Lecture / Ecriture
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Carnets 1978 de Albert Cohen

Albert Cohen
  Ô vous, frères humains
  Ezéchiel
  Belle du seigneur
  Le livre de ma mère
  Mangeclous
  Solal
  Carnets 1978
  Paroles juives

AUTEUR DES MOIS DE JUIN ET JUILLET 2006

Né à Corfou en 1895, Albert Cohen est mort près de Genève en 1981.
Né grec mais arrivé très jeune à Marseille avec sa famille, il était devenu suisse à 24 ans. Il entama ses études en France puis obtint une licence de droit en Suisse. La seconde guerre mondiale le vit s’exiler provisoirement en Grande Bretagne.

Son œuvre compte une dizaine d’ouvrages dont une pièce de théâtre ("Ezéchiel") et un recueil de poèmes ("Paroles juives"). Les trois romans "Solal", "Mangeclous" et "Belle du seigneur" se suivent dans le temps avec des personnages communs et sont à lire de préférence dans cet ordre. Ils sont cependant compréhensibles lus seuls. C’est principalement "Belle du seigneur" qui fit la célébrité d’Albert Cohen et nombreux sont ceux qui n’ont lu de lui que ce gros roman qui reçut le Grand Prix de l'Académie Française.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Carnets 1978 - Albert Cohen

Aux morts bien-aimés, l'aboutissement d'une oeuvre
Note :

    Etrange journal que celui tenu par Albert Cohen de janvier à septembre 1978. L'auteur, qui est alors âgé de 82 ans, se débat entre une grave dépression et une santé chancelante, et ce journal qu'il a entamé sur les conseils de son médecin nous entraîne d'emblée vers son enfance et sa "maman morte à qui absurdement [il] aime parler, Maman morte à qui, stupidement souriant, [il] veu[t] raconter des jours de [son] enfance." Et l'évocation des jours de l'enfance et de la maman morte cède la place à l'ami de l'adolescence, Marcel Pagnol qui est mort quatre ans plus tôt, puis à une femme aimée, elle aussi disparue, Yvonne Imer pour qui Albert Cohen écrivit son premier roman, "Solal". Chaque entrée de cet étrange journal, chacun de ces jours de 1978, permet à Albert Cohen d'évoquer ses morts bien-aimés, de retracer sa vie, son cheminement humain et spirituel qui le conduit ici à prendre Dieu à partie, avec tant de virulence qu'il importe peu en fin de compte qu'Il existe ou non... Dieu et ses fidèles confits en dévotion et en amour-du-prochain, de quoi s'acheter une bonne conscience à bon compte et s'assurer son paradis.
   
    Certes, ces carnets n'apportent rien de neuf. De l'hommage à la mère morte, à la juste colère d'Albert Cohen face à la dureté de coeur de ses frères en la mort, son dernier livre est tout entier contenu dans son oeuvre antérieure, "Le livre de ma mère" et "Ô vous frères humains" en particulier. Mais par-delà le ressassement thématique, son style a évolué vers plus de simplicité, vers un lyrisme dépouillé bien éloigné des bouquets de mots proliférants de "Belle-du-Seigneur". Ce livre est, pour reprendre les mots si justes de Marcel Pagnol à propos de son ami Albert, "d'une admirable naïveté", d'une naïveté sans illusion que peut seulement atteindre quelqu'un qui a beaucoup et profondément vécu, et qui ne s'embarrasse plus d'aucune fausse pudeur, d'aucun respect humain pour dire ce qu'il a à dire. Si bien que plutôt qu'une simple redite, "Carnets 1978" m'apparaît comme le couronnement et l'aboutissement d'une oeuvre qui pendant plus de cinquante ans n'a pas cessé de creuser son sillon et de s'approfondir.

critique par Fée Carabine




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