Lecture / Ecriture
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Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse de Michaël Uras

Michaël Uras
  Chercher Proust
  Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse
  Aux petits mots les grands remèdes

Michaël Uras est un écrivain français né en 1977 au Creusot.

Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse - Michaël Uras

La Sardaigne
Note :

   "La déception Alexandra avait mis en doute ma capacité de séduction ce qui, pour un garçon, un garçon comme les pères méditerranéens en rêvent, était une vraie fêlure. Je devais être aimé et, pour ce faire, j'avais compris qu'il fallait une qualité, une capacité pour attirer l'attention des jeunes filles. Je n'étais pas grand, pas fort, j'avais des lunettes (attribut qui, avant de devenir un objet hype, était perçu comme une tare, les demoiselles imaginant difficilement convoler avec une taupe), une légère tendance à mentir et une résistance à l'alcool très limitée. Mon seul atout résidait dans la capacité à parler de sujets aussi variés que la presse féminine ou les chanteurs pour jeunes filles, météores culturels et bellâtres de service. Ces appâts m'étaient fournis par le garçon qui dormait dans ma chambre : mon grand frère Pietro. J'avais une mine d'or à la maison!".
   

   Après quelques lectures un peu sombres, j'avais envie d'une parenthèse plus légère et mon choix s'est porté sur le roman de Michaël Uras, dont j'avais aimé "Chercher Proust". Le livre est constitué de chroniques faites d'humour et de soleil, relatant l'enfance de Jacques, fils d'un couple d'émigrés Sardes, puis le même Jacques à l'âge adulte et enfin quelques histoires de famille survenues au pays.
   
   Les parents de Jacques ont émigré pour trouver du travail et le père peine pour gagner de quoi faire vivre la famille. Tous les ans, c'est le retour là-bas pour l'été, sauf quand l'argent manque. Jacques nous raconte sa vie à l'école, pas très brillante, ses premiers amours, plutôt balbutiants, son admiration pour son grand frère et l'ambiance familiale. En tant qu'étrangers, il faut être plus exemplaires que les autres et éviter d'être montrés du doigt.
   
   Les chroniques continuent à l'âge adulte de Jacques, sa vision de la grossesse de sa femme ne manque pas de sel, mais mine de rien c'est surtout son rapport à la paternité qui est questionné et sa position dans la société. Questionnement aussi sur les transmissions entre les générations, rendues encore plus difficiles lorsqu'il y a exil. L'auteur a l'art de parer de belles couleurs les dérapages du quotidien, comme une coupe de cheveux ratée par exemple. Les dernières histoires nous ramènent en Sardaigne, là où sont les racines du narrateur et qui dépeignent des existences pleines de rudesse et d'âpreté.
   
   "Ce qui permettait à mon père de broder une histoire comme Pénélope sa toile, c'était l'absence de documents. A notre époque, tout est conservé, photos, vidéos hantent nos existences. Le mensonge n'a plus grand espace d'expression. Je ne possède pas une photo de mon père enfant, pas une bande sonore, encore moins une vidéo. Je n'ai que sa présence adulte. Et durant ses soliloques, jamais une voix ne s'élevait pour dire "Non, ça ne s'est pas tout-à-fait passé comme ça".
   Cette période de sa vie n'a certainement jamais existé, sauf dans sa bouche de menteur".
   

   Une lecture agréable et délassante.
   
   Christophe Lucquin Editeur est une petite maison qui connaît actuellement des difficultés. Il est compliqué aujourd'hui de survivre lorsque l'on n'a pas une taille suffisante et pour passer un cap.

critique par Aifelle




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