Lecture / Ecriture
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La revanche de Kevin de Iegor Gran

Iegor Gran
  Ipso facto
  O.N.G. !
  L'écologie en bas de chez moi
  La revanche de Kevin

Iegor Gran est le nom de plume de Iegor Andreïevitch Siniavski, écrivain français né en 1964, à Moscou.

La revanche de Kevin - Iegor Gran

Une grande claque aux médias
Note :

   Kevin n’aime pas son prénom. Notre époque l’a connoté dans les plus ringards et de basse extraction. Les autres, autour de lui, il le voit bien, évitent de le prononcer. Kevin ne peut pas être synonyme de culture ou de bon goût. C’est même une catégorie à part. "C’est bien un Kevin", dit-on à longueur de roman.
   
   Alors Kevin n’a d’autre choix, pour se sentir exister et montrer qu’il n’y a pas que le prénom dans la vie, que de jouer à l’imposteur, d’usurper des identités en des jeux de rôles qui ne sont finalement pas drôles très longtemps tant pour les victimes que pour lui-même. Mais Kevin a pris sa revanche en se moquant du monde de la radio où il travaille et où, paraît-il, "tout le monde écrit" avec son chef prétentieux dans sa pseudo-culture et ses collègues mesquins et infantiles et de celui de l’édition, bien ennuyé lorsqu’on reçoit un roman de plagiaire. Tout Kevin qu’il est, il remarque les choses et souvent en profite. Il reste discret et peu ambitieux.
   "Certaines personnes n’admettront jamais le geste gratuit, ou est-ce l’époque toute entière qui est contaminée au pragmatisme?"

   
   Kevin vit avec Charlotte dont la mère intervient dans la narration, reconnaissable à son style avec ses images bien à elle : "autant fixer pendant des heures un lit à baldaquin" (pour parler de la télé l’après-midi) et l’absence chronique du "ne" dans ses phrases négatives. Tout ce petit monde forme une intrigue qui s’emboîte parfaitement : les auteurs, Charlotte, les collègues, le directeur et les éditeurs avec leurs salons divers et prétentions bien parisiennes. On stigmatise l’ego des auteurs qui se prennent pour des génies incompris ou des directeurs de radio qui se prennent pour des penseurs modernes et des pragmatiques parce qu’ils parlent par phrases nominales. On reconnait dans "la Grande Maison" (d’édition), Gallimard et dans la radio France Inter, bien sûr. On n’insistera pas plus sur la récente actualité à propos du directeur de Radio-France… CQFD.
   
   Kevin écrit donc son propre roman en le vivant de l’intérieur et l’ensemble se lit d’une traite et sans ennui. Dès le début, on se laisse emporter parce qu’on s’est fait avoir et l’on se dit qu’on aimerait bien que ça recommence mais l’auteur inverse la vapeur, construit son récit comme une toile d’araignée implacable et cette fois on sent Kevin maître d’un jeu qui lui échappe peu à peu.
   "Nous avançons masqués …, nous donnons le change pour distraire les médiocres, mais le sentiment d’injustice se comprime comme un vérin invisible et cogne, cogne, cogne en chacun de nous."
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critique par Mouton Noir




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Dérisoire dérision
Note :

   Un jeune homme, Kevin H. est complexé par son prénom qui semble-t-il est synonyme de médiocrité, basse extraction sociale, QI faible…
   
   Il a tout de même réussi à être commercial et à vendre de l’espace publicitaire à la Radio. Il n’aime pas ses collègues animateurs, qui se prennent pour des gens intellectuels et cultivés et sont en fait prétentieux cupides et vulgaires. Ses collègues le méprisent et le tiennent pour la dernière roue du carrosse.
   
   Kevin, au Salon du Livre se fait passer pour un lecteur de manuscrits appartenant à "la grande Maison". Il feint de s’intéresser au texte de François-René Pradel, auteur publié dans des maisons honorables, mais n’obtenant qu’un succès d’estime. Bien sûr Kevin se trouve un autre nom : Alexandre Janus-Smith. Janus parce qu’il a deux têtes, Alexandre parce que c’est tout un empire, Smith pour le contraste et le trait d’union. Très bon pseudo ! Belle faconde aussi, car Pradel le prend au sérieux. A travers une série d’échanges de mails, il parvient à lui faire croire que le comité de lecture de la Grande Maison s’intéresse à son texte et veut le lancer ! Bien sûr, le poisson ferré, Janus –Smith disparaît…
   
   Pradel n’est pas sa première victime.
   
   Mais ce nouveau succès, va donner à Kevin du fil à retordre …
   
   Nous avons là une énième satire féroce des milieux de l’édition, et de la radio. L’auteur recherche la formule qui gifle, la métaphore rare, l’énoncé brillant ; la première partie m’a plu.
   
   Pourtant, vers la page 70 (bien avant la 99, donc…) j’ai commencé à m’irriter des nombreux effets de manche que recèle le texte. Non que ce soit de l’humour facile… les phrases je l’ai dit sont plutôt recherchées et témoignent d’un vrai travail de style. Mais cette histoire sombre dans la dérision totale, et à cultiver la dérision, on peut tomber dans le dérisoire. Le fait est que rien n’est à sauver dans ce monde-là ! Tous pourris, tous vains, Kevin y compris. Le seul personnage que l’auteur semble apprécier c’est la maman de Charlotte. Pourtant ce personnage frise la caricature à cause de la surcharge stylistique.

critique par Jehanne




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