Lecture / Ecriture
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Un été à Pont-Aven de Jean-Luc Bannalec

Jean-Luc Bannalec
  Un été à Pont-Aven

Un été à Pont-Aven - Jean-Luc Bannalec

Germano-breton
Note :

   L'exotisme, paraît-il, est un phénomène culturel de goût pour l'étranger.
   
   Et nul doute que la Bretagne est une province exotique pour les Allemands. Pour preuve ce phénomène littéraire outre-rhin à l'encontre d'un roman ayant pour cadre Concarneau et Pont-Aven. L'auteur qui se cache derrière un pseudonyme breton (Bannalec est une aimable commune de Cornouailles proche de Pont-Aven justement), est un Allemand qui réside quelques mois par an en Bretagne et s'est épris de cette région au point de pouvoir se présenter comme germano-breton et de bluffer ses compatriotes.
   Ce roman s'est vendu en effet à plus de 440 000 exemplaires depuis sa parution au printemps 2012. Succès confirmé par la sortie en poche estimée à 150 000 exemplaires. Et ce n'est que le premier de la série consacrée au commissaire Dupin, le deuxième marchant sur la même voie du succès. Le troisième doit paraître incessamment sous peu (source Ouest-France du 29 mars 2014).
   
   Mais qu'est-ce qui a provoqué cet engouement? Le décor sans aucun doute, car Concarneau et Pont-Aven méritent le détour des touristes et offrent une ouverture vers le large, l'inconnu, les îles lointaines. Le personnage de Dupin qui, outre ce nom qui a marqué la littérature policière sous la plume d'Edgar Poe, possède l'aspect physique et certains traits de caractère du commissaire Maigret.
   
   Après une carrière parisienne, Dupin a été muté dans le Finistère pour des raisons personnelles et depuis trois ans qu'il est en poste, il s'est pris à aimer, apprécier et s'intéresser à ce bout de terre et à ses habitants. Quelques enquêtes rondement menées lui ont acquis l'estime des autochtones, mais faut avouer qu'il possède en Nolwenn une secrétaire efficace, dévouée, toujours sur la brèche et capable de résoudre tous les problèmes en un tour de main et deux appels téléphoniques. Mais Dupin possède ses tics. Par exemple il coupe souvent son téléphone portable, ce qui énerve ses adjoints. Seule Nolwenn dans ce cas peut le joindre. Enfin, il consigne sur un petit carnet, toujours la même marque et le même format, ses notes, importantes ou non, et ne sait plus parfois à quoi ses écrits correspondent.
   
   Alors qu'il s'apprêtait à assister, contre son gré, à une manifestation en remplacement du Préfet, le commissaire Georges Dupin est mandé pour une affaire de meurtre à Pont-Aven. Normalement ce n'est pas sa circonscription, puisqu'il est en poste à Concarneau, mais son collège étant en vacances, il le remplace au pied levé.
   
   Le défunt n'est autre que Pierre-Louis Pennec, propriétaire de l'hôtel Le Central, fondé par sa grand-mère Marie-Jeanne, célèbre figure locale qui accueillit dès le milieu des années 1860 des peintres dont Henri Bacon qui incita ses confrères américains à s'installer ou à séjourner dans la petite cité puis en 1886, Paul Gauguin dont le nom est indéfectiblement attaché à la cité des peintres. Pierre-Louis Pennec avait quatre-vingt onze ans, mais il dirigeait de main de maître l'hôtel, efficacement secondé par madame Lajoux, la gouvernante, depuis plus de trente ans à son service. Sinon il avait un fils, Loïc, la soixantaine, marié, qui toute sa vie a subi l'emprise de son père. Et il a aussi un frère, André, qui vit depuis des décennies dans le sud de la France et a pas mal réussi puisqu'il est député. Les deux frères ne se voyaient guère, un différend les opposant depuis la nuit des temps ou presque.
   
   Il ne faut pas oublier Fragan Delon, le seul ami de Pierre-Louis Pennec, un taiseux, peut-être est-ce pour cela qu'ils s'entendaient bien ensemble. Et Frédéric Beauvois, professeur d'art en retraite, président de l'association des peintres du village et guide conférencier auprès des invités de marque en visite dans le village. L'une des première chose à faire est de demander au notaire le contenu du testament, contenu qui ne laisse pas de surprendre Dupin. Mais une autre surprise attend le commissaire : son médecin traitant tente de le joindre, vainement au téléphone. Dupin pense à une mauvaise surprise concernant sa santé, il avoue être une cafetière ambulante. Non, ce n'est pas lui qui est en cause mais Pennec. Le toubib l'avait ausculté quelques jours auparavant et selon lui, son patient n'avait plus que quelques jours à vivre. Bref l'assassin aurait dû se montrer patient, justement, et la maladie aurait fait le travail à sa place.
   
   Bientôt un tableau de Gauguin va perturber les neurones de Dupin et il demande à une jeune professeur d'art de Brest Marie-Morgane Cassel de l'aider à débrouiller un imbroglio pictural. Il s'agit de "La vision après le sermon", dont tout laisse à penser qu'il s'agit d'une copie.
   
   Ce roman, plaisant à lire, de facture classique, possède son charme mais l'auteur ne peut s'empêcher de procéder à quelques poncifs. Mais les romanciers français n'en font-ils pas autant lorsqu'ils placent l'action et le décor de leurs romans aux Etats-Unis, par exemple. Le point de détail qui m'énerve quelque peu, c'est que ce soit le préfet qui tanne le commissaire pour que celui-ci enregistre de rapides résultats, alors que ce rôle est généralement dévolu au procureur. Autre petit détail, sans conséquence, Pennec n'a pas augmenté les tarifs des chambres depuis des années, pourtant il possède quatre maisons, décrépites mais quand même, et il a réalisé des travaux assez coûteux dans son établissement.
   
   On ne peut s'empêcher de penser aux romans d'Yves Josso, plus particulièrement à "Eté meurtrier à Pont-Aven" dont l'action se déroule en partie dans la cité des peintres, durant les années 1880. Mais Jean-Luc Bannalec s'inspire de la vie locale et historique et le fantôme de Gauguin plane continuellement sur cette histoire. Maintenant il ne nous reste plus qu'à attendre la parution en France du second volet des enquêtes du Commissaire Dupin.

critique par Oncle Paul




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