Lecture / Ecriture
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Le meilleur livre du monde de Peter Stjernström

Peter Stjernström
  Le meilleur livre du monde

Le meilleur livre du monde - Peter Stjernström

Bien parti, mal arrivé
Note :

   Comme ça, sur le papier, j'avais été séduite par l'idée de base de ce roman : un auteur sur le déclin s'amuse un jour à énumérer tout ce qu'il faudrait à un livre parfait (du moins du point de vue des ventes), le cahier des charges d'un best seller. Ceci fait, il ne lui semble pas très difficile de rédiger le dit-ouvrage, il se lance dans l'aventure et tout semble se passer pour le mieux.
   
   Cela m'intéressait de voir les ingrédients que l'auteur jugerait indispensables à un tel roman et il s'en tire assez bien. Jusque là, tout allait, c'était plaisant à lire et même intéressant. Les personnages étaient assez viables et quand le suspens s'y ajoutait doublement sous forme d'un serial killer dans le "meilleur livre" et d'un concurrent à la préparation de la dite recette dans le livre qu'on lit, tout cela devenait assez captivant. On se demande même si l'auteur va réussir à ajouter une troisième étage de suspens au niveau de son propre travail.
   
   C'est que le lecteur un peu attentif ne mettait pas longtemps à s'apercevoir que Stjernström appliquait lui-même à la lettre la recette en question, ce qui créait une mise en abime intéressante, et il appréciait le procédé. Bref, c'est parfait comme ça pendant 200 pages (sur 400) et puis arrivé là... tout se délite de plus en plus gravement. C'est comme une machine où il y aurait les bonnes pièces, mais mal fixées, pas assez serrées, qui brinquebalent de plus en plus. Plus d'idées nouvelles? Le navire poursuit un certain temps sur sa lancée, mais de plus en plus lentement et de façon de plus en plus erratique. Il essouffle et ne va plus nulle part. Les sursauts désespérés du finale qui espère, en compliquant les choses et la pire façon de les voir au-delà des limites du raisonnable, leur donner une apparence de profondeur mais n'y arrive absolument pas, mettent un terme à un naufrage de plus en plus lamentable du style, de la psychologie des personnages, pour ne même plus oser rien dire de l’intérêt littéraire de l'idée de départ oubliée depuis longtemps. Toute la deuxième moitié a l'air écrite n'importe comment. Du Harlequin. Je me suis demandé ce qui avait bien pu se passer.
   "Pardon Lennart (fils adulte), marmonne Ralf (père, c'est moi qui indique entre parenthèses) avec des trémolos dans la voix. Je t'ai donné trop peu d'amour quand tu étais petit. J'étais trop obsédé par mes théories et mes patients. (… etc.) Mais si tu m'accordes une seconde chance, je n'exigerai plus jamais rien de toi. Tu as le droit d'être celui que tu veux car je t’aime comme tu es. (… etc)
   Je t'aime aussi papa."

   !!!
   Mieux vaut lire ça que d'être aveugle, mais c'est vraiment limite.
   S'il n'y avait matière que pour un roman court, eh bien, il fallait le faire court. Si on ne savait pas où aller avec cette bonne idée de départ, eh bien il fallait continuer à y réfléchir et ne pas se lancer tant qu'on n'avait pas trouvé de réponse à cette question.
   Juste mon avis.
    ↓

critique par Sibylline




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Hélas non ! et de loin
Note :

   Titus Jensen est ce qu'on pourrait appeler un écrivain ringard. Bien loin de l'époque faste où il enchaînait les succès littéraires, il n'est maintenant plus qu'un vieil alcoolique, au grand désespoir de son éditrice, la jeune et dynamique Astra. À présent, il en est réduit à faire le clown lors de lectures publiques, organisées notamment par la nouvelle étoile montante de la littérature suédoise, le beau et ténébreux poète Eddie X.
   
   Un soir de beuverie au cours d'un festival où il s'est particulièrement ridiculisé, Titus et Eddie imaginent ce que serait LE meilleur livre du monde : un best-seller qui serait à mi-chemin entre roman policier, guide de développement personnel et essai sur l'histoire de l'art. Le lendemain, malgré la gueule de bois, le projet lui paraît toujours aussi bon, et il s'en ouvre à Astra, qui est immédiatement emballée, mais qui impose à Titus de finir le livre avant l'automne, sans boire une seule goutte d'alcool.
   
   Titus accepte le défi et se lance à corps perdu dans l'écriture de ce futur chef-d'œuvre qui doit relancer sa carrière. S'interdisant de retrouver ses vieux démons, il s'impose une hygiène de vie stricte. Désormais, sobriété, alimentation saine et séances de sport quotidiennes sont ses maîtres-mots. Mais à mesure que le manuscrit avance, Titus a de plus en plus l'impression qu'Eddie X lui a volé son idée et essaie de le prendre de vitesse. Entre les deux rivaux, la lutte s'annonce serrée et sans pitié...
   
   Avec sa couverture tape-à-l'œil (en or) et son titre prétentieux, "Le Meilleur Livre du monde" intrigue autant qu'il rebute. Finalement, la curiosité l'emporte, et le lecteur se retrouve embarqué dans cette histoire foutraque d'écrivain sur le retour persuadé de détenir la recette du best-seller ultime.
   
   Bon, autant le dire tout de suite, le roman n'est pas à la hauteur de ses ambitions. Certes, le titre n'est pas censé être pris au premier degré, mais il n'empêche qu'on est loin du chef-d'œuvre, et surtout de la satire sans concession du monde de l'édition, promise par l'éditeur sur la 4e de couverture. L'auteur n'est pas assez féroce ni cynique dans sa critique, et son "antihéros", quoique sympathique, n'a rien de "mémorable".
   
   Titus est en effet l'archétype du loser pathétique mais un brin attachant : alcoolique, bedonnant, maladroit avec les femmes, il fait tout de même preuve de lucidité, d'autodérision et de beaucoup de générosité. Son évolution au cours du roman, mimant celle de son propre héros, est assez lourdement soulignée par l'auteur, comme s'il voulait être sûr que le lecteur ait bien compris le message. De plus, les personnages dans leur ensemble manquent à la fois de consistance et de subtilité : qu'il s'agisse des deux éditrices, Évita la croqueuse d'hommes ou Astra la sensuelle qui s'ignore, de Lenny, le lourdaud atteint du syndrome de La Tourette, ou des personnages secondaires, comme le fantasque Dr Rolf, ils ne sont que des portraits rapidement ébauchés, et souvent caricaturaux. Mais le personnage le plus agaçant reste sans nul doute le fameux rival de Titus, Eddie X, grand méchant au petit pied : narcissique, dépourvu de talent, grotesque, il n'a rien d'impressionnant et ne suscite guère l'intérêt, et encore moins l'enthousiasme du lecteur.
   
   L'intrigue elle-même est un peu poussive, facile, et vire parfois au grand n'importe quoi, notamment à la fin du livre, lorsque Eddie, poussé à bout par la jalousie, décide de séquestrer Titus dans une cave remplie d'alcool, de cigarettes et d'aliments caloriques... Quant aux extraits du fameux "Meilleur Livre du monde" qui émaillent le roman, ils sont au mieux inutiles, au pire complètement à côté de la plaque: comment imaginer un seul instant un best-seller qui mêlerait polar, recettes de cuisine et conseils de bien-être?
   
   Le dénouement de l'histoire est par ailleurs fort décevant, avec un happy end mièvre en forme de "Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles". Et même l'épilogue, censé nous faire comprendre que l'auteur nous a complètement manipulés, laisse pour le moins sceptique : ce retournement de situation rocambolesque n'est pas suffisamment étayé, dans le reste du roman, par des indices, pour être crédible ou percutant.
   
   En bref, même si l'ensemble se laisse lire, notamment grâce à l'humour absurde qui jalonne le roman, voilà un roman qui ne révolutionnera sans doute pas la littérature, loin s'en faut, et qui semble surfer sur la mode des romans scandinaves. Dommage, avec des personnages un peu plus étoffés, un style un peu plus travaillé, une critique plus acerbe du monde éditorial, ce roman aurait pu avoir une tout autre carrure.

critique par Elizabeth Bennet




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