Lecture / Ecriture
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Incandescences de Ron Rash

Ron Rash
  Un pied au paradis
  Serena
  Le monde à l'endroit
  Une terre d'ombre
  Incandescences
  Le Chant de la Tamassee
  Par le vent pleuré

Ron Rash est un auteur américain de poèmes, de nouvelles et de romans né en 1953.

Incandescences - Ron Rash

Bonnes nouvelles des Appalaches
Note :

   Ron Rash, né en Caroline du Sud en 1953, titulaire d’une chaire à l’Université, écrit des poèmes, des nouvelles et des romans. Son premier roman paru en France en 2009, "Un pied au paradis", a fait forte impression et "Serena" en 2011, l’impose comme l’un des grands écrivains américains contemporains. Son dernier ouvrage, "Incandescences", vient de paraître.
   
   Il s’agit cette fois, d’un recueil de douze nouvelles. Dans des décors sauvages, les Appalaches, à des saisons diverses, sous la neige épaisse ou en période de sécheresse, et des époques différentes, durant la guerre de Sécession ou la fin des années cinquante, Ron Rash trousse de magnifiques histoires mettant en scène les humbles, ceux qui se débattent entre la misère et la violence pouvant aller jusqu’à donner la mort. Des portraits attachants, pour le meilleur comme pour le pire, ici on vole des œufs pour pouvoir manger, là un fils drogué vole ses parents ; des pilleurs de tombes, un pyromane, un vieil homme hors-la-loi poursuivi par un ranger des parcs nationaux, un guitariste de rock dans un bouge minable…
   
   Au fil de votre lecture, vous passerez de la violence froide (Les Temps difficiles) à l’humour noir (Des confédérés morts), de l’incertitude (Incandescences) à l’humour désespéré (Etoile filante), à moins que l’écrivain ne s’essaye au genre poétique (L’Envol). Soyons néanmoins lucides, tous les textes ne sont pas du même niveau, un ou deux (Retour) m’ont laissé sur ma faim. L’écriture est toujours impeccable, même quand l’auteur adopte un langage "bouseux" pour certains dialogues.
   
   Le temps nous semblait long depuis "Une terre d’ombre", bouquin paru l’an dernier, Ron Rash nous donne de ses nouvelles, elles sont bonnes et nous attendons donc son prochain roman avec impatience.
   
    "Sa grand-tante était née sur cette terre-là, y avait vécu huit décennies, et la connaissait aussi bien qu’elle connaissait son mari et ses enfants. Voilà ce qu’elle avait toujours soutenu, et elle était capable de vous annoncer à la semaine près quand la première fleur de cornouiller illuminerait la crête, la première mûre serait assez noire et ronde pour être cueillie. Puis son esprit s’était égaré en un lieu où elle n’avait pu le suivre, emportant avec lui tous les gens de son entourage, leurs noms et les liens qui les unissaient, s’ils vivaient encore ou s’ils étaient morts. Mais son corps s’était attardé, dépouillé d’un être intime, aussi vide qu’une carapace de cigale."

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critique par Le Bouquineur




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Contrastes brûlants
Note :

    Ron Rash fait partie des grands auteurs américains contemporains. Né en 1953 en Caroline du Sud, il a choisi la nouvelle comme genre littéraire à son dernier ouvrage.
   
    Avec certaines nuances dans la qualité, elles possèdent toute le style Ron Rash dont l'écriture nette nous transporte sur ces terre oubliées du rêve américain.
   
    Nourries de la nature brute et sauvage des Appalaches, qu'il connaît bien, les nouvelles racontent à des périodes et des saisons différentes la vie de gens pauvres tous porteurs de valeurs humaines, mais qui malgré eux sont confrontés à leur délitement.
   
    De la guerre de Sécession en passant par les années 50, les personnages depuis leur naissance se battent pour survivre, dans la misère et la violence, la mort devient parfois nécessaire.
   
    Beaucoup de misère et des destins qui basculent dans le meilleur comme dans le pire. On y vole des œufs pour ne pas mourir de faim, on pille des tombes pour soigner sa mère.
   
    Du courage et une certaine pugnacité pour s'en sortir malgré la Grande Dépression qui a plongé les habitants de cette contrée dans la plus grande des misères.
   
    Et puis, la chute de ces êtres perdus à qui il n'a pas été beaucoup donné.
   
    Beaucoup de méthamphétamine pour aider à se sortir d'un quotidien sans horizon. La nouvelle "l'Envol" bouleverse par l'amour de ce petit garçon pour ses parents perdus dans la déchéance de la drogue. Un style poétique pour une fin terrible, un amour impossible à donner.
   
    Dans ces nouvelles, Ron Rash nous transmet l'esprit de la culture ancienne difficile à concilier avec la société moderne dans laquelle toutes les valeurs ont été bousculées.
   
    Un livre poignant, très fort pour connaître les contrastes qui font l'Amérique.
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critique par Marie de La page déchirée




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12 nouvelles pas gaies-gaies
Note :

   Incandescences est ma première incursion/immersion dans l'univers de Ron Rash, auteur américain déjà reconnu de la planète littéraire (et je ne parle pas de notre blogosphère très attentive à ses moindres sorties.).
   
   Bref tout cela pour vous dire, qu'Incandescences fut un choix raisonnable et de bonne facture.
   
   Douze nouvelles pas gaies-gaies, où on tangue dans la douce folie humaine, sans à-coups. Tout cela est inspirant et tout à fait agréable à lire.
   
    Je serai plus précise : j'ai mis à chaque nouvelle un temps certain (plusieurs pages) à entrer dans la prose de l'auteur (voire à relire les premiers passages de chaque intrigue parce que mon cerveau/attention était vagabond/n'était pas au rendez-vous).
   
    Mais j'ai tenu bon à chaque fois, sans regrets. Les récits sont inégaux : ce n'est pas lié à l'écriture (directe, intelligente, incisive) mais peut-être à l'ambiance assez Middle West (au phrasé chantant et écorchant la langue, nécessitant une belle concentration de la part du lecteur/ de la lectrice). Il y a aussi une introduction des personnages sans rappel : on devine les liens au cours de l'intrigue. Bref, l'écriture de Ron Rash est exigeante et ne convient pas aux têtes trop en vacances. Tout cela concourt à marquer un univers aussi rude historiquement (la guerre de Sécession, l'émancipation féminine) que socialement (la pénurie de nourriture, la séparation, le quart-monde) : un grain de sable/de folie arrive et tout part en vrille (ce même sentiment se retrouve dans Les nouveaux sauvages, un film violent mais exceptionnel de Damián Szifrón. Ici, je rassure de suite les âmes sensibles : Ron Rash nous épargne les scènes de torture psychique ou physique. Mais la façon qu'a chaque héros/héroïne de partir en live est identique et authentique, aidée parfois par un usage trop soutenu d'expédients hallucinogènes.
   
    Dans "Incandescences" donc, vous trouverez entre autres une chasse aux œufs tristounette (Les temps difficiles), des libérés peu reconnaissants (Le Bout du Monde), un cimetière enrichi (Des confédérés morts), un envol aérien ou planant à plusieurs chutes (excellent L'envol), une Ruth à l'affut (La femme qui croyait aux jaguars), une Marcie qui espère un peu de répit météorologique après un second retour de flamme (Incandescences), un Jesse motivé à pérenniser une habitude agricole familiale coûte que coûte (Dans la gorge), une splendide Étoile filante qui m'a serré le cœur tout le long (un récit juste sublime : rien que pour cette histoire, il faut lire Incandescences), L'oiseau de malheur qui porte bien son nom ou bien une Lily tricoteuse et déterminée à sauver sa peau (Lincolnites).
   
    Des Incandescences sombres, sinistres, terriblement humaines et touchantes... à s'en brûler les doigts.
   
    Et à lire à tête reposée mais concentrée !

critique par Philisine Cave




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