Lecture / Ecriture
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Le bois du Rossignol de Stella Gibbons

Stella Gibbons
  Le bois du Rossignol
  Westwood

Le bois du Rossignol - Stella Gibbons

Un conte de fée détourné
Note :

   On a comparé Stella Gibbons à Jane Austen. Elle n’en a pas, à mon avis, l’immense talent, la causticité, l’art d’épingler à travers le dialogue et l’attitude de ses personnages leur ridicule, leur vanité ou le vide de leur existence. Mais… mais elle manifeste incontestablement de l’ironie envers ses personnages et si, l’on se sent parfois en pleine romance, une petite remarque d’apparence anodine vient remettre chaque chose ou plutôt chaque être à sa juste place, là où il devrait être dans cette société anglaise des années 1930 très hiérarchisée où chacun est considéré en fonction de sa fortune et de son milieu social.. Ajoutez y aussi une petite touche de féminisme qui rend le roman bien intéressant pour l'époque!
   
   Ainsi Victor Spring, riche héritier, célibataire convoité par toutes les midinettes de la région, se révèle un homme tout à fait quelconque si l’on fait abstraction de sa fortune qui le pare de qualités qu’il n’a pas! Il est absolument dépourvu de romantisme, d’imagination, de sensibilité artistique, fait preuve de pragmatisme et d’un matérialisme affirmé :
   "Ses goûts étaient simples : il voulait le meilleur et en permanence."
   

   Le palais des contes de fée ressemble à un décor d' opérette démodée où tout est réglé selon "l’exigence permanente d’efficacité de Victor". Il aime l’argent pour le dépenser de manière ostentatoire. Il aime les femmes mais n’est pas prêt à épouser les bergères!
   
   Quant à celle qui joue le rôle de Cendrillon, Viola Wither, veuve et sans le sou, elle est frivole et inculte et manque de ce que l’on attend chez une héroïne, intelligence et culture, même si elle porte le nom d’un personnage de Shakespeare! Mais elle se révèle sympathique et attire l’indulgence du lecteur!
   
   Tina Wither, la belle-sœur de Viola, appartient à une famille bourgeoise où l’on cultive aussi l’amour de l’argent mais pour... éviter de le dépenser! Mr Wither, son père, beau père de Viola, ne s’intéresse même qu’à cela et le milieu familial est tout aussi rétréci au point de vue spirituel et culturel! La fantaisie et l'imagination n'y sont pas encouragés!
   "Il est difficile d'obtenir un jardin sinistre, mais le vieux Mr Wither y était parvenu.
   .. il songea que les pâquerettes étaient vraiment une engeance. Il en voyait onze au beau milieu de la pelouse. Il devrait dire à Saxon de les enlever. "
   

   Stella Gibbons s’amuse à prendre le conte de fée à rebours car ici, c’est la "princesse" Tina, qui voudra épouser "le berger", Saxon, jeune homme très beau issu d’une classe sociale misérable… berger! ou plus exactement chauffeur de son père!
   
   Sans avoir le brio, l’humour caustique et ravageur et la profondeur de vue d’une Jane Austen, Stella Gibbons nous plonge donc dans le conte de fée -tout finit bien pour nos amoureux- tout en nous faisant voir les coulisses du conte car ici tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes.
   
   Je viens de lire que Stella Gibbons a obtenu un prix pour son premier roman (que je ne connais pas) "Cold Comfort Farm", distinction qui a attiré les foudres de Virginia Woolf qui la jugeait imméritée! Mais que cela ne vous impressionne pas! Et si vous avez envie d'une lecture plaisante, distrayante et facile mais où transparaît sous la gentillesse, la légèreté et le ton un peu désuet, un regard plus critique que l’on ne croit de prime abord, n'ayez pas peur de Virginia Woolf et lisez "Le bois du rossignol"!
    ↓

critique par Claudialucia




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Les mentalités évoluent...
Note :

   1ere publication 1938.
   
   Aux Aigles, propriété de la campagne anglaise, dans l’Essex, Mr et Mrs Wither, pas riches mais jouissant d’une certaine aisance, vivent avec leurs deux filles : Madge, 39 ans, et Tina 35 ans, célibataires ; l'aînée rêve d'un chien, la cadette d'un mari.
   
   Tina a étudié, notamment dans une école d’art. La voilà presque trop instruite pour s’intéresser à un homme quelconque.
   
   Aux Aigles tout le monde s’ennuie à mourir …
   
   Le papa est pingre, et leur donne peu d’argent de poche ; ces jeunes femmes déjà mûres souffrent de leur dépendance.
   
   Arrive leur belle sœur Viola, veuve de leur frère aîné. Viola a 21 ans, et avait épousé le fils aîné pour quitter son emploi de vendeuse dans un magasin que tenait son défunt père. Viola n’a encore aimé que son père, et ce magasin. peu instruite, elle n’a pas du tout d’argent. Vivre chez ses beaux-parents la déprime sérieusement. Elle va se promener dans le bois du Rossignol. Au-delà se trouve une somptueuse demeure habitée par Victor, (beau garçon, belle voiture) sa mère, et une cousine orpheline ; un riche mariage se prépare…
   
   Le roman est très agréable à lire, souvent satirique et mordant, plus conventionnel vers la fin, mais les histoires d’amour ne sont pas trop romanesques, et les personnages très bien enlevés.
   
   Sauf que je n’aime pas trop le vilain sort réservé à la pauvre Hetty… qui ressemble à la Mary d’Orgueil et préjugés. Pourquoi décrier tant ces filles qui ont voulu se cultiver, et les ridiculiser ?
   
   Evidemment on a envie de comparer avec Jane Austen. Ce sont les mêmes types de personnages qui sont croqués ici. Mais nous sommes en 1938, les mentalités évoluent, et l’on peut dans certain cas envisager une union dans un autre milieu social que le sien. C’est tout l’intérêt d’un tel roman.
    ↓

critique par Jehanne




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Gare aux foutaises !
Note :

   "Il n'admirait les femmes que dans la mesure où elles étaient jolies, dociles et bien habillées. Il devait faire semblant d'admirer leurs autres prouesses, car tout le monde le faisait - au moins en paroles -, mais au fond de lui son opinion était simple et grossière : "Tout ça, c'est de la foutaise". Et quand il se trouvait en compagnie d'autres hommes d'accord avec lui, ils souriaient d'un air entendu, se regardaient et marmonnaient : "Tout ça, c'est de la foutaise". Les femmes intelligentes, les femmes sportives, les femmes artistes - de la foutaise".
   

   Un roman anglais comme je les aime, plaisant, distrayant, moins léger qu'il n'y paraît au premier abord. Paru en 1938, il n'a rien perdu de sa vivacité, de son humour et de sa causticité.
   
   Nous sommes dans la bonne société anglaise des années 30. La jeune Viola Wither est déjà veuve à 21 ans. Son mari Teddy s'était mésallié en l'épousant, au grand dam de sa famille. Pensez donc, une petite vendeuse ! Viola n'est pas très brillante côté réflexion, mais elle n'a plus un sou et se résigne à venir vivre dans la demeure sinistre de sa belle-famille "Les Aigles", où elle est accueillie fraîchement.
   
   De l'autre côté du bois, une autre demeure, nettement plus gaie, habitée par les Spring, une riche famille dont le fils Victor, beau comme un Dieu, gagne énormément d'argent. L'attirance entre Stella et lui est immédiate, mais chut... il faut laisser l'histoire se dérouler à son rythme.
   
   Ajoutez à cela des sœurs, des belles-sœurs, des nièces, des parents, un chauffeur ambitieux et séduisant et vous avez tous les ingrédients pour faire un roman où l'on attend les rebondissements avec impatience, où les hommes n'ont pas forcément le beau rôle et où l'on voit que certaines femmes n'ont pas attendu le féminisme pour faire fi des convenances et voler de leurs propres ailes.
   
   Un roman parfait si vous avez besoin de vous changer les idées.

critique par Aifelle




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