Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Le boogie des rêves perdus de James Lee Burke

James Lee Burke
  Purple cane Road (Dave Robicheaux - 11)
  Le bagnard et autres nouvelles
  Dans la brume électrique avec les morts confédérés (Dave Robicheaux - 6)
  Le brasier de l'ange (Dave Robicheaux - 8)
  Dixie city (Dave Robicheaux - 7)
  Prisonniers du ciel (Dave Robicheaux - 2)
  Une tache sur l´éternité (Dave Robicheaux - 5)
  La rose du Cimarron
  Le boogie des rêves perdus
  Une saison pour la peur (Dave Robicheaux - 4)
  Sunset limited (Dave Robicheaux - 10)
  La pluie de néon (Dave Robicheaux - 1)
  Cadillac juke-box (Dave Robicheaux - 9)
  Bitterroot
  Heartwood
  L'Emblème du croisé (Dave Robicheaux - 14)
  Dernier tramway pour les Champs Elysées (Dave Robicheaux - 13)
  Vers une aube radieuse
  Jolie Blon’s Bounce (Dave Robicheaux - 12)
  La descente de Pégase (Dave Robicheaux - 15)
  Jésus prend la mer
  Black cherry Blues (Dave Robicheaux - 3)
  La moitié du paradis
  Déposer glaive et bouclier
  Dieux de la pluie
  Creole Belle (Dave Robicheaux - 19)
  L’arc-en-ciel de verre (Dave Robicheaux -18)

James Lee Burke est un écrivain américain de romans policiers, né à Houston (Texas) en 1936.
Il vit entre New Iberia (Louisiane) et Missoula (Montana).
Diplômé de littérature américaine, il enseigne à l’université du Missouri.
Après avoir habité longtemps en Louisiane, il réside actuellement à Missoula (Montana)

Le boogie des rêves perdus - James Lee Burke

La prison, l’amitié, l’amour.
Note :

   Eh non ! Pas la Louisiane pour cette fois ! Encore que … finalement, c’est au pénitencier d’Angola, en Louisiane, qu’Iry Paret, guitariste de country louisianais, se lie à Buddy Riordan.
   Mais très vite, Iry Paret sort d’Angola, il revient à temps chez lui pour voir agoniser son père et c’est peu de dire que sa présence n’est pas appréciée de son frère et sa soeur plus «intégrés» dans la société louisianaise. Iry cède donc à l’appel de Buddy, libéré lui aussi et retourné à la ferme familiale, dans le Montana, près de Missoula (où, entre parenthèses, James Lee Burke réside, en alternance avec New Iberia en Louisiane).
   
   Vous voyez où c’est le Montana ? Un Etat tout au nord des USA, plutôt vers l’ouest, dans les Rocheuses, aux paysages sublimes de montagnes sauvages. Si James Lee Burke est d’un lyrisme absolu dans ses épisodes louisianais, je dois dire que le Montana, il a l’air d’aimer, et pas qu’un peu !
   Iry donc se retrouve hébergé dans la ferme dirigée d’une main de fer par le père de Buddy, qui n’hésite à se mettre la population locale à dos en traînant en justice la grosse (et seule) usine papetière locale qui, outre polluer copieusement la vallée fait vivre les trois-quarts de la population.
   
   Il va remettre la main à la guitare pour subsister, faire la connaissance de l’ex de Buddy, et les problèmes vont s’accumuler entre violences vengeresses de la population, drame d'un amour qui le culpabilise, j'en passe et des meilleures. Les choses ne sont jamais ni simples ni blanches ou noires avec Burke.
   
   Il est étonnant d’apprendre que ce roman a été, je crois, le troisième de Burke, avant qu’il ne devienne célèbre avec ses épisodes Dave Robicheaux, et qu’à l’entendre il aurait battu le record des refus des maisons d’édition de New York. Il parle d’une centaine de refus ! Dieu qu’il est beau pourtant. C’est ma troisième lecture du « Boogie des rêves perdus » !
   « La lune s’était déplacée plus loin vers le sud, et je voyais les eaux sombres de la rivière se scinder en rigoles argentées autour des saules pleureurs en bordure des bancs de sable. Les montagnes de chaque côté de la vallée m’apparaissaient maintenant tellement énormrs sous le clair de lune que j’eus la sensation qu’elles allaient m’écraser sous elles. La neige sur les pics lointains était en feu sous l’éclat de la lune au-delà des silhouettes en dents de scie des pins, et à chaque traversée d’un pont enjambant un petit torrent, j’apercevais les rouleaux blancs des eaux cascadant sur les rochers avant de s’étaler en grandes flaques paisibles martelées de dollars de métal à l’extrémité des hauts-fonds. »
   De l’action, des sentiments, des faiblesses coupables, des passages enivrants, il y en a à la pelle. Ce n’est plus un polar, c’est un roman des moeurs à l’américaine (des américains profonds !).
   
   Je laisserai la conclusion à James Lee Burke, via Iry, son héros :
   « J’avais oublié à quel point il était agréable d’être simplement en compagnie de quelqu’un qu’on aime.»
   Une philosophie de vie.
    ↓

critique par Tistou




* * *



Histoire de la vallée
Note :

   Un ancien soldat de la guerre de Corée ayant purgé sa peine de prison pour avoir tué un homme tente de changer de vie en changeant de région.
   
   Iry Paret sort de prison et il n'est pas très bien accueilli dans sa famille. Il assiste à l'agonie de son père, touche une maigre part d’héritage, puis il part dans le Montana retrouver Buddy Riordan un ancien compagnon de cellule. La vie dans la famille Riordan n’est pas réellement de toute tranquillité, entre le père militant écologique avec un peu d’avance, qui veut faire fermer une usine de papier, ce qui mettrait 400 personnes au chômage. Buddy est un brave garçon, un peu tête brûlée quand il a bu et il boit relativement souvent, sans compter les joints et autres produits illicites.
   
   Un soir Buddy et Iry se font passer à tabac, et leur camion est incendié, c’est le début des hostilités. Et comme le shérif n’est pas trop regardant sur la loi et l’ordre, comme les comptes vont se régler avec intérêts, la vallée ne restera pas longtemps un havre de paix.
   
   Iry Paret, guitariste de country, a tué un homme un soir de concert, il semblerait vouloir vivre tranquille, sa peine purgée. Il trouve quelques boulots de guitariste dans des bars à musique, aide les Riordan à la ferme, devient l’amant de l’ex-femme de Buddy, ses cauchemars de la guerre de Corée s’éloignent, enfin la paix? Bien malgré lui, il va être mêlé aux ennuis des gens chez qui il habite.
   
   Buddy Riordan, ancien compagnon de cellule, était pianiste de jazz, avant la prison ; le père militant idéaliste de la première heure, vieux patriarche semble n’avoir que des idées dérangeant toute la vallée. Donc ses ennemis sont multiples, les ouvriers de l’usine, les bûcherons des environs qui perdront eux aussi leur travail.
   
   Le décor : Louisiane un peu, puis le Montana avec des descriptions de la nature à la "James Lee Burke". Cette nature sauvage mais nourricière, quelques scènes de chasse, des parties de pêche. Un monde rural d’où la violence n’est pas exclue. Mais l’industrie polluante menace l’équilibre du site.
   
   Un très bon livre qui exceptionnellement ne se passe pas en Louisiane, mais encore une fois une ode à la nature et aux hommes qui restent marqués à vie par la guerre et la prison.
   
   Extraits :
   
   -Tu vas te retrouver à l’armée du salut quand ton pognon te sera sorti par la queue, en bière et en femme.
   
   -Le français était chargé du même parfum de clandestinité qu’un murmure privé entre deux indics.
   
   -On prend ton camion parce que j’ai garé ma voiture contre un arbre au beau milieu d’un torrent la nuit dernière.
   
   -On dirait que nous vous avons mêlé à nos ennuis de famille Monsieur Paret, dit-il
   Non, monsieur ce n’est pas vrai. D’habitude, je me fais un point d’honneur de me créer mes ennuis tout seul.
   
   -Le nom de Riordan, là-bas à Hamilton, c’est comme la puanteur de la merde.
   

   Titre original : The lost get-back boogie
   ↓

critique par Eireann Yvon




* * *



Rudes riffs dans le Montana
Note :

   De toute façon un livre avec en couverture Lucille la guitare de B.B.King et un titre pareil ne peut que séduire les amis du blues ce qui fait déjà du monde.
    Deux potes musiciens sont sortis de taule en Louisiane et se retrouvent dans ce Montana qui nous fait rêver.
   
    Burke a situé la plupart de ses livres dans le Sud et son héros récurrent s'appelle Dave Robicheaux. Ici nous abandonnons les bayous et le jambalaya pour le Nord-Ouest cher à Jim Harrison, Thomas McGuane ou Larry Watson. Dans cet état rural aux paysages magiques la nature sait aussi rudoyer les hommes, souvent des hommes simples qui ne sont jamais si bien qu'à l'affût du coq de bruyère un matin de neige.
   
    Le décor planté est ainsi mûr pour la tragédie car bien que vieux de trente ans ce roman met en scène les désastres écologiques de ces forêts trouées d'industries du bois ou du papier qui polluent allègrement. Les habitants dégainent parfois un peu vite et l'amitié peine à résister à la violence toujours à fleur de peau, avec son cortège d'alcools et d'addictions. Pourtant quelques jolies scènes presque idylliques jalonnent ce bon roman très américain empli de modestes et de besogneux. La pêche à la truite est un peu l'archétype de ces respirations avec le barbecue qui pourrait s'ensuivre. Mais au Montana comme partout les réunions d'amis finissent parfois mal. Il arrive aussi que se désaccordent le piano blues et les pickings country.
   
    Un peu de stop et probablement un pick-up vous entraînera du côté de Missoula, sur ces collines qui lorgnent vers les Rocheuses, reste d'Amérique sauvage aux vols d'oiseaux comme Audubon les dessinait. C'est peut-être une des dernières mises en demeure. Une chose m'ennuie: ne pas avoir le vocabulaire fleuri et précis pour décrire arbres, animaux ou phénomènes naturels comme savent le faire ces auteurs boucanés par les marais de Louisiane ou le vent du Nord.

critique par Eeguab




* * *