Lecture / Ecriture
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Une vie après l'autre de Kate Atkinson

Kate Atkinson
  La souris bleue
  Dans les replis du temps
  Sous l’aile du bizarre
  Dans les coulisses du musée
  Les choses s’arrangent mais ça ne va pas mieux
  A quand les bonnes nouvelles?
  On a de la chance de vivre aujourd'hui
  Parti tôt, pris mon chien
  Une vie après l'autre
  L'homme est un dieu en ruine

Kate Atkinson est un écrivain britannique née en 1951.

Une vie après l'autre - Kate Atkinson

Historic-fiction
Note :

   Kate Atkinson continue dans ses explorations romanesques de présupposés fantastiques introduits dans un décor strictement réaliste. Elle garde d'ailleurs sa période favorite : le 20ème siècle. Par exemple, ici, Ursula Todd est une Anglaise qui nait en 1910 dans une famille aisée. Qui naît ou non, d'ailleurs, et nous allons ainsi suivre Ursula qui enchaine les existences, ponctuées de sa mort plus ou moins rapide marquée par la phrase rituelle "Et les ténèbres s'abattirent." . Les dates sont inchangées. Toute ses naissances ont lieu le 11 février 1910 et ses différentes morts s'échelonnent de cette date à plusieurs décennies après.
   
   Son environnement familial est toujours le même, et les personnages qui l'entourent, ainsi qu'elle-même, ont toujours à peu près le même caractère et la même trajectoire, mais ils ont eux aussi une espérance de vie plus ou moins longue selon l'histoire que l'on suit.
   
   Vous l'aurez peut-être remarqué, né en 1910 en Grande Bretagne, Ursula va connaître deux guerres mondiales, auxquelles elle sera intimement mêlée, jusqu’à tenter de tuer Hitler dès la montée du National Socialisme, afin d'empêcher que le reste n'advienne. (Je ne trahis aucun suspens en vous disant cela, c'est la première scène du livre).
   
   J'ai trouvé l'idée tout à fait séduisante et intéressante à explorer. On est déjà, au premier degré, intéressé par les différentes existences. On reconnaît de plus en plus vite le décor, l'entourage. Il suffit de faire un peu attention à la date annoncée en tête de chapitre et on n'est pas trop perdu. Il y a des morts qui sont accidentelles et uniques et puis, il y en a d'autres qui semblent "coincées" à un nœud de l'histoire qui ne sera franchi qu'après plusieurs tentatives. C'est passionnant. Comme Ursula encore enfant, commence justement à partir d'un de ces nœuds, à garder un souvenir, elle se retrouve devant un psychiatre. Heureusement pour elle, le bonhomme est bouddhiste et donc, pas plus que ça troublé par la possibilité de réincarnations, il ne la martyrisera pas pour lui faire rejoindre l'orthodoxie.
   La vie reprenant toujours, évidemment, à ce fameux 11 février 1910, elle se déroule à peu près de la même façon, mais pas absolument, des détails varient et ils feront – ou non- la différence.
   
   J'ai vraiment passé un excellent moment avec ce roman original qui a, en plus de sa fantaisie, bien des qualités. D'abord, si vous avez peur de la mort, précipitez-vous dessus. Je vous assure qu'on s'habitue assez vite à mourir et cela ne semble plus si effroyable. Ensuite, j'aime la vision non psychanalytique des gens qu'a K. Atkinson. On cherche toujours ce qui, dans la famille, la société, ou son histoire personnelle, a pu faire que X ait tel ou tel caractère et défaut, elle non, pas du tout. Les gens sont comme ils sont. Ils naissent et meurent ainsi. Ils peuvent vivre 1000 existences, ils auront toujours cette personnalité (attachante ou rebutante). On les aime ou non en conséquence et on n'a pas à se forcer pour avoir bonne conscience. J'aime cette vision des choses. Ça repose et ça répond à toutes ces questions insolubles qui nous font perdre un temps fou et nous empêchent de progresser. -juste mon avis, on peut ne pas adhérer-. Ursula est hyper pragmatique "Ça ne sert à rien de penser, il faut juste continuer à vivre. Nous n'avons qu'une vie après tout, nous devons essayer de faire de notre mieux. Nous nous trompons toujours, mais nous devons essayer."
   
   Mon intérêt a faibli (je ne sais pas pourquoi) lors de ses séjours adolescents en Allemagne, mais s'est par contre accru lors des bombardements sur Londres. Mais globalement, ce gros roman se dévore tellement il agite l'imagination et il est un vrai plaisir de lecture.
   
   Ursula est-elle la seule à exister sur ce mode? Peut-être, mais on l'ignore. En tout cas, elle est la seule à accorder de l'importance à ce sentiment de "déjà vu" qu'il n'est pas si rare d'éprouver. Elle finira même par se souvenir de tout, mais "finira"? pas sûr, peut-être l'histoire se poursuit-elle? Y-a-t-il une cause, un but, à tout cela ou est-ce juste une fantaisie du mode d'être?
   …
   
   
   PS : Couverture hideuse et dont le symbolisme m'échappe quelque peu, plus jolie et évocatrice en VO poche.
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critique par Sibylline




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Excellent Atkinson !
Note :

   "Elle n'avait encore jamais préféré la mort à la vie et au moment de partir comprit que quelque chose s’était fêlé, cassé et que l'ordre des choses avait changé. Puis les ténèbres abolirent toute pensée."
   

   Même si "Une vie après l'autre" commence par l'assassinat d'Hitler par Ursula, l’héroïne qui est abattue juste après, nous n'avons pas affaire ici à une uchronie.
   
   D'ailleurs Ursula ("petite oursonne", comme l'appelle tendrement son père) naîtra plusieurs fois en février 1910 et mourra tout autant, explorant ainsi le champ des possibles de la narration et du romanesque. On pourrait craindre le côté mécanique du procédé mais le lecteur est vite rassuré: l'écriture, tour à tour enjouée et émouvante de Kate Atkinson et son art du récit ont vite fait de nous ferrer et on ne peut plus lâcher ce roman so british, dans son humour vachard
   "-Elle lui est reconnaissante, je pense. Il lui a donné le Surrey. Un court de tennis, des amis ministres et du rosbif à gogo. Ils reçoivent énormément -tout le gratin. Certaines femmes seraient prêtes à souffrir pour ça. Même à supporter Maurice." et l'attitude bien trempée de ses personnages !
   
   Et si tel personnage avait survécu, et si tel autre avait eu un enfant que serait-il arrivé ?, se demande-t-on parfois à la lecture d'un roman. Kate Atkinson répond à ses questions pour nous et se penche avec une précision extrêmement vivante sur la vie quotidienne des civils en Allemagne (un sommet d'émotion) et en Grande Bretagne (à Londres, en particulier, pendant les bombardements), pendant la Seconde Guerre mondiale.
   
   On suit avec passion les péripéties de la famille Todd (un ancien mot pour désigner le renard), de l'enfance à l’âge adulte. Des personnages aux caractères bien marqués qui nous deviennent familiers en un rien de temps. Sympathiques ou non, sages ou excentriques, il y en a pour tous les goûts !
   
   Un roman tour à tour champêtre ou urbain, paisible ou menaçant, traversé par des renards, des chiens, des bébés qui "sentaient bon le lait, le talc et le grand air où leurs vêtements avaient séché tandis qu'Emil avait un léger goût de fumet.", des enfants élevés pour affronter la dureté du monde par des adultes aimants mais frôlant parfois la négligence, selon nos critères actuels !
   
   Impressions de déjà-vu, rêves éveillés, réincarnations, toutes les explications sont envisagées pour expliquer cette propension d'Ursula à vivre des événements de différentes façons. Elles sont surtout l'occasion, pour Kate Atkinson, de revenir sur le thème de la temporalité, déjà exploré dans ses précédents romans, "Dans les replis du temps" et "Dans les coulisses du musée" et de nous proposer sa propre explication.
   
    Un roman enthousiasmant autant par son style, sa construction que par les thèmes explorés. Une forêt de marque-pages! Et zou sur l'étagère des indispensables !
   
   515 pages traduites avec élégance par Isabelle Caron, une couverture identique à l’originale (on me permettra de préférer la couverture de l'édition de poche anglaise...).

critique par Cathulu




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