Lecture / Ecriture
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Infidèles de Abdellah Taïa

Abdellah Taïa
  Le Rouge du tarbouche
  L'armée du salut
  Une mélancolie arabe
  1900 – 1960 Maroc
  Le jour du Roi
  Infidèles
  Un pays pour mourir

AUTEUR DES MOIS D'AVRIL & MAI 2015

Abdellah Taïa est un écrivain marocain d'expression française, né dans un milieu modeste, à Salé (Maroc) en 1973.

Il termine ses études en Europe (Suisse, France) et commence à être publié en 1999.

Il fut l'un des premiers écrivains marocains et arabes à affirmer son droit à l'homosexualité.

En 2010, il reçoit le Prix de Flore pour "Le Jour du Roi".

Il publie plusieurs tribunes dans des journaux français et marocains.

Passionné de cinéma, il réalise en 2012 son premier film, tiré de son roman "L'Armée du salut".

Infidèles - Abdellah Taïa

Ça commençait bien...
Note :

   Ça commençait bien... mais ça s'est détraqué dans le dernier tiers.
   
   Nous sommes au Maroc, près d'une base militaire. Il fait nuit. Jallal, 10 ans, adjure sa mère Slima qui tapine dans une zone pauvre, de rentrer car aucun client ne viendra plus. Il vit seul avec elle, chacun est le seul soutien de l'autre.
   
   "Pour les dizaines de milliers de gens autour de nous, notre statut de paria, notre sort triste, nous les méritons puisque nous ne faisons rien pour le changer, le casser. Tu seras lapidée un jour, maman, par ceux-là mêmes qui, chaque nuit, viennent discrètement chez nous demander ton pardon, un peu de plaisir."
   

   On a lu moins de cinq pages de ce monologue et tout est en place, et la tension dramatique est installée.
   
   Le gamin, qui a pourtant déjà été sali par la misère, son état de paria et la vie qu'il mène, se rêve enfin grand et capable de la protéger. Il voit le crachat, sa nouvelle arme, mais encore sa seule arme, comme la promesse d'un possible rééquilibrage des forces dont il serait porteur.
   
   Les chapitres suivants feront entendre d'autres voix. D'abord celle de la mère adoptive de Slima, puis Jallal reprendra la parole.
   
   D'abord ils quittent cette zone trop pauvre pour un quartier moins sordide, ils ont une télévision et sont fascinés par le film "L'éternel retour" qu'ils se passent en boucle. L'auteur tente assez bien de transmettre cet envoûtement mais y réussira plus ou moins selon les lecteurs. Réfugiés dans leurs chimères, ils font pratiquement de Marylin Monroe leur déesse, trouvant tout en elle, comme tant d'autres l'ont fait, ou le font encore.
   
   Arrêtée et horriblement torturée par la police d'Hassan II, Slima ne sortira de prison que trois ans plus tard et rejoint au Caire son fils qu'elle a réussi à y envoyer à l'abri. Mais il est passé de 13 à 16 ans, elle a raté ses années de formation, et comme de son côté elle revient détruite et ne se remettra jamais vraiment de l'épreuve qu'elle a subie au Maroc, les liens entre eux ne peuvent se rétablir aussi forts qu'ils ont été. Plus tard, Jallall ira en Belgique et y passera plusieurs années. Y tombera même amoureux.
   
   Le malheur est que dans le dernier tiers du roman, la religion s'étend comme une tache d'huile et comme elle, englue tout de son manteau visqueux. C'est l'Islam, qui d'abord aide le jeune homme au caractère faible, en lui assignant des rites qui le stabilisent, mais on le voit bientôt chavirer dans le terrorisme... Et là, pour moi, ça ne va plus. Du tout. Quand on le voit partir avec son ami, tous deux ceinturés d'explosifs, se faire sauter dans un lieu public, moi je dis stop! Toute empathie éteinte et même, à vrai dire, choquée. Ça se termine par les jeunes gens criant "On n'est pas pédés, on est frères!" dans un ultime déni et là, on se dit qu'ils auront vraiment tout raté.
   
   Bref, j'ai rarement refermé un livre pourtant bien parti, sur une impression aussi négative. J'espère que tous les livres d'Abdellah Taïa ne sont pas ainsi. J'essaierai encore.

critique par Sibylline




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