon est un auteur français, né en 1953.

Tous les mots sont adultes - François Bon

L'atelier ouvert
Note :

   C'est en 2000 que parut la première édition de ce livre dans lequel l'auteur fait partager son expérience d'animateur en atelier d'écriture. Parler d'expérience à son sujet n'est pas exagéré car si aujourd'hui l'atelier d'écriture est devenu denrée commune (on en trouve jusque dans les Vosges, c'est-à-dire partout), François Bon a été un des pionniers de sa pratique. On peut d'ailleurs être méfiant devant cet engouement qui a parfois des implications mercantiles. On peut ne pas se satisfaire de l'animateur qui se contente de balancer quelques vagues perecqueries à imiter en pâture à ses stagiaires. Du Perec, bien sûr, il en faut, on ne peut s'en passer et François Bon lui rend hommage dès le premier chapitre. C'est Perec qui nous apprend à transformer notre environnement immédiat en littérature bien au-delà de la simple nomenclature, et à charger l'écriture la plus neutre en apparence de données intimes. François Bon rappelle cela mais va bien au-delà : en quatre ans, il a enrichi certaines pistes, en a découvert d'autres, ce qui l'amène à recomposer son travail, en l'appuyant sur de nouvelles pratiques, sur de nouveaux auteurs. Parce que c'est le texte de départ qui conditionne tout : "c'est en sachant avec précision sur quoi on [s]'appuie dans la littérature qu'on saura utiliser, ou inventer à son tour ses propres appuis." Et c'est dans le corpus de textes qu'il propose comme générateurs - le copieux index final en fait foi - qu'il impressionne vraiment. Les habitués de son tierslivre en ligne y reconnaîtront ses auteurs de prédilection, Perec, Kafka, Proust, Balzac, Bergounioux*, Blanchot (à qui l'on doit la formule du titre), Sarraute, Koltès, Gracq, Michaux, Novarina (que je découvre et qui vaut le détour) mais aussi Apollinaire, Rilke, Handke, et des tas d'autres, des inconnus, des gens qu'on ne s'attend pas à trouver chez lui (Giraudoux, Paul Morand, Henry James...). Ils y reconnaîtront aussi ses préoccupations qui font de l'écriture un processus vital, ses notions de surgissement, de rebond, de rapport au monde, de pli, de déploiement, son souci de ne rien laisser au hasard (importance de la mise en page, du blanc, des majuscules, de la ponctuation). Les exercices proposés sont innombrables et les résultats obtenus, vérifiables par les extraits des textes écrits par les participants, parfois remarquables.
   
   Le lecteur enseignant est tenté de ne pas faire une lecture désintéressée de ce livre. Il se dit qu'il y a peut-être des choses à prendre pour sa pratique professionnelle, des expériences à tenter. J'en ai relevé. Mais le cours n'est malheureusement pas un atelier. Un atelier, dans mon esprit tout au moins, c'est un endroit où l'on fabrique des choses nobles, avec soin. C'est un endroit où on sent l'amour du métier, de la matière, du geste. Ce que je vis tous les jours est plus du domaine du chantier que de l'atelier : on arrive le matin avec sa brouette, on distribue les casques parce qu'il importe avant tout de ne pas se blesser et de ne blesser personne, on constate les dégâts survenus depuis la dernière fois, on tend le dos sous la menace de l'inspection du travail prompte à la chicane et on est content à la fin de la journée si on a réussi à aligner deux ou trois briques (un mot, un nom, une phrase, une pensée).
   
   Précision 1. "Dans cette compilation des romans de Perec [le volume Pochothèque], on a évincé Espèces d'espaces, texte de référence, texte atelier, qui les nourrit, en fait rebondir les procédés, croise leurs enjeux. Peut-être parce qu'on l'a trop confondu avec un carnet de travail, une suite d'ébauches ?" (p. 25). En fait, Bernard Magné avait signé, il le rappelait lors du dernier séminaire, un contrat pour deux volumes Pochothèque. Espèces d'espaces était prévu pour figurer dans le second qui ne verra jamais le jour à cause de la réticence des éditeurs d'origine (dont Galilée pour Espèces d'espaces) à "lâcher" leurs textes.
   
   Précision 2. Le beau-frère de Flaubert, mari de sa soeur Caroline, était Emile Hamard, et non Alfred Hamard (p. 242). Je suis imbattable sur les maris de Caroline.
   Précision 3. François Bon est Notulien**
   
   * Ceux qui ont vu pour la première fois, comme moi, Pierre Bergounioux à la télévision ce matin dans l'émission le Bateau livre ne sont pas près de l'oublier. Ils ont vu comment un exercice de banale promotion (pour ses Carnets de notes édités chez Verdier) peut se transformer en moment de grâce pure quand y consent un homme qui vous balance, comme ça, dans la conversation, des phrases parfaites, lumineuses, fulgurantes, avec la même facilité que celle dont vous faites preuve quand vous enfilez vos pantoufles. Un homme d'une exigence envers lui-même parfaitement sidérante, pour qui la lecture, l'écriture et l'étude ne forment qu'un "effort désespéré pour [se] purger de l'ignorance monstrueuse dont [il est] affligé." A l'écrit, ça peut sembler pompeux - c'est pour ça que je ne suis pas sûr d'avoir envie de lire Bergounioux - mais balancé ex abrupto dans une discussion, ça a de la gueule.
   
   ** Abonné aux Notules, site de P. Didion (voir dans les liens)

critique par P.Didion




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