Lecture / Ecriture
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La déclaration de Lydie Salvayre

Lydie Salvayre
  La méthode Mila
  Passage à l’ennemie
  Portrait de l'écrivain en animal domestique
  La puissance des mouches
  7 femmes
  BW
  Pas pleurer
  La conférence de Cintegabelle
  Les belles âmes
  La déclaration
  La compagnie des spectres
  Tout homme est une nuit

Lydie Salvayre est une écrivaine française née en 1948. Elle exerça la psychiatrie pendant plusieurs années, avant de vivre de sa plume.
Elle a obtenu
Le Prix Novembre en 1997 pour "La Compagnie des spectres"
Le Prix François Billetdoux en 2010 pour "BW"
Le prix Goncourt en 2014 pour "Pas pleurer"


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La déclaration - Lydie Salvayre

Déclaration de talent
Note :

   Ce roman est le premier publié par notre Prix Goncourt, Lydie Salvayre. Elle exerçait alors comme médecin psychiatre et a certes utilisé ses connaissances pour animer cette tranche de vie d'un homme submergé par la colère, la révolte contre son sort. Mais a-t-il raison de se plaindre des autres, ou est-ce en lui qu'est le venin?
   
   Ce qui frappe dans ce premier roman, c'est que l'auteure manifestait déjà un style saisissant qui affirmait immédiatement son emprise totale sur le lecteur qui avait osé tenter l'aventure. La première constatation donc, c'est cette maitrise bluffante du style. Nous sommes en 1990 et il vous faudra donc remplacer le Minitel par l'Internet, mais elle avait aussi déjà tout compris des pouvoirs de la chose. Bien plus vite donc, que la plupart.
   
   Le récit commence bel et bien par une déclaration... de désamour. Le narrateur s'adresse à sa femme et c'est une description précise et détaillée de tout ce qu'il ne supporte plus en elle : a savoir, à peu près tout, jusqu'au bruit de sa respiration ; tout en elle le dégoûte (sans qu'il paraisse y avoir de vraie raison). Le lecteur se dit qu'il faut vite que sa femme fuie cet être destructeur (au lieu d'être la bonne épouse qu'elle s'acharne à être) et c'est justement ce qu'elle vient de faire. Elle l'a quitté. Mais il ne le supporte pas davantage. Il hait autant sa perte que sa présence. En fait, cet homme instable, malheureux et destructeur, sécrète la haine (de presque tous) par tous les pores. Cette haine ravageuse trouve ses racines dans une enfance mal vécue (bien sûr, on est chez une psychiatre quand même) et va croissant, "bouffant" tout sur son passage. Arrivée à ce point extrême, son épouse va donc le quitter mais loin de le libérer, lui qui ne la supportait plus, cet abandon va entrainer en avalanche l'extension du domaine de la haine et la destruction de son porteur.
   
   Une histoire rarement traitée. Des sentiments finement explorés et exposés avec beaucoup de justesse en un récit qui reste un roman captivant. Un développement crédible. Le tout porté par une écriture efficace et belle, voilà ce que nous offrait Lydie Salvayre dès son premier roman. On ne s'étonne pas de la suite des évènements...
   
   "Je découvre la méchanceté. Je l'explore comme une terre nouvelle tout en sachant que je m'y perdrai, qu'il n'y a pas de retour possible. Je m'approche chaque jour du désastre dans une exaltation d'ivrogne. Je l'accable de reproches de plus en plus fantasques, de plus en plus injustes. Pourquoi achètes-tu du beurre salé? Pourquoi fais-tu cuire ces œufs à l'huile d'olive? J'en perds le contrôle sur les nerfs. Je suis à l'affut de ses tares physiques ; la moindre de ses rougeurs me donne la nausée. Certains détails de son être me deviennent si insupportables que je crains par moment qu'ils ne me rendent fou. Le bruit de sa mastication soulève en moi une haine ivre, hallucinée. Je finis par m'enfoncer des boules Quies dès que je suis en sa présence. Je suis fou, Henriette, je suis fou."

critique par Sibylline




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