Lecture / Ecriture
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La Cathédrale de Joris Karl Huysmans

Joris Karl Huysmans
  A rebours
  Ecrits sur l'art 1867-1905
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Joris Karl Huysmans est le nom de plume de Charles Marie Georges Huysmans, écrivain et critique d'art français, né en 1848 et décédé en 1907.

La Cathédrale - Joris Karl Huysmans

Crise de foi
Note :

   Joris-Karl Huysmans de son vrai nom Charles Marie Georges Huysmans, est un écrivain et critique d'art français (1848-1907). Huysmans était le descendant par son père, d'une lignée d'artistes peintres hollandais. Certains tableaux du plus célèbre de ses ancêtres, Cornelius Huysmans, peintre à Anvers au XVIIe siècle, figurent aujourd’hui au Louvre et c’est pour mieux évoquer ses origines hollandaises, que Huysmans adopta le prénom de Joris-Karl.
   
   A partir de 1876, Huysmans collabore en tant que chroniqueur d’art, à différents journaux pour lesquels il rédige des comptes rendus des Salons de peinture. Il prend la tête du combat visant à imposer l’Impressionnisme au public. Après sa conversion au catholicisme vers 1895 et relatée dans son roman "En Route", il publie en 1898 "La Cathédrale".
   
   Durtal a suivi à Chartres son ami et confesseur l’abbé Gévresin qui essaie de l’aider à traverser une crise spirituelle. Là, il fait la connaissance de l’abbé Plomb avec lequel il explore la cathédrale, pas à pas, tout en menant des discussions très instruites sur l’architecture des lieux. Taraudé par l’idée de se consacrer plus pleinement à la vie religieuse mais hésitant à franchir le pas, il envisage de faire une retraite à l’abbaye de Solesmes. Quand le roman s’achève, sans que rien ne soit réellement décidé de son avenir, Durtal accepte de se rendre à Solesmes avec l’abbé Plomb pour une courte période d’essai.
   
   Le héros du roman, Durtal, est un avatar de J.K. Huysmans qui vient de se convertir au catholicisme depuis quelques années à peine. Ses tourments sont ceux de l’écrivain qui après s'être retiré dans plusieurs monastères quittera Paris en 1899 pour s’installer définitivement dans le petit village de Ligugé, près de Poitiers dans la Vienne, où il s’est fait bâtir une demeure à proximité de l’abbaye bénédictine Saint-Martin. Là, il partagera la vie quotidienne des moines et se préparera à devenir oblat. Mais en 1901, la loi sur les congrégations vient dissoudre la communauté de Saint-Martin, poussant les moines à l’exil et obligeant Huysmans à rejoindre Paris.
   
   Roman complexe et érudit, la cathédrale – qui donne son titre à l’ouvrage – est le centre de ce récit. C’est ici, en ses murs, que Durtal vient chercher le repos de l’âme et les réponses aux questions qui l’obsèdent sur la force de sa foi et le vide qu’il ressent au plus profond de lui-même. Protection des murs mais surtout présence réconfortante de la Vierge à laquelle la cathédrale de Chartres est dédiée.
   
   Les longues discussions avec l’abbé Plomb sont prétextes à aborder la symbolique sous toutes ses formes, qu’elle soit architecturale ou bien envisagée sous l’aspect des couleurs, des pierreries, des vitraux, du bestiaire etc. Conversations pointues entre experts, exposition de théories esthétiques, la lecture du roman nous plonge dans un débat intellectuel et mystique de haute tenue qui m’a souvent dépassé je l’avoue. Cette avalanche de documentation et de savoir, à laquelle il faut ajouter l’utilisation de mots rares, en font un bouquin pour public averti.
   
   Mais au-delà de cet aspect, il y a aussi cette interrogation spirituelle de l’écrivain qui le pousse à se consacrer de plus en plus complètement à sa foi sans trop savoir comment. Coincé entre son intellectualité qui le pousse à analyser froidement les faits, et la foi totale qui nécessite un abandon quasi naïf, Durtal ne sait sur quel pied danser et c’est ce qui fait toute la saveur de ce texte.
   
   "En tout cas, dit Durtal, l'archéologie et l'architecture n'ont exécuté que des besognes secondaires; elles nous ont révélé simplement l'organisme, le corps des cathédrales, qui nous en dira l'âme?
   Qu'entendez-vous par ce mot? demanda l'abbé Gévresin.
    - Je ne parle pas de l'âme du monument, au moment où, avec l'assistance divine, l'homme la créa; cette âme, nous l'ignorons et encore pas pour Chartres, puisque de précieux documents nous la racontent; mais de l'âme qu'ont gardée les autres églises, de l'âme qu'elles ont maintenant et que nous contribuons a entretenir par notre présence plus ou moins assidue, par nos communions plus ou moins fréquentes, par nos prières plus ou moins vives?"

critique par Le Bouquineur




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